Drame·Roman/Polar Noir·Thriller

Le cri des papillons – Tony Perraut

Capture d_écran 2018-05-25 à 18.45.45Caractéristiques : 

  • Auteur – Tony Perraut
  • Editeur – Autoédité
  • Parution – 2018
  • Pages – 363
  • ISBN – 978-1973258919

4ème de couverture :

Je suis Myra Porter, à l’âge de 8 ans j’ai été enfermée dans cette cellule suite à la découverte de ma schizophrénie précoce. Quand la séquestration rime avec la maladie, la haine, la violence et le viol, je m’enferme dans mon monde, la cave aux papillons, un monde magique où la violence n’intervient qu’avec le cri, le cri des papillons. « Un papillon ne crie pas, il souffre en silence »

Mon avis : 

Que je suis contente de revenir avec un livre que j’ai aimé et qui m’a vraiment fait voyager, vous ne pouvez pas savoir à quel point !

En effet, parlons un peu du « Cri des Papillons », signé par Tony Perraut, un auteur auto-édité dont j’apprécie tout particulièrement l’univers, mais encore plus sa façon de nous raconter des histoires.

A mon sens, cet opus est le plus travaillé que l’auteur ait pu nous fournir, que ce soit d’un point de vue purement littéraire, que d’un point de vue humain et scénaristique.

Comme à son habitude, Tony Perraut nous plonge dans un univers très sombre, mais aussi déformé par l’esprit malade qui le regarde, et à travers qui nous vivons l’histoire.

De fait, nous suivons sur les 360 pages de ce roman Myra Porter qui, suite à la découverte de sa schizophrénie, vis un véritable enfer. Mais cet enfer est-il réel ? C’est la question que l’on se posera tout au long de la lecture.

Je ne vais pas le cacher, ce roman m’a soufflé. Même si j’ai fini par me douter de la révélation qui allait faire basculer le roman, elle a été ammené d’une manière tellement subtile et percutante à la fois que ça a été un véritable plaisir de la lire.

En plus d’être vraiment très bien écrit, dans un style à la fois fluide, précis et profondément humain, l’auteur a réalisé un très gros travail scénaristique afin de rendre son histoire crédible et prenante. C’est assez frustrant de vous en parler : je ne veux pas vous gâcher la lecture en vous donnant trop de piste !

Ce que je note surtout dans ce texte, c’est la maturité et le cap passé. Je m’explique : j’ai découvert cet auteur il y a quelques temps déjà à travers son premier roman qu’il avait écrit adolescent, puis sur la suite de ce texte. Dans ces deux-là, on sentait déjà une évolution littéraire. Mais dans cet opus-ci, c’est une véritable explosion, avec pas mal de prise de risque. La première ? Faire un personnage féminin torturée et violentée. Peu à pas de fausse note au niveau de son comportement (tout à fait crédible), et ce ne sont pas tous les auteurs masculins qui arrivent à en faire autant, surtout lorsqu’on évoque des thèmes comme la peur, l’amour, et les viols. La seconde, un schéma scénaristique subtil et précis.

Et bien entendu, que serait ce roman sans la magnifique double métaphore qu’il renferme ? Je parle bien entendu de ces beaux papillons bleus. Pendant une grande partie de la narration, je me suis interrogée sur leur sens. Tout du long, je me suis posée des questions, pour que la révélation finale, la scène finale, vienne finalement me donner la réponse. Je vous laisserai le plaisir de la découvrir, la seule remarque que j’aurais à dire dessus : chapeau l’artiste !

En bref, une très bonne lecture qui n’est pas passée loin du coup de coeur, que je ne peux que vous conseiller. Attention cependant : certaines scènes sont très violentes et peuvent heurter la sensibilité de certains lecteurs. À ne pas mettre entre des mains trop sensibles ou innocentes.

Citations :

La réalité a un défaut, celui d’être étroitement liée au rêve. Quand les rêves mènent vicieusement au cauchemar, ça donne des moments horribles.


Ils sont si cruels tous avec leurs pulsions. […] Je sens l’humiliation reprendre le dessus, je sens la culpabilité d’être entrée dans cette maison, je sens cette odeur de soûlard arriver jusqu’à mon nez, je sens ses respirations s’intensifier, je sens ma vie de femme disparaître peu à peu. Les coups qui partent laissant cet homme en extase. Ils sont bien tous pareils avec leurs…

– Leurs pulsions. Dit-il en expirant intensément.


Je suis belle, il paraît. Je ne suis plutôt qu’une bête sexuelle pour lui, une fille qui ne ressent pas d’amour, qui ne cherche rien alors à quoi bon, il faut la violer ! Aller hop, c’est parti. Je voudrais juste exister. Ce n’est pas compliqué. Je veux juste qu’ils puissent comprendre que je suis une femme.


Je dois pourtant partir, partir loin, non pas géographiquement mais mentalement. Je n’ai pas le choix si je veux pouvoir m’en sortir. […] Ce que la femme redoute le plus dans la vie est finalement ma réalité. Je m’ordonne de ne plus pleurer pour avancer. Avancer, avancer jusqu’à tomber en ruine devant tant de délabrements.

Ma note : 17/20

  • Scénario –  4/4
  • Ecriture/Style – 3/4
  • Potentiel d’addiction – 2.75/3
  • Personnage – 2/2
  • Emotions – 1.5/2
  • Originalité/Créativité – 2/2
  • Suspens – 1.5/1.5
  • Humour – 0.25/1.5
Coup de coeur·Drame·Roman/Polar Noir·Thriller

Transe – M.I.A.

cover-748.jpgCaractéristiques : 

  • Auteur – M.I.A.
  • Éditeur – Hélène Jacob
  • Parution – 2017
  • Pages – 490
  • ISBN – 978-2370115720

4ème de couverture :

Vous vous réveillez, le corps couvert de sang et l’esprit confus, dans un bâtiment abandonné, aux fenêtres condamnées et aux issues verrouillées.
Pourquoi vous trouvez-vous ici, quel est cet endroit et comment vous en échapper ?
Un ennemi invisible, qui semble rôder à proximité, vous laisse des messages et des indices mystérieux, en rapport avec votre passé. Pour survivre et comprendre les raisons de votre enlèvement, vous devez franchir les nombreuses zones qui vous séparent de la sortie, tout en élucidant les énigmes placées sur votre chemin.
À la frontière du roman et du jeu de rôle, « Transe » est un thriller où vos décisions influencent le déroulement de l’histoire et sa conclusion.
Parviendrez-vous à atteindre la dernière porte ?

Mon avis :

Vous connaissez mon amour pour les thrillers psychologiques. Vous savez que j’aime me mettre dans la peau des personnages qui rythment les romans. Alors imaginez ma joie quand on m’a proposé à la lecture ce roman dont vous êtes le héros… version adulte, en thriller psychologique. C’est un coup de coeur, et pas des moindres !

J’avoue, j’avais quelques réticences au départ. La seule expérience que j’ai jamais eu avec les livres de ce style était les livres dont on était le héros, mais que je lisais pour l’école en primaire, où pour avancer de chapitre en chapitre, il fallait résoudre des problèmes de maths ou de français… Autant dire que je ne savais pas trop à quelle sauce j’allais être mangée, aussi bien par le concept que par l’auteur.

Dès le départ, on est plongé dans une ambiance quelque peu angoissante : réveil au milieu d’un lieu qui nous est inconnu, délabré, sans se rappeler de rien, les vêtements ensanglantés d’une hémoglobine qui ne nous appartient pas. Joyeux n’est-ce pas ?
Au fil de nos décision, nous découvrons quel est ce lieu, les histoires qui y sont liées, et en quelque sorte aussi, la notre – enfin de Lindsay, notre projection dans le roman -.

Je ne saurais dire ce que j’ai ressenti pendant ma lecture, à part de l’étonnement, et une surprise très agréable. Le départ a été un peu laborieux pour moi qui n’ai pas l’habitude de ce type de roman à choix, mais très vite, j’ai été prise dans une spirale qui m’a littéralement empêchée de détourner mon attention du livre. J’avoue, en commençant ma lecture, je comptais m’arrêter dès ma première mort – me connaissant, je savais que ça risquait d’arriver -. Mais à ma première mort, je n’ai pas pu m’empêcher de rebrousser chemin, et de m’escagasser pendant près d’une heure à trouver la meilleure fin – après deux ou trois morts, certes, mais j’ai quand même réussi ! -.

Et là où le roman m’a surprise, c’est par sa cohérence et sa fluidité. J’avais peur que les raccords entre les chapitres ne soient pas tous parfaitement fluides – oui, selon le choix que l’on fait, cela impliquait une certaine suite, et j’avais peur d’avoir des faux raccords -, et ce ne fut absolument pas le cas : tout coulait de source. J’avais peur d’avoir un style bâclé, ou du moins peu travaillé, et ce ne fut absolument pas le cas, bien au contraire ! Riche, fluide, agréable à lire et très prenant, il nous plonge merveilleusement bien dans l’intrigue et l’ambiance pesante et horrifique de ce monde.

En bref, un roman excellent, qui est une très bonne mise en jambe dans l’univers des livres dont on est le héros, qui saura ravir à la fois les amateurs comme les habitués du genre !

Citations :

La police ne sert à rien. Tout est fait pour que la victime ait l’air coupable. Quand je serai morte, ils diront que c’est dommage, mais qu’ils ne pouvaient rien faire avant. Parce qu’il se débrouille pour ne jamais laisser de marques. Parce qu’il n’y a pas de preuve. Juste ma parole. Et ça ne suffit pas.

Malheureux, mais vrai…

Ma note : 18.25/20

• Scénario – 4/4
• Ecriture/Style – 3.5/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 2/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.25/1.5

Contemporain·Drame·Roman/Polar Noir·Thriller

ALIENOR, l’origine de toutes les haines – Aurélien Grall

cover-203.jpgCaractéristiques : 

  • Auteur – Aurélien Grall
  • Éditeur – Autoédité
  • Parution – 2014
  • Pages – 295
  • ISBN – 978-1520121062

4ème de couverture :

Alexia est encore petite fille lorsque des inconnus l’arrachent à sa famille pour la conduire dans une école privée, l’Académie Aliénor d’Aquitaine.

Le pensionnat d’élite est censé lui promettre le plus brillant des avenirs, bien loin de la misère qui l’a vue naître.

Mais les choses ne se passent pas comme prévu et la petite prend progressivement conscience, en compagnie de ses deux amies, Jade et Clarisse, qu’elles sont promises à de beaucoup plus sombres desseins…

Mon avis : 

De retour avec une lecture issue de l’auto-édition, ALIENOR aurait pu être un roman explosif aux intrigues fortes et complexes. Mais c’est un goût de frustration qu’il me laisse sur la langue.

Vous l’aurez compris, je suis assez mitigée sur ce roman. En effet, il y a des choses qui m’ont complètement emballées, et d’autres qui au contraire, m’ont plutôt refroidie.

Le premier défaut que j’y trouve, c’est un résumé qui ne correspond pas au contenu. Un résumé très – trop – évasif, et une mise en bouche dans un premier chapitre qui laisse sous entendre beaucoup de chose bien croustillante. Je n’avais qu’une seule hâte, me plonger à l’intérieur et voir comme l’auteur allait réussir à mener son plan à bien.
Sauf que cet espoir que j’avais est resté, au final, vain : nous avons un premier chapitre qui nous promet une suite toute en finesse, subtilité et manigance… Pour nous retrouver au final avec des explosions, des armes et des coups de feu partout. Je m’attendais à voir des jeunes femmes manipulant les hommes politiques, et grands du monde, afin de ramener la paix… Et au lieu de cela, j’ai eu des soldats assoiffées de sang, de véritable machine à tuer, qui exécutent des missions.
Sur le fond, je n’ai rien contre ce genre de roman. Ce qui me chiffonne plus, c’est d’avoir eu l’espoir d’un certain roman, que le premier chapitre nous vend allègrement, pour au final avoir son opposé. Un mauvais point donc, puisque je ressors frustrée et en quelque sorte, déçue.

Autre point qui m’a dérangé : le style. En plus de ne pas le trouver des plus réguliers – tantôt très voire trop simpliste, tantôt bien trop alambiqué à mon goût -, je l’ai trouvé relativement terne, pour ne pas dire creux. Les émotions que j’ai pu ressentir étaient plus lié à ma sensibilité de lectrice qu’au pouvoir des mots employés. Et je trouve cela d’autant plus dommage que l’histoire était une véritable mine d’or à exploiter.

La dernière chose qui m’a dérangé a été le rythme du roman. Je l’ai trouvé un peu trop linéaire, et sans véritable variations qui auraient pu donner à l’oeuvre une dimension plus angoissante ou plus effréné pour les moments d’actions pures. Certains passages (notamment celui du passage des épreuves de la course d’obstacle) revient bien trop souvent et vient très vite lasser, tout comme je n’ai pas eu l’impression d’avoir eu de pause narrative, ou d’accélération.

Un style peu adapté, un rythme mal maîtrisé, des espoirs non satisfaits… Ce roman aurait pu être un flop total, s’il n’avait pas eu son plus gros point fort : son originalité.

Même s’il aurait mérité plus de travail de relecture, de ré-écriture et un potentiel suivi éditorial pour le mener au plus haut de son potentiel, je retiens surtout le potentiel qu’il contient, et ce qu’il pourra devenir avec du travail et des années supplémentaires. Parce que les idées sont bonnes, et elles sont là. Il ne manque plus qu’une meilleure mise en page.
J’ai bien une certitude quant à cet auteur et à ce roman : les deux, une fois mûrs et à point, seront de vraies pépites. Le roman est sorti en 2014, et je suis certaine que l’auteur n’a pu que s’améliorer depuis.

En bref, si vous êtes amoureux d’actions et d’intrigue rapides, foncez !

Citations :


Pas de relevé !

Ma note : 12.5/20

• Scénario – 3.25/4
• Ecriture/Style – 2/4
• Potentiel d’addiction – 2/3
• Personnage – 0.75/2
• Emotions – 1/2
• Originalité/Créativité – 1.75/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.25/1.5

Coup de coeur·Drame·Roman/Polar Noir·Thriller

Les Morsures de l’ombre – Karine Giebel

couv40602255.jpgCaractéristiques : 

  • Auteur – Karine Giebel
  • Editeur – Pocket
  • Parution – 2007
  • Pages – 300
  • ISBN – 978-2266181365

4ème de couverture :

Elle est belle, attirante, disponible. Il n’a pas hésité à la suivre pour prendre un dernier verre. A présent il est seul, dans une cave, enfermé dans une cage. Isolé. Sa seule compagnie ? Sa séductrice et son bourreau. Et elle a décidé de faire durer son plaisir très longtemps. De le faire souffrir lentement. Pourquoi lui ? Dans ce bras de fer rien n’est dû au hasard. Et la frontière entre tortionnaire et victime est bien mince…

Mon avis :

Depuis que je suis sur la blogo, vous le savez, je suis une grande fan de Karine Giebel, et des thrillers psychologiques de manière plus générale. Je peux vous dire que c’est un coup de coeur !

Beaucoup plus court que Purgatoire des innocents, on peut se dire – naïfs que nous sommes… – qu’il sera peut être plus soft. Et bien non. Si Purgatoire des innocents tire justement sa force de sa longueur et de ce sentiment d’attente insoutenable, Les Morsures de l’ombre fait de sa brièveté sa clé de voute. Fort de seulement 300 petites pages, Karine Giebel arrive encore une fois à nous glacer le sang, de part à la fois le récit en lui même, mais aussi par son rythme.

En effet, on va suivre tout au long du roman Benoit, policier de métier, subir une séquestration. Son bourreau ? Une femme.
Les personnages, tous très complexes et complet, permettre à l’intrigue et aux sentiments de prendre beaucoup plus de place : on développe une véritable empathie pour la majorité des personnages, au point qu’il est impossible de savoir qui on déteste, qui on aime, et de qui on a pitié.
Entre lutte pour la vie, contre cette femme, mais aussi lutte contre lui-même et contre la folie qui le gagne, on se laisse emporter dans ce tourbillon de noirceur qui se déroule sur les lignes qui noircissent ces pages assassines.

Je parlais du rythme précédemment. À nouveau, Karine Giebel montre son talent en en jouant de manière extrêmement vicieuse. Un début relativement lent, posé, qui stagne même pendant un temps… Avant une brutale accélération : de 0 à 200km en moins d’une ligne. Et là, c’est le rush. Ce thriller déjà monstrueusement addictif se transforme en véritable page-turner, une course contre la montre. Mais la montre gagnera-t-elle ?

En bref, un thriller noir, puissant, captivant et intense qui ravira les adeptes du genre, et sanglera d’effroi les non initiés.

Citations :

– Si je peux… Être amputée de la moitié de soi, c’est bien plus terrible que la mort, crois-moi…


On s’habitue à tout. Ou presque. Benoît s’enfonce lentement dans une sorte de marécage vaseux. Plus on s’agite, plus vite on coule, paraît-il. Alors, il bouge le moins possible. Une technique comme une autre.


Vivre avec la peur chevillée au corps, vingt-quatre heure sur vingt-quatre, tel est son terrible sort, à présent. Le sort de tous ceux qui se retrouvent à la merci d’un autre.


Il ne s’était pas trompé. Mieux qu’une armada de caméras de surveillance : une mamie postée derrière une fenêtre !

Ma note : 18.5/20

• Scénario – 4/4
• Ecriture/Style – 3.75/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 2/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.25/1.5

Contemporain·Drame·Roman/Polar Noir·Thriller

Je suis un monstre – Keren Nott

couv45711725.pngCaractéristiques : 

  • Auteur – Keren Nott
  • Éditeur – Underground
  • Parution – 2015
  • Pages – 350
  • ISBN – 979-1092387247

4ème de couverture : 

Je suis un monstre. C’est le nom qu’on me donne, l’étiquette qu’on me colle. Le mot qu’on me jette
à la figure chaque fois qu’on me voit. Et on me voit beaucoup, on me voit partout. Télé, radio, journaux, on ne parle plus que de moi.

On ne pense qu’à moi. Un monstre… étymologiquement, celui qu’on montre. Mon visage hante vos consciences. Peut-être bientôt sera-t-il présent dans le dictionnaire, parfaite illustration du mot cruauté. Ou du mot souffrance. Car les monstres naissent dans la douleur et de la douleur, c’est bien connu. Les psychanalystes diront que c’est la faute de Maman ou encore des jeux vidéo.

Ils se trompent. Tout est de votre faute. Pourrez-vous l’assumer ?

Mon avis : 

J’ai eu le plaisir de découvrir l’an dernier lors du salon du livre de Paris ce livre, loin d’être simple à lire, violent et percutant.

Vendu comme étant violent, et avec pour but de nous mettre dans la tête d’un psychopathe, d’une monstre, on peut dire que le contrat est rempli, même si j’aurais aimé avoir un développement peut-être plus poussé sur certaines données.

Le livre comment de la manière la plus appréciable — mais aussi la plus dangereuse — je trouve pour un livre du style thriller psychologique : dans la tête du personnage principal, ici un « monstre », avec des évocations de ses travers sans nous dire leur nature même, afin de provoquer chez nous, lecteurs, un sentiment intense de curiosité. S’enclenche ensuite un récit qui suit un fil chronologique, de la naissance et l’enfance de cet adolescent qui est notre héros, jusqu’à ses torts.

Plus que la cruauté et la barbarie décrite dans ce roman, ce que j’en tire surtout sont les messages que l’on peut avoir : qu’un individu n’est pas forcément mauvais à la naissance, mais que la société dans laquelle il évolue, ainsi que le contexte familial influe énormément sur les personnes que nous serons. Que nos fréquentations, bonnes comme mauvaises, influent énormément sur nous, et qu’il faut toujours être vigilant… Mais aussi et surtout : on ne peut pas revenir en arrière, et qu’il ne faut jamais se fier aux apparences.

Des pensées à l’acte, de l’individualité au groupe… Keren Nott fait, en quelques centaines de pages, le tour de tout ce qui peut pousser un être ordinaire à commettre l’irréparable, à commettre des choses horribles, que ce soit à cause de la colère, de la tristesse, ou de l’envie de se sentir vivant.

Seul bémol : je m’attendais à plus de passage trash et durs. Étant habituée à la prose et au ton très cru de Karine Giebel (auteure favoris de Keren Nott), j’ai trouvé ce roman un peu en de-ça, et n’a pas réussi à foncièrement me choquer, si ce n’est pour un ou deux passages.

En bref, un bon thriller psychologique, pour public averti cependant.

Citations :

Si j’étais mort ce jour-ci, qui vous aurait diverti au journal de vingt heures ? De qui parleriez-vous pendant la pause café ? Grâce à qui, à quoi, vous sentiriez-vous chanceux, heureux de votre petite existence sans relief ? Qui vous aurait appris la valeur de la vie ? C’est lorsqu’on se rend compte de son caractère instable et éphémère qu’on se met vraiment à l’aimer…


J’ai toujours détesté la télévision. Kurt et ma mère la laissaient gueuler toute la journée, et il ne s’y passait jamais rien d’intéressant, jamais rien d’intelligent. Des cris, des couleurs bigarrées, des personnages grossiers. Un concentré de conneries. Peut-être que seul un cerveau vide peut apprécier le petit écran et sa culture douteuse.


On peut croupir en taule tandis que nos bourreaux jouissent de leur petite vie, peinards.


Il avait changé de physionomie, ôté son masque d’homme bien comme il faut, montré son vrai visage, celui d’un extrémiste. Et, comme tous les extrémistes, il était dangereux.


Ce que je veux dire par là, c’est qu’il existe entre ces gens une émulation sordide, comme une espèce d’accord tacite pour toujours aller vers le bas. Je suis idiot, mais c’est pas grave, les autres le sont aussi. Bah !


Quand malgré tous vos efforts, il y a toujours quelque chose qui tourne mal ; quand vous essayez d’obtenir un peu d’amour ou d’attention et qu’on vous crache dessus ; quand la vie se fout de votre gueule… ben on se tourne vers la mort.


Pourquoi on morfle ? Pourquoi on meurt à petit feu pendant que d’autres profitent de la vie ? On ne sait même pas ce que c’est la vie, nous. On n’en connaît que le froid, la peine, la faim, la peur… le sang et les larmes. Des trucs que certains ne peuvent même pas imaginer.
[…] Alors oui, on veut vous montrer… vous montrer ce que c’est que la peur, la faim, la peine et le froid !


Mais que pensez de certains hauts dirigeant faisant pleuvoir des bombes sur de blanches et anonymes âmes ? Vous criez haut et fort à la cruauté quand il s’agit de nous, mais qu’en est-il d’eux ? Ceux qui ont le pouvoir, ceux qui vous contrôlent telles des marionnettes creuses… On dirait que plus nous sommes grands, plus notre monstruosité se trouve amoindrie. La cruauté ne se résumerait en fin de compte qu’à un point de vue ? Curieux, n’est-ce pas ?

Ma note : 15.5/20

• Scénario – 3/4
• Ecriture/Style – 3.25/4
• Potentiel d’addiction – 2.5/3
• Personnage – 1.75/2
• Emotions – 1.5/2
• Originalité/Créativité – 1.5/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.5/1.5

Contemporain·Drame·Policier·Roman/Polar Noir·Thriller

Purgatoire des innocents – Karine Giebel

couv50638274Caractéristiques : 

  • Auteur – Karine Giebel
  • Editeur – Pocket
  • Parution – 2014
  • Pages – 635
  • ISBN – 978-2266246248

4ème de couverture : 

Je m’appelle Raphaël, je viens de passer 14 ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, et deux autres complices, nous avons dérobé 30 millions d’euros de bijoux. Ç’aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts et un blessé grave. Le blessé, c’est mon frère. Alors, je dois chercher une planque sûre où Will pourra reprendre des forces.
« Je m’appelle Sandra. Je suis morte il y a longtemps dans une chambre sordide. Ou plutôt, quelque chose est né ce jour là… »
Je croyais avoir trouvé le refuge idéal. Je viens de mettre les pieds en enfer.
« Quelque chose qui parle et qui marche à ma place. Et son sourire est le plus abominable qui soit… »

Mon avis :

Je savais déjà un peu à quoi m’attendre avec ce roman, pour avoir déjà lu du Karine Giebel : je savais qu’elle ne faisait pas dans la dentelle, et que ses romans étaient assez noirs. D’autant plus que le peu d’avis que j’avais lu relevaient toujours la violence particulière de ce livre-ci. Encore une fois, Karine Giebel a réussi à me scotcher.

L’intrigue de base est vraiment excellente, bien qu’assez basique tout de même. Mais elle l’a tellement agrémenté d’histoires parallèles et transversales que lire ce livre, malgré son extrême violence, est un régal, rien que par la technicité littéraire.

Car oui, ce livre est d’une extrême violence. Bien que n’étant pas des plus sensible à cette dernière dans les livres, j’ai ici eu beaucoup de mal avec plusieurs scènes, et pour cause ! En plus d’avoir des sujets extrêmement dérangeants, les procédés mis en oeuvre sont tout aussi puissants, et nous immerge complètement dans l’histoire aussi tordue que psychopathe.

Mais que ce passe-t-il ? Principe de l’arroseur arrosé, avec des braqueurs, et un psychopathe. Autant vous dire que ce n’est pas du tout un livre facile à lire.
Je vous parlai tout à l’heure des procédés… Ellipses temporelles, non dit, sous-entendus… Tout ce qui compose un thriller psychologique très prenant et très éprouvant, où on a l’impression de ressentir chaque supplice que subissent les personnages. C’est pour dire ! Ce bébé fait 635 pages, et je l’ai pourtant fini en moins d’une semaine.

Mais surtout, c’est la dimension purement humaine qui est dérangeante dans ce roman, plus que les choses décrites elles-mêmes : comme à son habitude, Karine Giebel aime exploiter le côté sombre de l’être humain, ses failles les plus inavouables, et ce que l’instinct de survie peut pousser à faire, mais aussi ce que l’être humain est capable de faire à un autre être humain dans le seul but d’accomplir ses désirs. Là, est toute la puissance de Giebel : à travers des sujets extrêmement durs et tabous, elle va nous montrer le côté le plus dérageant de l’Humain.
De plus, elle ne va jouer non seulement sur les faiblesses typiquement humaine de ses personnages, mais sur les faiblesses de nous, pauvres lecteurs : l’empathie entre en jeu, ainsi que notre jugement, et les notions de Bien et de Mal, dans un huis-clos infernal. Huis-clos entre personnages, huis-clos entre le livre, et nous.

Je tiens à préciser que je ne conseille pas ce livre à tout le monde, qu’il faut être conscient de son contenu avant de se lancer. Au niveau des thématiques, sachez que vous allez vous retrouver avec : meurtre, séquestration, torture psychologique, torture physique, pédophilie, viol sur mineur, et j’en passe. Soyez prévenus.

En bref, un huis-clos éprouvant, violent, et épouvantablement addictif.

Citations :

D’un point de vul pénal, mieux vaut violer une femme que le coffre d’une banque. Prendre les armes pour prendre l’argent là où il se trouve, voilà un crime impardonnable aux yeux de la justice… Vraiment aveugle, aucun doute.


La douleur est une bonne compagne, fiston. Parce qu’elle est la plus fidèle qui soit.


Lui qui n’a pourtant jamais tué personne.
Jamais avec une arme à feu en tout cas.
Trop facile, trop banal. Trop vulgaire.
Toujours des lames tranchantes, des objects contondants, des cordes, ou à mains nues.
Il considère que les armes à feu sont réservées à ceux qui manquent d’imagination ou sont pressés. À ceux qui ne vénèrent pas l’acte de mise à mort.


« L’espoir fait vivre. »
Ce qui veut dire que le désespoir tue.


Elle a toujours préféré les mots aux chiffres. Tellement plus poétiques. Tellement plus beaux. Tellement plus généreux, riches et élégants. Tellement plus émouvants.
On ne déclare pas son amour avec des chiffres.
On n’appelle pas au secours avec des nombres.

Ma note : 18.25/20

• Scénario – 3.75/4
• Ecriture/Style – 4/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 1.75/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.25/1.5

Contemporain·Roman/Polar Noir

Sous la ville rouge – René Frégni

couv66609235-pngCaractéristiques : 

  • Auteur – René Frégni
  • Editeur – Folio
  • Parution – 2013
  • Pages – 144
  • ISBN – 978-2070459698

4ème de couverture : 

Charlie Hasard habite à Marseille. Ce solitaire ne connaît que deux passions : l’écriture et la boxe. Il a subi de nombreux échecs auprès des éditeurs, et trouve un exutoire dans les séances d’entraînement. Quand un de ses textes attire enfin l’attention d’un éditeur parisien, Charlie est persuadé que sa vie va enfin changer… C’est en réalité le début pour lui d’un effrayant engrenage.

Mon avis :

Découvert en novembre dernier, je n’ai pu lire ce livre que récemment. J’ai tout d’abords été assez sceptique, mais très vite, ce petit roman devient palpitant !

Le style de René Frégni a un petit quelque chose qui le rend unique. Par moment, il est extrêmement impersonnel, ce qui est assez déconcertant je dirais vu le genre auquel appartient l’ouvrage… Comme à d’autre, il est poignant d’émotion et d’humanité. Une dualité dosée avec soin et parcimonie, qui donne un résultat assez explosif et plaisant à lire. Riche, fluide et parfois dérangeant, le style Frégni fait parti des plus originaux que j’ai pu lire.

Pour ce qui est de l’intrigue, je dirai que l’on est à mi-chemin entre du polar noir et une histoire de vie. On suit Charlie, ce marseillais passionné d’écriture et qui n’a qu’un rêve : se faire éditer. On le suit dans sa vie quotidienne, ses tracas et déboires… Jusqu’à la rupture qui fera basculer sa vie.

L’histoire d’un homme passionné au point de s’en rendre malade, au point d’en devenir fou, le tout, sur fond de Méditerrannée, de cigale et de rues marseillaises. L’histoire d’un homme qui écrit, d’un écrivain déchu, du plaisir d’écrire.

Pour ce qui est des personnages, il n’y qu’un seul vrai personnage principal, les autres servent relativement à l’intrigue.

Charlie Hasard. Passionné à la folie. J’ai beaucoup aimé ce personnage, et j’ai éprouvé beaucoup de compassion pour lui. Comment, en effet, ne pas devenir fou quand les refus s’enchaînent, et que rien de ne va plus ?

En bref, un livre petit, poignant et calmement trépidant, pour notre plus grand plaisir !
Je tiens aussi à remercier l’auteur, qui est une personne adorable et pleine d’humour, pour l’accueil qu’il m’a fait lors du salon du Polar Noir 2015 à Port Saint Louis du Rhône !

Citations :

Il ne tournait pas le dos à la vie, ne la fuyait pas par timidité, peur de l’affronter, faiblesse. C’était tout le contraire, c’et en écrivant qu’il se sentait le plus vivant. Toutes ses émotions qu’il avait éprouvées tout au long de sa vie étaient ici, soulevées par les mots, encore plus violentes, subtiles, troublantes.


Charlie Hasard cherchait inlassablement quelque chose qui était dans sa tête. Dans un coin de sa tête, il y avait un rêve. Dans un coin de ce rêve, il y avait un jardin, une ville, un visage qu’il n’avait jamais vu et qu’il voulait connaître. Il poussait des mots comme on ouvre des portes. Il cherchait, cherchait. À la pointe de son stylo il sculptait le vent.


Un jour ou l’autre, toutes les femmes, tous les hommes sont seuls devant le mur de leur cuisine. Charlie l’avait été un peu plus tôt, un peu plus profondément. Tous ouvrent un jour le cahier de leur vie.


Depuis près de deux mois, comme une torche embrasée il avait traversée des routes, des places, longé des docks, des jetées giflées par la houle, des rues venteuses et des cités dévastées par l’ennuie et la laideur. Il était passé si loin des lueurs dorées de l’automne, des derniers feux des rosiers dans les jardins, loin des longues lumières sous les arbres que piétinent les feuilles en tombant. Il avait brûlé dans tous les coins de la ville. Maintenant il écrivait.

Ma note : 15.75/20

• Scénario – 3/4
• Ecriture/Style – 3.75/4
• Potentiel d’addiction – 2.25/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 1.5/2
• Originalité/Créativité – 1.5/2
• Suspens – 1/1.5
• Humour – 0.75/1.5