Contemporain·Drame·Roman/Polar Noir·Thriller

Je suis un monstre – Keren Nott

couv45711725.pngCaractéristiques : 

  • Auteur – Keren Nott
  • Éditeur – Underground
  • Parution – 2015
  • Pages – 350
  • ISBN – 979-1092387247

4ème de couverture : 

Je suis un monstre. C’est le nom qu’on me donne, l’étiquette qu’on me colle. Le mot qu’on me jette
à la figure chaque fois qu’on me voit. Et on me voit beaucoup, on me voit partout. Télé, radio, journaux, on ne parle plus que de moi.

On ne pense qu’à moi. Un monstre… étymologiquement, celui qu’on montre. Mon visage hante vos consciences. Peut-être bientôt sera-t-il présent dans le dictionnaire, parfaite illustration du mot cruauté. Ou du mot souffrance. Car les monstres naissent dans la douleur et de la douleur, c’est bien connu. Les psychanalystes diront que c’est la faute de Maman ou encore des jeux vidéo.

Ils se trompent. Tout est de votre faute. Pourrez-vous l’assumer ?

Mon avis : 

J’ai eu le plaisir de découvrir l’an dernier lors du salon du livre de Paris ce livre, loin d’être simple à lire, violent et percutant.

Vendu comme étant violent, et avec pour but de nous mettre dans la tête d’un psychopathe, d’une monstre, on peut dire que le contrat est rempli, même si j’aurais aimé avoir un développement peut-être plus poussé sur certaines données.

Le livre comment de la manière la plus appréciable — mais aussi la plus dangereuse — je trouve pour un livre du style thriller psychologique : dans la tête du personnage principal, ici un « monstre », avec des évocations de ses travers sans nous dire leur nature même, afin de provoquer chez nous, lecteurs, un sentiment intense de curiosité. S’enclenche ensuite un récit qui suit un fil chronologique, de la naissance et l’enfance de cet adolescent qui est notre héros, jusqu’à ses torts.

Plus que la cruauté et la barbarie décrite dans ce roman, ce que j’en tire surtout sont les messages que l’on peut avoir : qu’un individu n’est pas forcément mauvais à la naissance, mais que la société dans laquelle il évolue, ainsi que le contexte familial influe énormément sur les personnes que nous serons. Que nos fréquentations, bonnes comme mauvaises, influent énormément sur nous, et qu’il faut toujours être vigilant… Mais aussi et surtout : on ne peut pas revenir en arrière, et qu’il ne faut jamais se fier aux apparences.

Des pensées à l’acte, de l’individualité au groupe… Keren Nott fait, en quelques centaines de pages, le tour de tout ce qui peut pousser un être ordinaire à commettre l’irréparable, à commettre des choses horribles, que ce soit à cause de la colère, de la tristesse, ou de l’envie de se sentir vivant.

Seul bémol : je m’attendais à plus de passage trash et durs. Étant habituée à la prose et au ton très cru de Karine Giebel (auteure favoris de Keren Nott), j’ai trouvé ce roman un peu en de-ça, et n’a pas réussi à foncièrement me choquer, si ce n’est pour un ou deux passages.

En bref, un bon thriller psychologique, pour public averti cependant.

Citations :

Si j’étais mort ce jour-ci, qui vous aurait diverti au journal de vingt heures ? De qui parleriez-vous pendant la pause café ? Grâce à qui, à quoi, vous sentiriez-vous chanceux, heureux de votre petite existence sans relief ? Qui vous aurait appris la valeur de la vie ? C’est lorsqu’on se rend compte de son caractère instable et éphémère qu’on se met vraiment à l’aimer…


J’ai toujours détesté la télévision. Kurt et ma mère la laissaient gueuler toute la journée, et il ne s’y passait jamais rien d’intéressant, jamais rien d’intelligent. Des cris, des couleurs bigarrées, des personnages grossiers. Un concentré de conneries. Peut-être que seul un cerveau vide peut apprécier le petit écran et sa culture douteuse.


On peut croupir en taule tandis que nos bourreaux jouissent de leur petite vie, peinards.


Il avait changé de physionomie, ôté son masque d’homme bien comme il faut, montré son vrai visage, celui d’un extrémiste. Et, comme tous les extrémistes, il était dangereux.


Ce que je veux dire par là, c’est qu’il existe entre ces gens une émulation sordide, comme une espèce d’accord tacite pour toujours aller vers le bas. Je suis idiot, mais c’est pas grave, les autres le sont aussi. Bah !


Quand malgré tous vos efforts, il y a toujours quelque chose qui tourne mal ; quand vous essayez d’obtenir un peu d’amour ou d’attention et qu’on vous crache dessus ; quand la vie se fout de votre gueule… ben on se tourne vers la mort.


Pourquoi on morfle ? Pourquoi on meurt à petit feu pendant que d’autres profitent de la vie ? On ne sait même pas ce que c’est la vie, nous. On n’en connaît que le froid, la peine, la faim, la peur… le sang et les larmes. Des trucs que certains ne peuvent même pas imaginer.
[…] Alors oui, on veut vous montrer… vous montrer ce que c’est que la peur, la faim, la peine et le froid !


Mais que pensez de certains hauts dirigeant faisant pleuvoir des bombes sur de blanches et anonymes âmes ? Vous criez haut et fort à la cruauté quand il s’agit de nous, mais qu’en est-il d’eux ? Ceux qui ont le pouvoir, ceux qui vous contrôlent telles des marionnettes creuses… On dirait que plus nous sommes grands, plus notre monstruosité se trouve amoindrie. La cruauté ne se résumerait en fin de compte qu’à un point de vue ? Curieux, n’est-ce pas ?

Ma note : 15.5/20

• Scénario – 3/4
• Ecriture/Style – 3.25/4
• Potentiel d’addiction – 2.5/3
• Personnage – 1.75/2
• Emotions – 1.5/2
• Originalité/Créativité – 1.5/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.5/1.5

Contemporain·Drame·Policier·Roman/Polar Noir·Thriller

Purgatoire des innocents – Karine Giebel

couv50638274Caractéristiques : 

  • Auteur – Karine Giebel
  • Editeur – Pocket
  • Parution – 2014
  • Pages – 635
  • ISBN – 978-2266246248

4ème de couverture : 

Je m’appelle Raphaël, je viens de passer 14 ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, et deux autres complices, nous avons dérobé 30 millions d’euros de bijoux. Ç’aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts et un blessé grave. Le blessé, c’est mon frère. Alors, je dois chercher une planque sûre où Will pourra reprendre des forces.
« Je m’appelle Sandra. Je suis morte il y a longtemps dans une chambre sordide. Ou plutôt, quelque chose est né ce jour là… »
Je croyais avoir trouvé le refuge idéal. Je viens de mettre les pieds en enfer.
« Quelque chose qui parle et qui marche à ma place. Et son sourire est le plus abominable qui soit… »

Mon avis :

Je savais déjà un peu à quoi m’attendre avec ce roman, pour avoir déjà lu du Karine Giebel : je savais qu’elle ne faisait pas dans la dentelle, et que ses romans étaient assez noirs. D’autant plus que le peu d’avis que j’avais lu relevaient toujours la violence particulière de ce livre-ci. Encore une fois, Karine Giebel a réussi à me scotcher.

L’intrigue de base est vraiment excellente, bien qu’assez basique tout de même. Mais elle l’a tellement agrémenté d’histoires parallèles et transversales que lire ce livre, malgré son extrême violence, est un régal, rien que par la technicité littéraire.

Car oui, ce livre est d’une extrême violence. Bien que n’étant pas des plus sensible à cette dernière dans les livres, j’ai ici eu beaucoup de mal avec plusieurs scènes, et pour cause ! En plus d’avoir des sujets extrêmement dérangeants, les procédés mis en oeuvre sont tout aussi puissants, et nous immerge complètement dans l’histoire aussi tordue que psychopathe.

Mais que ce passe-t-il ? Principe de l’arroseur arrosé, avec des braqueurs, et un psychopathe. Autant vous dire que ce n’est pas du tout un livre facile à lire.
Je vous parlai tout à l’heure des procédés… Ellipses temporelles, non dit, sous-entendus… Tout ce qui compose un thriller psychologique très prenant et très éprouvant, où on a l’impression de ressentir chaque supplice que subissent les personnages. C’est pour dire ! Ce bébé fait 635 pages, et je l’ai pourtant fini en moins d’une semaine.

Mais surtout, c’est la dimension purement humaine qui est dérangeante dans ce roman, plus que les choses décrites elles-mêmes : comme à son habitude, Karine Giebel aime exploiter le côté sombre de l’être humain, ses failles les plus inavouables, et ce que l’instinct de survie peut pousser à faire, mais aussi ce que l’être humain est capable de faire à un autre être humain dans le seul but d’accomplir ses désirs. Là, est toute la puissance de Giebel : à travers des sujets extrêmement durs et tabous, elle va nous montrer le côté le plus dérageant de l’Humain.
De plus, elle ne va jouer non seulement sur les faiblesses typiquement humaine de ses personnages, mais sur les faiblesses de nous, pauvres lecteurs : l’empathie entre en jeu, ainsi que notre jugement, et les notions de Bien et de Mal, dans un huis-clos infernal. Huis-clos entre personnages, huis-clos entre le livre, et nous.

Je tiens à préciser que je ne conseille pas ce livre à tout le monde, qu’il faut être conscient de son contenu avant de se lancer. Au niveau des thématiques, sachez que vous allez vous retrouver avec : meurtre, séquestration, torture psychologique, torture physique, pédophilie, viol sur mineur, et j’en passe. Soyez prévenus.

En bref, un huis-clos éprouvant, violent, et épouvantablement addictif.

Citations :

D’un point de vul pénal, mieux vaut violer une femme que le coffre d’une banque. Prendre les armes pour prendre l’argent là où il se trouve, voilà un crime impardonnable aux yeux de la justice… Vraiment aveugle, aucun doute.


La douleur est une bonne compagne, fiston. Parce qu’elle est la plus fidèle qui soit.


Lui qui n’a pourtant jamais tué personne.
Jamais avec une arme à feu en tout cas.
Trop facile, trop banal. Trop vulgaire.
Toujours des lames tranchantes, des objects contondants, des cordes, ou à mains nues.
Il considère que les armes à feu sont réservées à ceux qui manquent d’imagination ou sont pressés. À ceux qui ne vénèrent pas l’acte de mise à mort.


« L’espoir fait vivre. »
Ce qui veut dire que le désespoir tue.


Elle a toujours préféré les mots aux chiffres. Tellement plus poétiques. Tellement plus beaux. Tellement plus généreux, riches et élégants. Tellement plus émouvants.
On ne déclare pas son amour avec des chiffres.
On n’appelle pas au secours avec des nombres.

Ma note : 18.25/20

• Scénario – 3.75/4
• Ecriture/Style – 4/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 1.75/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.25/1.5

Contemporain·Roman/Polar Noir

Sous la ville rouge – René Frégni

couv66609235-pngCaractéristiques : 

  • Auteur – René Frégni
  • Editeur – Folio
  • Parution – 2013
  • Pages – 144
  • ISBN – 978-2070459698

4ème de couverture : 

Charlie Hasard habite à Marseille. Ce solitaire ne connaît que deux passions : l’écriture et la boxe. Il a subi de nombreux échecs auprès des éditeurs, et trouve un exutoire dans les séances d’entraînement. Quand un de ses textes attire enfin l’attention d’un éditeur parisien, Charlie est persuadé que sa vie va enfin changer… C’est en réalité le début pour lui d’un effrayant engrenage.

Mon avis :

Découvert en novembre dernier, je n’ai pu lire ce livre que récemment. J’ai tout d’abords été assez sceptique, mais très vite, ce petit roman devient palpitant !

Le style de René Frégni a un petit quelque chose qui le rend unique. Par moment, il est extrêmement impersonnel, ce qui est assez déconcertant je dirais vu le genre auquel appartient l’ouvrage… Comme à d’autre, il est poignant d’émotion et d’humanité. Une dualité dosée avec soin et parcimonie, qui donne un résultat assez explosif et plaisant à lire. Riche, fluide et parfois dérangeant, le style Frégni fait parti des plus originaux que j’ai pu lire.

Pour ce qui est de l’intrigue, je dirai que l’on est à mi-chemin entre du polar noir et une histoire de vie. On suit Charlie, ce marseillais passionné d’écriture et qui n’a qu’un rêve : se faire éditer. On le suit dans sa vie quotidienne, ses tracas et déboires… Jusqu’à la rupture qui fera basculer sa vie.

L’histoire d’un homme passionné au point de s’en rendre malade, au point d’en devenir fou, le tout, sur fond de Méditerrannée, de cigale et de rues marseillaises. L’histoire d’un homme qui écrit, d’un écrivain déchu, du plaisir d’écrire.

Pour ce qui est des personnages, il n’y qu’un seul vrai personnage principal, les autres servent relativement à l’intrigue.

Charlie Hasard. Passionné à la folie. J’ai beaucoup aimé ce personnage, et j’ai éprouvé beaucoup de compassion pour lui. Comment, en effet, ne pas devenir fou quand les refus s’enchaînent, et que rien de ne va plus ?

En bref, un livre petit, poignant et calmement trépidant, pour notre plus grand plaisir !
Je tiens aussi à remercier l’auteur, qui est une personne adorable et pleine d’humour, pour l’accueil qu’il m’a fait lors du salon du Polar Noir 2015 à Port Saint Louis du Rhône !

Citations :

Il ne tournait pas le dos à la vie, ne la fuyait pas par timidité, peur de l’affronter, faiblesse. C’était tout le contraire, c’et en écrivant qu’il se sentait le plus vivant. Toutes ses émotions qu’il avait éprouvées tout au long de sa vie étaient ici, soulevées par les mots, encore plus violentes, subtiles, troublantes.


Charlie Hasard cherchait inlassablement quelque chose qui était dans sa tête. Dans un coin de sa tête, il y avait un rêve. Dans un coin de ce rêve, il y avait un jardin, une ville, un visage qu’il n’avait jamais vu et qu’il voulait connaître. Il poussait des mots comme on ouvre des portes. Il cherchait, cherchait. À la pointe de son stylo il sculptait le vent.


Un jour ou l’autre, toutes les femmes, tous les hommes sont seuls devant le mur de leur cuisine. Charlie l’avait été un peu plus tôt, un peu plus profondément. Tous ouvrent un jour le cahier de leur vie.


Depuis près de deux mois, comme une torche embrasée il avait traversée des routes, des places, longé des docks, des jetées giflées par la houle, des rues venteuses et des cités dévastées par l’ennuie et la laideur. Il était passé si loin des lueurs dorées de l’automne, des derniers feux des rosiers dans les jardins, loin des longues lumières sous les arbres que piétinent les feuilles en tombant. Il avait brûlé dans tous les coins de la ville. Maintenant il écrivait.

Ma note : 15.75/20

• Scénario – 3/4
• Ecriture/Style – 3.75/4
• Potentiel d’addiction – 2.25/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 1.5/2
• Originalité/Créativité – 1.5/2
• Suspens – 1/1.5
• Humour – 0.75/1.5 

Drame·Philosophie/Réflexion·Roman/Polar Noir

Néant – Mickaël Parisi

neant-710410-250-400Caractéristiques : 

  • Auteur – Mickaël Parisi
  • Editeur – Autoédité
  • Parution – 2015
  • Pages – 321
  • ISBN – B018DBXGNU

4ème de couverture : 

Marlon est un jeune homme aux pensées suicidaires et anarchistes. Afin de quitter ce quotidien et ce monde qui ne lui convient pas, il ne trouve rien de mieux à faire que de rejoindre une organisation secrète lui permettant de se faire passer pour mort auprès de la société. Après avoir assisté à son propre enterrement, Marlon devra effectuer plusieurs tâches pour son organisation afin d’obtenir une somme d’argent suffisante pour recommencer une nouvelle vie ailleurs. Mais tout ne se passera pas comme prévu. Le seul espoir pour Marlon de s’en sortir semble être un détective privé sociopathe, alcoolique, obsédé sexuel et atteint de la maladie de Diogène. Comment Marlon va-t-il pouvoir s’en sortir sans laisser de plumes ?

Mon avis :

Je tiens à remercier chaudement de l’auteur de m’avoir ait confiance et proposé de lire son livre ! Malheureusement… Ça ne l’a pas fait avec moi.

Le style tout d’abords aurait pu être agréable et bon si seulement il n’était pas aussi vulgaire et répétitif. De trop nombreuses fois, de même expression reviennent, et la vulgarité omniprésente et exagérée ne laisse aucune place à un poil de littérature. Il n’est pas des plus fluides non plus – et déjà que l’histoire est dure, cette non fluidité n’arrange rien -. Il a pourtant le mérite de faire des comparaisons loin d’être bateau et classique, et c’est assez agréable.
Il y a cependant plusieurs coquilles qui piquent assez les yeux qu’il faudrait corriger.

Pour ce qui est de l’intrigue, du fond même de l’oeuvre, je ne peux dire que bravo. Le message que l’auteur cherche à faire passer et loin d’être anodin et futile. Secte, société de consommation, inhumanité à cause de l’appât du gain… Un très bon fond, sur intrigue de roman noir. Je n’ai qu’une chose à dire : je déçue que cet aussi bon fond soit aussi mal mis en avant, et complètement masqué par la vulgarité et tous les points négatifs (à mon grand damn…) présents.

L’histoire… J’en ai rarement vu d’aussi noire et malsaine. Mais vu le contexte, c’est parfaitement compréhensible et cohérent avec ce que veux faire passer l’auteur. Encore une fois le bémol majoritaire est la vulgarité, qui sappe tout, décridibilise tout… Utiliser le ressort du vulgaire pour rendre un passage plus cru, plus trash, c’est du vu et revu, mais ça marche. Mais pas ici, car il y a un juste milieu, un équilibre à avoir. Et malheureusement, l’équilibre est bien loin d’être là !

Les personnages sont tous exécrables.

Marlon, notre personnage principal. J’ai rarement vu aussi mauvais comme personnage. Hautain, moralisateur, fermé d’esprit, hypocrite… En clair, ce qu’on qualifie vulgairement de connard égocentrique. Ce qui m’a le plus fait criser je pense, fut de voir qu’il se permettait d’émettre un jugement sur des pans entier de population, de les mépriser pour leur attrait pour l’argent, alors que lui-même, accepte de faire des acte inhumains pour quelques billets vert. « Fais ce que je dis, pas ce que je fais. » résume à merveille ce personnage horrible.

Grant… Plus complexe pour lui. Vous prennez la personne la plus vulgaire que vous connaissez, et dites vous que ce n’est rien comparé à Grant. Il est d’une vulgarité absolument inouïe. Mais en dehors de cela, il est un fervant adepte du sarcasme et de l’ironie (certaines de ses répliques sont assez cultes quand même)… Mais – car il y a toujours un mais – il est complètement immonde. Raciste, prône le trafic d’armes, la prostitution… Un horrible personnage, acerbe et désagréable et, il faut le dire, est loin d’être sain d’esprit.

Les autres personnages sont tous lisses, plats, sans reliefs, et tous aussi désagréables les uns que les autres.

Au fond, qu’est-ce qui m’a dérangé dans ce livre, qui pourtant, avait toutes les clefs en main pour être une bombe atomique ? La vulgarité, l’irrespect, le non attachement aux personnages et la sensation d’aggression.

La vulgarité d’abords. Je veux bien qu’on soit vulgaire, et qu’un livre soit vulgaire, ce n’est pas ça qui me dérange. Mais quand j’ouvre un livre, ce n’est pas pour avoir l’impression de me retrouver dans la tête du caïd de la première banlieue défavorisée. Ce n’est pas non plus pour lire la description d’un monde – notre monde – à travers les yeux d’un dépressif égocentrique qui se pense meilleur que tout le monde alors qu’il est de ceux de la pire espèce. Il y a une manière d’aborder certaines choses, et ici, on est complètement passé à côté.

L’irrespect. Vulgarité, critique et jugement amène forcément à parler d’une partie de la société. Sauf qu’ici, je me mettais à chercher le respect. J’ai été notamment extrêmement affectée – pour ne pas dire choquée, et pour me choquer, il faut y aller – par la vision des femmes de Marlon (je parle bien ici de Marlon, et non de l’auteur !). Juste un petit extrait :

Pourquoi avoir du respect pour une génération de pétasses qui se font troncher et retroncher du matin au soir, et finiront malgré elles par se faire engrosser, accoucheront et allaiteront de futures trainées qui feront forcément la fierté de leurs ex-poufiasses de mater en se faisant péter le cul dès l’âge de treize piges, âge cela dit en passant où je jouais encore aux Pokémons. 

C’est de cette sensation d’agression dont je parlais plus haut. Je ne pense pas qu’un lecteur, quel qu’il soit, n’apprécierait d’ouvrir un livre et de s’y sentir agresser, rabaisser, et traîner dans la boue. Et c’est pourtant l’impression que j’ai eu à bien des moments, et je suis sûre que là où je ne me suis pas sentie agressée, ça sera le cas pour d’autres.
Pour ce qui est de l’attachement des personnages, comment s’attacher à une ordure de la pire espèce ? Impossible pour moi.

Avec tout ce condensé de mauvais points, de choses choquantes et horribles, je me demande si ce n’était pas le but de l’auteur. Faire un livre horrible, désagréable, dans le but de faire réagir. C’est vraiment une question qui se pose, et qui fait sens. En tout cas, si c’était bien le but Mickaël Parisi, je ne peux lui dire qu’une chose : beau boulot ! Mission réussie ! Mais je reste persuadée que ce n’est pas la meilleure manière qui soit pour faire réagir.

En bref, un livre que je n’ai pas du tout apprécié malgré le très bon fond et le message puissante de l’oeuvre. Ceux qui aiment les romans noirs seront aux anges !

Citations : 

Il est dit, par la pensée commune, que se suicider c’est être lâche. Alors comment peut-on définir une personne qui désire fortement mettre fin à ses jours, mais qui finalement est trop lâche pour se foutre en l’air ? Je suis donc quelqu’un de trop lâche pour être complètement lâche.


Je n’étais pas non plus prêt à souffrir pour vivre. L’indécision me laissait en vie, par défaut.


– Le Christ a échoué, Marlon. Vous combattez le néant.


– C’est cette société des apparences qui me tue.
Il se gratta la tête.
– Vous parlez de la superficialité, Marlon. De la société des apparences. Pourtant pour prendre un simple exemple, je vois une marque sur votre polo. Pourquoi ?
– J’entre dans la ronde.
– Jugez-vous une personne à ce qu’elle porte ?
– Je mentirais si je disais le contraire.
– Alors n’êtes-vous pas quelque part entré dans la matrice à votre tour en jouant le jeu des apparences de l’allure extérieur, Marlon ? Est-il raisonnable de blâmer notre société alors que vous aussi, êtes enfermé dans le temps du paraître ?
L’enfoiré m’avait cloué, pourtant je n’avais rien d’un Christ.


Qui étais-je ?
J’étais l’esclave du paraître dans une génération qui fait l’apologie du néant.


– Te dénoncer ? Voyons ! Quelle idée ! Et à qui ? La loi c’est moi, jeune merde. Puis qu’est-ce qui est bien ou mal, mon gars ? La frontière entre bien et mal est aussi mince que… toi. Bordel, t’es maigre comme un jockey. Tu l’as garé où ton cheval ?


La façon dont l’homme traite la femme, il le paie le jour où il verra des larmes sur les joues de sa fille.


– Logique communautaire. C’est le même principe que quand tu vas sur Google et que tu tapes le nom d’un sportif, d’un chanteur ou d’un acteur et qu’il est marqué en suggestions « musulman » à côté du nom tapé. Genre « Michaël Jackson musulman », « Nagui musulman », « Bob l’Éponge musulman »…
– Il est musulman Bob l’Éponge ?
J’avais envie d’ouvrir la portière et de sauter.


L’habit ne fait pas le moine, mais permet de rentrer au monastère.


– Merci Dany. Tu peux disposer. J’adore voir les entrailles sur le bitumes, ça a un petit côté Pop Art pas négligeable.


Nous étions à 90km/h en pleine agglomération. Cela me faisait vaguement penser qu’au Maroc, les gens avaient 30 points sur leurs permis de conduire. Dans le cas de Grant, il bousillerait son permis Marocain en moins d’une semaine.


J’avais un très mauvais pressentiment. Mauvais pressentiment confirmé en quelques secondes. Il tenait quelque chose à la main mais cela ne ressemblait pas à Sylvain. Ni à un porte-monnaie d’ailleurs. Il traversa le parking d’un air déterminé, puis fit tinter la porte d’entrée. Dès que la porte se referma, Grant me montra du pouce la voiture, visible à travers la vitre de l’entrée. Il tenait… une grenade.
– MARLON ! VOITURE ! FISSA PRESTO ! ISAAC VA FAIRE SA LOI !!!

NB : Sylvain, c’est le petit nom du révolver de Grant. Issac, c’est la grenade.


Ce n’est pas parce que tu ne vois pas certaines choses qu’elles n’existent pas.


– Au fil du temps, j’ai perdu progressivement la foi. La première raison fut la multitude d’attentats qui frappa ce pays. Voir des gens tuer pour Dieu. Au nom de Dieu. Après moults réflexions, j’ai compris que je gâchais ma vie pour Dieu.


– Je vous remercie, mais un tel massacre était-il… nécessaire ?
– Mais qu’attendais-tu d’autre de moi, Marion ? Je suis Français de père et de mère, par conséquent je descendant d’un peuple qui a eu pour grande passion de décapiter les rois. Alors excuse-moi de seulement perpétuer les traditions…

NB : Marion, c’est le petit nom que donne Grant à Marlon.


J’ai hypothéqué l’amour contre des chimères parce que cette société a imposé l’argent comme seul maître.

Ma note : 7.75/20

• Scénario – 3/4
• Ecriture/Style – 1/4
• Potentiel d’addiction – 1/3
• Personnage – 0.25/2
• Emotions – 1.5/2
• Originalité/Créativité – 1.25/2
• Suspens – 0.5/1.5
• Humour – 0.75/1.5
• Malus « Agression » : -1pt
• Malus « Vulgarité excessive et injustifée » : -0.5pt

Drame·Roman/Polar Noir

Les liens du sang (Le loup de Fardy’s Land 1/?) – Bobby Raiche

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  • Auteur – Booby Raiche 
  • Editeur – Véritas Québec 
  • Parution – 2015
  • Pages – 335
  • ISBN – B0177EXLGQ

4ème de couverture : 

Fardy’s Land est une île comme il en existe des centaines ? terre orpheline à la merci du climat ? où s’active une communauté de 200 000 habitants, tous issus de lignées enracinées sur place depuis plusieurs générations. Des survivants, à la fois tendres et féroces ! Dans ces maisonnettes, dispersées au fil des vallées, des champs et à l’orée des forêts, des secrets inavouables sont encore l’objet de chuchotements et d’interdits. Parmi ces quasi-légendes à faire frissonner les enfants, il y a ce drame survenu il y a plusieurs années : six enfants sont allés jouer dans les bois et seulement cinq en sont revenus. Trente-quatre ans plus tard, empruntant « le sentier de la mort », Peter Sullivan disparaît pendant une fête qui se déroulait sur l’île. Son frère Cedric, assisté de son jumeau et sa jumelle, se met à la recherche d’un meurtrier si habile que même les plus grands enquêteurs n’ont pas pu l’identifier. De larmes en éclats de rire, de la trahison au pardon, de défaites en victoires, Cedric découvrira la valeur de l’amitié et la fidélité de ceux qui l’entourent. Les meurtres se succédant, la menace devenant constante, nos jeunes héros pourront-ils dévoiler qui se cache sous ce complot sans merci ? Sur cette île diabolique, entre le coucher du soleil et l’aube, on naît, on disparaît ou on meurt.

Mon avis : 

Une lecture que m’a directement proposé l’auteur (et je l’en remercie sincèrement), et qui me laisse perplexe, malgré les très bons points présents.

Le style de Bobby Raiche est relativement simple, moderne, sans réelle prise de tête… Il arrive a être percutant, et surtout, extrêmement émouvant. Plusieurs fois j’ai eu les larmes aux yeux. J’ai rarement pu lire un texte et un style transportant autant d’émotions. Surtout, le style est parfaitement adapté je trouve à l’histoire : émouvant, mais aussi froid, cassant, qui donne une impression assez prenante d’angoisse. Très insidieux, le style se glisse en nous, avec toutes les émotions qu’il porte, pour les faire exploser au bon moment. Et ça explose très souvent. Attention les dégâts !

L’intrigue quant à elle, est assez intéressante ! Je peux me tromper, mais j’ai très rarement vu ce genre d’intrigue en littérature, mais plutôt à la télévision, et notamment dans les séries. Avoir un oppresseur, possible psychopathe, qui nous plonge dans l’angoisse la plus totale, et nous manipule par des secrets que l’on peut avoir… De l’oppression psychologique, il y en a bien plus, mais une de ce type là, qui en plus à un rapport avec la famille et le passé… C’est assez inédit je trouve, et surtout, assez complexe à mettre en oeuvre. Heureusement, Bobby Raiche a très bien réussis son coup, et nous offre sur un superbe plateau d’argent une intrigue extrêmement prenante et addictive !
Par moment, avec le système de secret qui servent à manipuler l’oppressé, j’ai un peu pensé à la saga Pretty Little Liars, même si je n’ai pas terminé la seconde saison (et soyons d’accord, je ne compte pas terminer la série).

Pour ce qui est de l’histoire en elle-même, elle reste par certains aspects basique (des adolescents qui vivent des trucs hors normes, une intrigue policière de base, un système de secrets qui met tout en péril, etc), mais fait aussi preuve d’originalité (lien avec le passé, lien avec un évènement traumatisant des parents de nos héros, complot, un poil de romance, etc). Tout un mixe qui rends le tout très agréable et surtout complet. On voit souvent des romans très complet sur certaines thématiques, mais qui sonnent creux sur d’autres. J’aime beaucoup quand les choses sont bien faites et équilibrées, et c’est le cas ici.

Pour ce qui est des personnages, je suis déjà un peu plus perplexe, certainement à cause de l’immaturité de certains. Il faut savoir qu’il y a énormément de personnages et que chacun ont leurs caractères bien particuliers !

Je n’ai pas particulièrement aimé le personnage de Cédric, malgré ses qualités non négligeable.

En y réfléchissant et avec le recul, je me rends compte qu’il n’y a que trois personnages que j’ai réellement appréciée : David, Robby, et Ellen, tant pour leurs histoires, leurs façons d’être… J’ai trouvé que c’était eux les plus matures du roman.

Si j’ai été mitigé sur certains, il y a, à l’inverse, des personnages que j’ai de suite détesté, notamment la grand-mère des triplets… Si vous le lisez, vous saurez très vite pourquoi !

En plus de tout cela, l’auteur, très fortement inspiré par une auteure mondialement connue J.K. Rowling, s’est amusé à glisser quelques clins d’oeil à la fameuse saga de notre magicien à lunette (les Potterhead, réveillez-vous !!). Des personnages secondaires du nom de Parvati, une autre d’Emma Granger, une Ellen qui a quelques traits commun avec Luna Lovegood, et autres petits détails, rendent la lecture plus légère, malgré les atrocités et la violence décrite.

Et là, vous vous demandez certainement pourquoi en début de chronique, j’ai annoncé que j’étais perplexe…

Tout simplement parce qu’il y a un détail – détail qui, malheureusement, rythme tout le roman – qui me chiffonne, et avec lequel j’ai beaucoup de mal : l’acharnement.

On a ici un roman, un polar qu’on pourrait très largement qualifié de noir vu le contenu et la manière dont s’est abordé, où les personnages vivent des choses atroces à un âge trop bas à mon goût. Je veux bien, et je conçois qu’on fasse vivre des crasses à nos personnages, qu’on invente un bon gros salaud, un vrai psychopathe… Mais je ne conçois absolument pas l’acharnement qui est ici fait, présent, et répétitif. Nos héros ont entre 15 et 17 ans, et ils vivent des choses plus qu’inhumaine, d’une violence et qu’une cruauté sans limite. Quelques coups durs je veux bien… Ça peut déclencher de l’empathie chez le lecteur, développer quelque chose de plus intime et psychologie… Mais à outrance, ça déclanche de la pitié, et la peur de tourner les pages.

À force, vous savez que je suis très impliquée émotionnellement dans mes lectures… Je ne suis pas ressentie indemne de celle-là du tout ! Bien au contraire ! Tellement de douleur, de tristesse, d’acharnement… J’ai vraiment ressenti tout cela, au point d’être le temps de ma lecture et la semaine d’après, un peu plus renfermée sur moi même, plus de pensées noires… Au point tout de même que mes amis me demandent si tout allait bien, et que si j’avais besoin d’en parler, ils étaient présents !

En bref, par le ressenti émotionnel et un acharnement bien trop écrasant sur les personnages, je ne peux pas affirmer que ma lecture a été très agréable, même si elle l’a été dans un sens.
Je le conseille vraiment pour tous les accros aux livres noirs, aux choses dures, trash… Vous serez vraiment comblés !
Mais je le déconseille extrêmement fortement à tous les lecteurs sensibles et/ou très (trop ?) émotifs ! Ce livre va vraiment vous toucher et vous affecter.

Citations :

Instaurer un faux sentiment de sécurité à une personne était parfois beaucoup plus efficace pour en extraire des informations que le mettre sous pression.


On dit aussi que l’amour rend aveugle, souvent les gens refusent de voir la réalité en face, persuadés que la personne qu’ils aiment est parfaite. Leurs sentiments les empêchent d’admettre ce qu’ils ont sous les yeux. Le réveil peut s’avérer brutal et une part de nous en meurt. Nous ne sommes plus jamais les mêmes ensuite.


Pardonner à quelqu’un qui nous a blessés n’est pas si facile, encore plus quand il s’agit d’un être aimé.

Ma note : 14.5/20

• Scénario – 3.75/4
• Ecriture/Style – 3.5/4
• Potentiel d’addiction – 2.25/3
• Personnage – 1/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 1.5/2
• Suspens – 1.25/1.5
• Humour – 0.25/1.5
• Malus « Acharnement » : -1pt

Policier·Roman/Polar Noir·Thriller

Prendre Lily (Prendre Femme 1/2) – Marie Neuser

couv73619376Caractéristiques : 

  • Auteur – Marie Neuser
  • Editeur – Fleuve Noir 
  • Parution – 2015
  • Pages – 520
  • ISBN – 978-2265099401

4ème de couverture : 

Début des années 2000. Dans une petite ville anglaise sans grands faits d’arme à célébrer ni catastrophes à déplorer, deux fillettes viennent de retrouver leur mère assassinée. Elle git dans sa baignoire, les seins méticuleusement découpés et disposés de chaque côté du corps. Entre ses doigts, deux mèches de cheveux : une brune, une blonde. Lily, couturière et mère exemplaire, n’avait jusqu’alors jamais fait parler d’elle. À quelques mètres du foyer de Lily Hewitt, celui de Damiano Solivo. Alors que tous les soupçons se portent sur cet immigré italien suintant protégé comme un chiot par sa femme, celui-ci oppose un alibi parfait : il travaillait. Pour preuves de sa bonne foi, il a conservé son titre de transport et se trouve en mesure de prouver qu’il a signé la feuille d’émargement ce matin-là, à l’institut qui l’accueille pour son insertion professionnelle.

Mon avis :

Sélectionné pour notre Live Show avec Steven’s Books et Lecture Rousse, il s’agit une d’une belle surprise !

Ayant déjà lu du Marie Neuser, je peux aisément faire la comparaison entre Prendre Lily et Je tue les enfants français dans les jardins. Le style de Marie Neuser est toujours aussi froid, dur et percutant, fluide et composé de phrases courtes pour la majorité. Cependant, dans Prendre Lily, il est bien plus calme, imposant un rythme bien plus lent est posé à l’oeuvre globale. L’atmosphère est plus écrasante et pesante, et les mots restent durs comme de la pierre.

L’intrigue ici présentée est à la fois basique et originale. En effet, basique, car il s’agit un polar, d’un thriller de base, avec un meurtre, un suspect, une enquête. Rien de bien extravagant. Mais toute l’originalité réside dans la mise en place. Dans les romans policiers (dans le peu que j’ai lu en tout cas), c’était toujours le même schéma qui était mis en place : un meurtre, un suspect, une enquête, deux trois ou rebondissements, case prison. Et basta. Avec quelque chose de palpipant, pleins de surprises comme un épisode d’une série policière, où les évènements s’enchaînent à une vitesse affolante. Ici, il s’agit d’une traque. Le même suspect, filé durant des années et des années. L’enquête s’étalle sur plus de huit années. On est dans une attente perpétuelle d’un indice, qu’un quelque chose qui ferait avancer l’investigation. Et ça, c’est génial. Pour une fois, on a un rythme qui est lent, presque reposant, et surtout, bien plus proche de la réalité.

L’histoire quant à elle, est dure, trash, voire même gore par certains moments. Comme dit dans le Live, dès la deuxième page du premier chapitre, on a la description, plus que crue, de la scène de crime… Qui m’a fait dans un même, un très vif écho au dernier meutre de Jack l’Eventreur (seins découpés et posés près du corps, tête à moitié arrachée, éventrée…). La manière dont l’auteure nous fait avancer est extrêmement longue, mais aussi nécessaire. Ce que l’on pourrait prendre pour des longueurs dans la narration, sont pour la plupart, bourrées d’indices et de minuscules détails qui, par la suite, prendront toute leur importance… Restez sur vos gardes !
De plus, le fait de faire entrer en piste l’histoire de Gloria (bien plus développée dans le second tome de la saga, Prendre Gloria) rajoute une dimension de complexité et d’entre-croisement de faits loin d’être inintéressants.

Les personnages sont, quant à eux, à la fois très travaillés et très réalistes.

Gordon, à travers qui nous vivons l’enquête, n’est ni bon, ni mauvais. Nous sommes dans ce roman très loin des idéaux manichéens ! Gordon est très déterminé, complètement absorbé par son enquête, au point d’en risquer sa vie, sa santé (tant mentale que physique), mettre de côté vie personnelle… Il ne vit qu’à travers et que pour cette enquête. Et voir Damiano s’en sortir à chaque fois l’enfonce un peu plus, jusqu’à lui donner des pulsions plus que répréhensibles : falsifier des preuves pour en créer une parfaite pour inculper Damiano, se servir d’une femme (de la pire des manières) pour avoir des informations… J’ai bien aimé ce personnage car bien que je ne cautionne pas toutes ses actions, je les comprends.

Nous aurons beau suivre l’enquête à travers les yeux de Gordon, je ne le considère pas comme le vrai personnage principal. Car tout le roman n’est rythmé qu’avec une seule personne, un seul nom : Damiano. J’ai fait le yo-yo avec ce personnage. Pitié, haine, pulsion meurtrière, adoucissement, doute… Un personnage exécrable, que l’on sent manipulateur et vil à souhait, un peu (beaucoup ?) psychopathe sur les bords… mais qui arrive à instaurer le doute. Jusqu’à la fin, on est dans le doute. Dans le Live, Steven et Marie ont annoncé qu’eux étaient certains de sa culpabilité. Personnellement, je reste dans le doute. Des petits détails qui font que ça ne colle pas… J’ai hâte de lire le second tome qui, je l’espère, m’apportera les réponses dont j’ai besoin.

Les personnages secondaires sont tout aussi bien construits et réalistes que les deux principaux, et c’est extrêmement agréable à voir.

En bref, un polar noir qui change de ce qu’on a l’habitude de voir, avec un rythme différent et une intrigue prenante. Je le conseille à toute personne voulant s’essayer au polar ou au policier. Attention cependant ! Le roman est très cru, dur, voir gore par moment. Marie Neuser ne mâche pas ses mots, et n’a pas peur de choquer. Attention aux personnes sensibles donc.

Citations :

– […] Ici… il y a des traces de rejet, c’est-à-dire des gouttes qui ont été projetées par l’arme en mouvement. Je pense qu’ensuite, une fois qu’il s’est assuré qu’elle était bien morte, il a attendu un moment avant de la traîner : on a un écoulement régulier là, juxtant la trace de choc.
– Cette mare quoi…


Il paraît qu’il suffit de trois nuits sans dormir, je veux dire de trois jours et trois nuits, pour sombrer dans la folie.
Je n’en suis pas loin.
J’ai tout essayé pourtant. Faire des pompes jusqu’à épuisement ; boire à m’en abrutir ; m’enrouler dans les couvertures devant des émissions sur la chasse, la pêche et la dentelle de Cornouailles. Que dalle. Mes yeux comme des billes.


– Si vous ne supportez pas l’échec, McLiam, me dit Bradford un jour, il y avait deux métiers à éviter : enseignant, et flic.


– Vous vous donnez des airs de sujets de Sa Majesté mais vous n’êtes qu’un ramassis de racistes.
Je lui ai conseillé, avec toute la courtoisie d’un sujet de Sa Majesté, de fermer sa grande gueule.


– Détective McLiam… Je vous ai toujours très bien considéré. Non pas que vous soyez le meilleur agent qu’on ait jamais eu, parce que pour ça il faudrait être un peu moins… un peu moins…
– … casse-couilles…
– … voilà, […].


Pourquoi fallait-il que cette enquête s’ornemente de tant de mystères insolubles ? Pourquoi bon sang ne s’était-il pas contenté de tuer un point c’est tout, au lieu de nous faire tourner en bourrique avec ses petits jeux de piste foireux ?

Ma note : 17/20

• Scénario – 3.75/4
• Ecriture/Style – 3.5/4
• Potentiel d’addiction – 2.5/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 1.5/2
• Originalité/Créativité – 1.5/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.75/1.5

Contemporain·Coup de coeur·Roman/Polar Noir

Je tue les enfants français dans les jardins – Marie Neuser

couv71520771Caractéristiques : 

  • Auteur – Marie Neuser
  • Editeur – Pocket
  • Parution – 2011
  • Pages – 160
  • ISBN – 978-2266238427

4ème de couverture : 

Lisa, jeune prof d’italien, a du mal avec ses élèves. Chahuts, insultes, affrontements, menaces, la tension monte et quelques éléments récalcitrants rendent sa vie littéralement insupportable, à l’intérieur du lycée aussi bien que dehors.
Lisa se sent seule et en danger, encore plus lorsque la seule élève sur qui elle comptait se suicide pour éviter un mariage forcé. Après avoir essuyé jour après jour les insultes les plus grossières et intimes, après avoir été molestée devant ses élèves, la jeune enseignante commence à se forger une carapace implacable. Face aux caïds de sa classe qui la méprisent et la maltraitent, comment la petite prof peut-elle réagir ?

Mon avis :

J’avais envie d’une lecture très courte, et pas forcément rose… Ce livre s’est imposé de lui-même, et c’est un coup de coeur !

Le style de Marie Neuser est, je trouve assez spécial. Déjà, nous avons des phrases assez longues, parfois alambiquées, mais qui sont très travaillés. Ce qui m’a surtout surpris, c’est la violence, et la froideur implacable que l’on a travers les mots employés. Un style qui n’est peut être pas le comble de la fluidité, mais qui est riche, et surtout, extrêmement puissant. On a parfois l’impression de se prendre pichnette, baffe, poing, voir même parfois, un mur.

L’intrigue est, tout comme l’histoire, extrêmement noire. Une jeune femme, balancée dans un collège des mauvais quartiers d’une grande ville (Marseille ici, si je ne m’abuse), dans un univers extrêmement dur. Une intrigue qui nous prend aux tripes, et qui ne nous lâche plus.

L’histoire… Autant le dire, elle est horrible. Harcèlement psychologique, physique, stress… Plongé au coeur du quotidien d’une prof’. J’ai mieux compris pourquoi « noir ». Et je dois avoué que je savais qu’il le serait. Sur le coup, pendant la lecture, je me suis dit que ce n’était pas si noir que ça… Mais avec le recul, il se trouve que c’est certainement un des ouvrages les plus durs et le plus noir que j’ai pu lire.

Les personnages ne sont pas particulièrement attachants, mais ils sont puissants.

Lisa, la prof’ d’italien, a un caractère assez fort, mais est complètement surmenée par sa classe de 3ème, absolument horrible. On est plongé dans sa tête, et on fait face à ses doutes, ses peurs, ses angoisses… Très prenant et troublant.

Les éléments perturbateurs dira-t-on, sont à la fois monstrueux, et malheureusement, dépeignent une vérité bien vraie.

En lisant des chroniques, j’ai pu voir que beaucoup descendait ce livre pour être trop stéréotypé, et limite raciste sur les bords (les éléments perturbateurs ont tous des noms typés orientaux ou Mahgrébains. Le « grand méchant » de l’histoire porte le nom de Malik), et je dois dire qu’ils se trompent lourdement. Il y a une différence nette entre les lecteurs ayant eut une scolarité dans un collège/lycée normale, et ceux qui ont vécu leur scolarité dans une ZEP.

En venant d’un collège/lycée normal, il est normal je pense de trouver ce livre extrême, limite raciste et stéréotypé. Mais quand on a vécu la ZEP, le collège difficile, ce n’est pas la même histoire.

J’ai fait mes années collège dans une ZEP. Et je peux vous garantir, que ces scènes qu’elle dépeint dans sa classe d’italien, est ce que je vivais au quotidien dans ma classe d’espagnol. Les « Nique ta mère », « Aya sur la Mecque », « Je vais te crever », et « Je vais ramener mon père tu vas voir salope », je les ai entendu. Les banderoles avec des menaces de mort pour les profs accrochés sur la devanture du collège, je l’ai vécu. Donc non, ce n’est pas stéréotypé, c’est seulement la triste réalité que personne ne veut voir. Et être replongé là dedans avec toute cette violence dépeinte… Ça m’a assez tourmentée (d’où ma lecture actuelle, à savoir un Harlequin biiieeeeen léger et biiiieeeennn marrant).

D’autant plus que Marie Neuser, on le sait via la description présente juste avant le texte même, a enseignée pendant deux ans l’italien dans un collège difficile. Et par le salon, j’ai pu apprendre que souvent le soir, elle notait dans des callepins les crasses qu’on le lui avait faite, afin de pouvoir les raconter. Mais elle voulait une sorte de preuve écrite, de peur qu’on ne la croit pas, tant ces choses devaient être énormes. Ce qui me pousse à me poser ces questions : parmi tout ce que Lisa vit dans le roman, qu’est-ce que Marie Neuser a vécu en réalité ? Y a-t-il une part d’autobiographie dans cette oeuvre ? Tout cela pour dire que les lecteurs qui accusent Marie Neuser de diffamation et exagération devraient se renseigner un peu avant d’accuser. Car ce n’est pas juste un petit livre comme cela, mais un véritable zoom sur ce que peut être une classe difficile. Pensez-vous sincèrement qu’on verrait dans les journaux « Un prof de Y s’est fait poignarder par un élève », « Un prof agressé par un élève » s’il n’y avait pas une réalité pareille en classe, entre les murs d’un établissement scolaire ? C’est tout le système et ses failles, et surtout, le manque de soutient de la part des administrations qui est dénoncé. Car, c’est bien connu (pour l’avoir vu de mes yeux), c’est mieux de garder un ado dangereux dans l’enceinte quand on en a déjà viré un, parce que c’est pas bon pour les stats, ou bien de faire passer en classe supérieur un élève pour s’en débarasser au plus vite.

J’ai pu avoir la chance de rencontrer l’auteure au salon du Delta Noir qui s’est tenu dans ma ville les 21 et 22 Novembre, et cette dernière, lors d’une table ronde, a précisé que ce qu’elle cherchait surtout, c’était les raisons qui peuvent pousser quelqu’un à sauter le pas, à passer d’une personne tout à fait normale à un meurtrier. Et j’ai bien senti tout au long de ma lecture, cette « provocation, peut-être exagérée », comme elle l’a elle-même si bien dit. On voit, tout au long du roman, les raisons qui ont poussés Lisa à de telles extrêmités. Et ça, c’est remarcable.

Attention cependant ! Cela ne veut en aucun cas dire que tous les collèges/lycées se trouvant dans des quartiers défavorisés ou difficiles sont du même accabit, loin de là. Il y en a forcément (ou du moins je l’espère) qui ne sont pas comme ça. Mais il faut savoir qu’une grande partie le sont.

En bref, un coup de coeur énorme pour un roman bien noir, qui n’est pas à mettre entre toutes les mains.

Citations :

Chaque jour, du lundi au vendredi, le trajet le long de l’avenue grise après la bouche de métro, le bref coup d’oeil désabusé à l’inscription ÉCOLE DE JEUNES FILLES, la traversée de la foule pleine de pédés, d’enculés et de morts que l’on nique.


– (…). Je me contente de réagir comme une personne lucide qui sait pertinemment qu’aucun désir de justice ne les traverse jamais sauf quand il s’agit de sauver leur propre gueule.
La moue admirative qu’il m’adresse est bien entendu gluante d’ironie.
– Eh bien bravo. Vous avez une haute opinion de vos élèves.
– Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Qu’ils sont des modèles d’intelligence et de grandeur d’âme ? Je ne pousserai pas l’aveuglement jusque-là.


Et ces petits qui s’ennuient à l’école, ah là là qu’est-ce qu’ils s’ennuient. Là, je ne parviens plus à me contenir. Je dis au type : c’est vrai qu’à l’école on ne répète pas aux gosses toute la journée à quel point ils sont géniaux, on ne chante pas « Star Academy » à poil avec une plume dans le cul et on leur demande autre chose que de RIGOLER.


Mais moi, je ne suis pas Michelle Pfeiffer, je suis une petite rousse toute frêle, je ne touche pas des millions pour faire semblant devant les caméras, tout cela est mon quotidien, le vrai de vrai, et il y a un couteau qui vient de traverser la classe et de se planter dans mon bureau en faisant Chtok, tzoiiing. À un mètre de moi. Moi, enceinte de deux mois.


Surtout, surtout ne pas montrer que je suis affectée, car on s’acharne d’autant plus sur ceux qui ont peur.

Ma note : 18.75/20

• Scénario – 3/4
• Ecriture/Style – 4/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 2/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.25/1.5
• Bonus « Courage et dénonciation » : +1pt