Coup de coeur·Fantasy/Fantastique·Philosophie/Réflexion

Fusion (Kaleb 3/3) – Myra Eljundir

41wzvbIIEoL._SX316_BO1,204,203,200_.jpgCaractéristiques :

  • Auteur – Myra Eljundir
  • Editeur – Robert Laffont 
  • Parution – 2013
  • Pages – 441
  • ISBN – 978-2221126844

4ème de couverture :

La prophétie du volcan prédit l’avènement d’une nouvelle ère, initiée par l’Elu… Or qui, de Kaleb, Abigail, le colonel Bergsson ou encore Mary-Ann bouleversera à jamais le destin des enfants du volcan ? Et si la mort est la clé, tous ne sont-ils pas des morts en sursis ? Seul le Livre du volcan peut apporter des réponses à Kaleb et lui permettre de survivre au volcan qu’il a réveillé. Mais le tenir entre ses mains peut se révéler plus destructeur que tout…

Mon avis :

Sortons quelque peu des auteurs auto-édités pour faire un tour du côté de Myra Eljundir, et plus particulièrement du dernier tome de sa sage phénomène Kaleb. Explosif, rythmé, et extrêmement surprenant ! Un coup de coeur pour moi, qui clôture une saga coup de coeur également.

Que dire ? La structure est machiavéliquement – oui, j’invente des mots – bien pensé et surtout mise en oeuvre, de sorte que l’on arrive à suivre plusieurs intrigues en même temps, sans jamais être perdu, et surtout, en pouvant tisser des liens entre les deux.
En effet, nous suivons en parallèle Kaleb, à la recherche à la fois de lui-même et d’Abigail, mais aussi sa lecture sur le Livre du Volcan. Nous alternons donc entre le récit de Kaleb, et celui présent dans le Livre du Volcan.

J’avais un peu peur que l’intrigue ne nous mène au final nulle part, que des questions nous resteraient sur le bout de la langue, et surtout, que la saga finisse dans un fiasco incohérent. Oh quelle joie de voir que ce ne fut en aucune façon le cas ! L’ensemble est cohérent, et surtout, complètement addictif !

J’ai énormément apprécié les points abordés par le Livre du Volcan, comme le traitement de la différence, les romances, et lutte et rébellion… Presque j’attendais les passages du Livre du Volcan avec plus d’impatience que les passages de Kaleb !

À travers tout ce mic-mac, se trouve une prophétie, fil conducteur de toute la saga. Et quelle fin ! Quelle chute ! Malheur. Je m’attendais à tout sauf à ça, et vraiment, n’essayez même pas de l’imaginer, vous n’y arriverez pas.

À noter tout de même le rythme lent du début qui pourrait en décourager certain. Je note tout de même que l’auteur a eu l’idée géniale de s’inclure dans sa propre histoire, et d’une manière très habile ! Du génie !

En bref, une livre fascinant, prenant, un coup de coeur pour terminer une saga en beauté !

Citations :

Il faut du temps parfois pour se défaire des absents. Le lien invisible qui nous unit encore à eux est plus solide qu’une lourde chaîne et seul le temps parvient à l’éroder suffisamment pour qu’il se rompe.


Il arrive que les peaux communiquent, que les âmes se parlent et se racontent, sans qu’aucun mot ait besoin de franchir les lèvres.


Le jour où nos secrets n’en seront plus, je perdrai ma liberté…


Mais traitez un enfant de monstre et il le deviendra. Cherchez à nuire à son aimée et le monstre vous dévorera.


– Mmm… Mais votre gastronomie et votre musique laissent tout de même à désirer…
Notre musique ?

– Oui… Pourquoi donc vous obstinez-vous à jouer de la cornemuse ? Cet instrument infâme me fait penser à un cochon qui se serait coincé les couilles dans une porte !
Morrigan éclate de rire, ravie de l’image qu’elle vient de trouver.


Un livre ne peut exister s’il n’est pas lu.
Une histoire ne peut devenir réelle tant qu’elle n’est pas partagée.

Ma note : 17.5/20

• Scénario – 4/4
• Ecriture/Style – 3.5/4
• Potentiel d’addiction – 2.75/3
• Personnage – 1.75/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 2/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 1/1.5

Historique·Philosophie/Réflexion

L’Art de la Guerre – Sun Tzu

cover-155.jpgCaractéristiques : 

  • Auteur – Sun Tzu 
  • Éditeur – Synchronique Éditions
  • Parution – 2015
  • Pages – 168
  • ISBN – 978-2-917738-23-8

4ème de couverture :

Les conflits font partie intégrante de la vie, nous dit Maître Sun, et savoir y répondre de façon appropriée peut relever du domaine de la survie ou de la disparition, que ce soit pour un individu, une entreprise ou une nation.

Emprunts de sagesse taoïste, les enseignements de Maître Sun sont une lecture indispensable pour toutes celles et tous ceux qui souhaitent comprendre les enjeux des situations conflictuelles et aspirent à mener des hommes ou des organisations à la victoire.

Mon avis :

Remontons le temps. Je ne vous emmène ni dans la Grèce, ni dans la Rome antique, mais bien plus loin, durant la Chine du Vème siècle avant notre ère. Pas de fiction, mais un traité que l’on pourrait qualifier de philosophique. Je vous emmène à la découverte de L’Art de la Guerre de Maître Sun Tzu.

Tout d’abord, mettons les points sur les i et les barres sur les t : oui, c’est un ouvrage qui traite de la guerre, mais non, ce n’est pas un « Comment faire d’une bataille une boucherie en 10 leçon ». Ce n’est pas un manuel – si je puis dire – qui s’adresse aux soldats ou aux fonceurs, mais aux généraux. Ce sont des conseils techniques et tactiques, visant à remporter une bataille et une guerre le plus rapidement possible avec le moins de pertes.

Mais comme tous les bons livres, on peut y voir une double lecture : à la fois des « trucs et astuces » pour vaincre dans la guerre. Mais aussi comment vivre sa vie de la mieux possible, et comment gérer les conflits – tant intérieur qu’extérieur – avec le plus d’intelligence possible. Connaissance de l’ennemi, mais aussi et surtout, connaissance de soi, de ses capacités, et faire avec.

J’ai vraiment beaucoup aimé ce petit livre, à fois enrichissant pour sa culture personnelle de l’histoire et des méthodes guerrières, et enrichissant pour notre nous intérieur, plus intime.

En plus d’un objet livre très beau, chaque chapitre est illustré d’une ou plusieurs peintures absolument sublime de Giuseppe Castiglione.

En bref, un petit livre à livre à tout, tant pour soi que pour sa culture.

Citations :

Connais ton ennemi et connais-toi toi-même, et cent batailles ne te mettront jamais en péril. Si tu ne connais pas ton ennemi, mais seulement toi-même, tu perdras autant de batailles que tu en remporteras. Si tu ne connais ni ton ennemi ni toi-même, chaque bataille te mettra en péril.


Aussi, ceux qui excellent en l’art de la guerre adoptent une position invincible et ne laissent aucune chance à l’ennemi d’échapper à la défaite. De cette manière, une armée victorieuse s’assure d’abord de la victoire, puis cherche à livrer bataille. Une armée battue livre d’abord bataille, puis cherche la victoire.


Il n’y a que cinq notes, mais elles peuvent produire une infinie variété de sons. Il n’y a que cinq couleurs, mais elles peuvent produire une infinie variété de nuances. Il n’y a que cinq goûts, mais ils peuvent produire une infinie variété de saveurs. Il n’y a que les forces régulières et spéciales pour offrir un potentiel stratégique lors des combats, mais leurs transformations et leurs combinaisons sont infinies et inépuisables.


Sois vif comme la bourrasque,
Calme comme la forêt,
Ardent comme le brasier,
Inébranlable comme la montagne,
Insondable comme les ténèbres
Surprenant comme un coup
de tonnerre.


Qui est en colère peut trouver la sérénité. Qui a du ressentiment peut éprouver à nouveau la joie. Toutefois, une nation perdue ne peut renaître et les morts ne peuvent revenir à la vie.

Coup de coeur·Fantasy/Fantastique·Philosophie/Réflexion·Romance

Les Compagnons de l’Arc-en-Ciel – E.R. Link

cover-168Caractéristiques : 

  • Auteur – E.R. Link
  • Editeur – Autoédité
  • Parution – 2009
  • Pages – 406
  • ISBN – 978-1535352475

4ème de couverture :

Et la Lumière découvrit l’Ombre. Et l’Ombre aima la Lumière…

Est-il possible encore de croire aux fées au XXIème siècle quand la science, la technologie, ont pris un pas important sur la magie ? Pourtant, même si beaucoup de choses ont évolué, il existe toujours, cachés quelque part dans nos rues encombrées,
un Petit Chaperon Rouge qui fuit un loup,
une Belle au Bois Dormant en sommeil dans un hôpital,
une Cendrillon désenchantée,
un Petit Poucet en lutte contre un ogre moderne et terrifiant,
un Riquet à la Houppe qui saura se faire aimer malgré sa laideur,
une Petite Sirène que la timidité aura rendue muette,
un Chat Botté malicieux qui prend sa vie en main,
et une Belle qui affrontera la Bête qui a ruiné sa vie.

Mon avis :

Par ce temps estival, comme une envie de fraîcheur, de gaité… De young-adult. Je me suis alors lancée à corps perdu dans cette lecture, sans savoir que j’avais une pépite entre les doigts… C’est un coup de coeur absolument magistral !

Les bémols sont trop peu nombreux. Les micro-rixes entre Stella et Horizon sont parfois agaçantes, mais on s’y fait, et fini même par les apprécier et les attendre.

Je ne sais trop par où commencer au niveau des bons points tant il y en a ! Le monde tout d’abords, et absolument magistral. La mythologie et l’histoire est posée dès les premiers chapitres, nous évitant une perdition peu recommandable. Même s’il peut paraître très guimauve voire même enfantin, ce n’est en aucune façon le cas, il est même assez mature, sans pour autant viré dans le noir, le grave, comme c’est un peu trop souvent le cas dans la fantasy adulte.

Mais ce qui est vraiment remarquable, en plus d’un début palpitant et d’une fin comme on les aime, c’est le corps même du roman, avec les huit ré-écriture de conte qu’elle contient. Vous allez sûrement me dire que des ré-écriture de conte, on commence à plus en pouvoir, principalement à cause de la mode lancée par la saga des Chroniques Lunaires. Je n’ai pas lu cette saga, mais je ne pense pas qu’elle soit aussi subtile que Les Compagnons de l’Arc-en-Ciel. Pour dire, il y a certains contes que je n’ai pas reconnu, et que je connaissais pourtant bien. Et c’est ça qui est magistral : on peut lire le roman à la fois d’un point de vue tout à fait basique, et apprécié ces histoires aux airs de conte de fée de notre enfance, comme on peut le lire du point de vue des contes, et apprécier le travail de ré-écriture.

Je crois que c’est la première fois que je lis un roman qui rentre aussi bien dans la case young-adult. On a une écriture mature, riche et très imagée, avec des moments bien plus léger, et des thématiques plus bateau, et passer au chapitre suivant à une thématique plus sombre, voire même tabou, qui nous exclu complètement du monde féérique et enfantin. Le tout, dans notre monde, avec des thématiques modernes et sensibles.

Mais surtout, surtout… Quel hymne à l’amour ! Huit contes, huit histoires où on palpite avec Stella, Horizon et leur bande pour ces personnages que l’on aide à être heureux. Huit preuves, à travers des horizons et des situations différentes, pour montrer que ce qui fait le bonheur d’une vie n’est jamais l’argent, la réussite, la gloire ou une carrière, mais l’amour.

En bref, un livre magnifique qui mérite de figurer auprès des plus grands, qui a su m’envouter et me faire voyager d’une manière peu commune. Un livre qu’on est pressé de finir, mais triste d’achevé… Un coup de coeur mémorable, une de mes plus belles lectures de l’année 2017 !

Citations :

Le monde n’est pas toujours celui que l’on se crée.


– Le culte de la beauté ressemble à un commerce de boucherie. Je ne veux plus y penser.

– La célébrité, la beauté, Stella ! La richesse !

– Et tous les gens laids ? Qu’est-ce que la société en fait ? Il faut être belle pour chanter, belle pour danser, belle pour jouer la comédie. Il n’y a plus de place pour le talent. Tout est image. Tout est triché. La véritable richesse est celle de l’âme. Le reste n’est qu’artifice et illusion.


– Parfois, les trésors enfouis dans les abysses brillent davantage que ceux éclairés à la surface…


On a toujours besoin de connaître la langue de celui que l’on combat.


– Oui. Je t’aime, répondit-elle simplement.
À force se croiser, tôt ou tard, on finit par se rencontrer.

Ma note : 18.75/20

• Scénario – 4/4
• Ecriture/Style – 3.75/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 1.75/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 2/2
• Suspens – 1.25/1.5
• Humour – 1/1.5

 

Contemporain·Drame·Philosophie/Réflexion

Treize raisons – Jay Asher

couv11972806Caractéristiques :

  • Auteur – Jay Asher
  • Éditeur – Albin Michel
  • Parution – 2010
  • Pages – 284
  • ISBN – 978-2226195531

4ème de couverture :

Clay Jensen reçoit sept cassettes enregistrées par Hannah Baker avant qu’elle ne se suicide. Elle y parle de treize personnes qui ont, de près ou de loin, influé sur son geste. Et Clay en fait partie. D’abord effrayé, Clay écoute la jeune fille en se promenant au son de sa voix dans la ville endormie. Puis il découvre une Hannah inattendue qui lui dit à l’oreille que la vie est dans les détails. Une phrase, un sourire, une méchanceté ou un baiser et tout peut basculer…

Mon avis :

Même si ce livre est sorti il y a un petit moment maintenant, j’étais complètement passé à côté. C’est en regardant la série Netflix sortie il y a peu que j’ai découvert que le livre existait. Après voir littéralement dévoré la série (presque d’une traite), j’ai voulu lire le roman. Et bien pour une fois, j’ai préféré l’adaptation au livre.

Je ne ferai pas un article sur la différence entre le film et le livre, mais uniquement sur le livre.

Ce qui en fait sa force est bien évidemment à quel point il est cru, plus que le sujet en lui même. Ce n’est pas le premier livre sur le harcèlement scolaire que je lis, ni qui est édité, mais c’est le premier que je lis et qui est aussi cru, voire même par moment malsain. Comparé à Blacklistée de Cole Gibsen, 13 raisons pourrait paraître comme un thriller psychologique tellement il est puissant et intrusif.

Chaque chapitre correspond à la face d’une cassette, et on alterne entre le point de vue de Clay, et la narration d’Hannah. Chose assez éprouvante, car la narration globale est totalement hachée : dès qu’Hannah dit quelque chose, Clay va de son petit commentaire ou de son anecdote, nous donnant alors un autre point de vue sur une situation identique. Procédé extrêmement intéressant je trouve, car on voit alors les fautes de chaque personnage : ce que Hannah aurait pu faire, ce qu’elle a fait, ce que Clay n’a pas vu, etc.

Mais ce qui transforme ce roman dur en véritable page-turner, c’est à quel point il est malsain et cru dans ses démonstrations. Hannah n’hésite pas à utiliser le vocabulaire spécifique concernant ce qu’elle a vécu, et elle n’omet rien, même les détails les plus sordides. Contrairement à Clay qui veut la vérité, nous sommes nous, lecteurs, placés dans le rôle du voyeur, ce qui peut être extrêmement dérangeant.

Ce qui à mon goût, rend ce roman indispensable à lire (de même que la série), est sa justesse. Combien de fois me suis-je retrouvée dans le personnage d’Hannah ? Bien trop à mon goût. Ce qui m’a le plus chamboulé, ce n’est pas tellement ce qu’elle vit, et comment elle raconte, ô combien sa démarche est macabre et morbide, mais à quel point sur certains de ses ressentis, j’étais proche d’elle. L’auteur a réussi à se mettre dans la peau et surtout dans la tête d’une adolescente harcelée avec une facilité déconcertante, et le résultat n’est que plus vraisemblable.

Alors oui, Hannah a fait des erreurs fatales, des actes manqués qui auraient pu lui sauver la vie. Mais là est toute la puissance du roman : le personnage n’est pas parfait, mais est humain, à faire des erreurs et à penser non plus rationnellement, mais en suivant un seul fil : comment arrêter de souffrir ?

Vous l’aurez compris, ce livre est une pépite, bien qu’elle soit assez malsaine, et que certaines réflexions que fait Clay sont totalement déplacées à mon goût. Bien moins violent que la série, je conseillerais à ceux voulant découvrir cette histoire de commencer par le livre s’ils sont d’un naturel fragile et/ou sensible.

En bref, une roman percutant, cru et indispensable, véritable coup de pied dans la fourmilière, qui n’hésite pas à dénoncer la gravité que peut avoir le harcèlement scolaire à travers les yeux d’une victime qui ne s’en sort pas.

Citations :

Petit conseil. Quand vous touchez une fille, même pour rire, et qu’elle vous repousse… fichez-lui la paix. Stop. Ne la touchez plus. Nulle part. Votre contact la dégoût, un point c’est tout.


Quand une chanson vous fait pleurer, mais que vous n’avez plus envie de pleurer, vous cessez de l’écouter.
Mais échapper à soi-même, c’est impossible. On ne peut pas décider de ne plus se voir. De couper le son à l’intérieur de sa tête.


On en peut jamais retrouver les choses telles qu’elles étaient. Telles qu’on les croyait.
Nous n’avons… que le présent.

Ma note : 17.25/20

• Scénario – 3.75/4
• Ecriture/Style – 3.5/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 1.75/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 2/2
• Suspens – 1/1.5
• Humour – 0.25/1.5

Contemporain·Coup de coeur·Drame·Philosophie/Réflexion

Samedi 14 novembre – Vincent Villeminot

couv20137135Caractéristiques : 

  • Auteur – Vincent Villeminot
  • Editeur – Sarbacane
  • Parution – 2016
  • Pages – 216
  • ISBN – 978-2848659220

4ème de couverture : 

Le vendredi 13 novembre, B. était à une terrasse. Il a vu les tueurs tirer. Le lendemain, en quittant l’hôpital, il croise un homme dans le métro… Il le reconnaît : c’est l’un d’eux. Alors, sans avoir décidé ce qu’il va faire, il le suit.

Mon avis :

Reçu dans le cadre de l’Explo’Book, je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec ce roman, qui traite d’un sujet encore tabou et douloureux pour beaucoup : les attentats terroristes, en particulier les fusillades du 13 novembre 2015. C’est un petit coup de coeur pour moi.

C’est un roman très court, mais très éprouvant. Non pas sur le thème en lui-même, bien que cela joue, mais sur le traitement apporté : monté comme une pièce de théâtre, divisé en acte et entracte, le roman prend alors une dimension bien plus vivante, poussant alors le lecteur non pas à lire une histoire, mais à voir une pièce de vie, comme s’il était dans un théâtre. Les coupures sont aux moments clefs, les entractes édifiants et relevant différentes réalités, apportant un véritable éclairage sur les évènements.

Mais deux choses sont édifiantes pour moi et font la force et la violence de ce roman.

D’abords, le style extrêmement percutant. Des phrases très, très courtes, extrêmement rythmées, dures. On a très souvent l’impression d’être touché par des balles, tant le rythme est puissant. Chose très bouleversante et éprouvante.

Ensuite, les scènes de violences. Les évènements en eux-mêmes ne sont pas décrit, ou uniquement pas allusions et ressentis brefs. Les scènes violentes sont celles qui suivent : le sentiment de détresse, de devenir fou, les scènes de tortures, etc… Qui ont été pour moi vraiment très difficiles à lire, même si elles ne relèvent pas d’un haut registre d’horreur.

À travers tout ce petit roman, nous avons vraiment une véritable palette de sentiment éprouvés face aux attentats, allant de la peur, à la haine, en passant par l’angoisse. Dans les entractes, l’auteur nous décrit brièvement la vie de certains habitants de quartiers, d’amis, de familles après les attentats, montrant alors la pluralité des réactions sans en condamner aucune ; bien qu’il fasse une allusion directe à la montée des extrêmes (et principale de Marine Le Pen et du FN, clairement cités dans le texte) et le danger que cela représente.

Mais ce que j’ai particulièrement apprécié fut son discours poussant à l’espoir et à l’ouverture à l’autre : la fin est pleine d’espoir, et dans tout un troisième tiers du roman, l’auteur s’efforce, de manière subtile, à désamorcer une bombe : celle de l’amalgame. En le personnage très fort de Layla, Vincent Villeminot montre très clairement la différence entre musulman et extrémiste radical, le danger de l’amalgame… Un message aussi fort qu’important en les temps troublés que nous traversons, que ce soit sur notre propre territoire que de l’autre côté de l’Atlantique.

En bref, un roman court émouvant, percutant, mais nécessaire à mon goût.

Citations :

Aurait-il fallu qu’ils s’aiment plus fort que la mort ? Plus fort que les autres haïssent, avec la même folie, la même intolérance ?
Si puissamment qu’ils auraient pu aller jusqu’à mourir pour ça ?


Il retourna son visage sous l’eau. Elle coula sur ses yeux, son nez, sa bouche.
Il vit le monde à travers, flou.
Se noyer. De l’air.
Suffoquer jusqu’à se sentir respirer, douloureusement. Vivre.


En une fraction, une révélation (un dévoilement), il se dit que l’essence de la pornographie, c’est ça : le spectacle de la violence. La soumission. Qu’on puisse lui infliger ce qu’on a en tête à la fille. Qu’elle se soumette, qu’elle soit profanée. Impuissante.


« – Des explications, il y en a. Mais pas d’excuses… »

« – Comme ces autres petits cons, a-t-il dit, qui partent faire le jihad. Ils n’ont pas d’excuses, il ne faut pas leur en trouver. C’est pas parce qu’on te baise que tu dois baiser l’autre. Haïr l’autre. Tuer l’autre et jouir de ce pouvoir… »
Puis, Pierre est mort sous les balles des petits cons.


Mais ceux qui l’ont perdu, pour Benjamin, son père, sa mère, pour les vivants, ceux qui restent en bas, ça ne fait aucune différence. Presque aucune.
Qu’ils y croient ou n’y croient pas, ils l’ont perdu.


« Comment tu la regardes… »
Comment tu la regardes, la mer ? La vie qui vient et reflue, nous traverse, puis se retire ? Comment tu la regardes ? Et vers où ? Vers quel horizon – quelle ligne de fuite ?

Ma note : 17/20

• Scénario – 3/4
• Ecriture/Style – 4/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 1.75/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 1.75/2
• Suspens – 1.25/1.5
• Humour – 0.25/1.5

Dystopie·Fantasy/Fantastique·Philosophie/Réflexion

Dissolution – Maxime Lacombe

couv67271281.jpgCaractéristiques : 

  • Auteur – Maxime Lacombe
  • Editeur – Le Panthéon 
  • Parution – 2016
  • Pages – 402
  • ISBN – 978-2754732024

4ème de couverture : 

« La vie était injuste avec Nézoni. Elle lui avait donné une maladie : un croissant autour de l’œil, des lèvres noires en guise de bouche, une larme douloureusement noire à chaque réveil. Elle lui avait donné un physique androgyne qu’il haïssait. Alors pourquoi s’acharner à la rendre meilleure ? » Nézoni Médùnki est un ange dont l’impitoyable maladie parachève sa dépression. Mélancolique, raciste et cynique, il commente ironiquement le monde pétri de religion dans lequel il vit, non sans amertume. Quelque part, son histoire continue de s’écrire : il ne se doute pas que sa vie, pourtant proche de s’éteindre, s’apprête à basculer.

Mon avis :

Très sincèrement, j’attendais beaucoup de ce roman, vendu comme une dystopie fantasy, traitant à la fois du terrorisme et de la religion, vendu comme quelque chose d’explosif et palpitant. Comment dire… Raté ?

Tout d’abord, bien que l’idée générale soit excellente, le traitement choisi est extrêmement inégal, provoquant un déséquilibre plus que notoire — assez paradoxal pour un roman qui n’a de cesse de prôner l’équilibre et la justesse —. Ce déséquilibre est principalement porté par une seule chose, malheureusement essentielle : le rythme.

En effet, on peut facilement découper ce roman en trois partie distinctes : une première de mise en place de l’intrigue, du monde, et les premières péripéties ; une seconde correspondant à une sorte de road-trip fantasy et approfondissement du monde ; et une dernière sur les dernières actions, dénouement et anticipation sur le tome suivant. Jusque là, tout semple normal. Mais non ! La première et la dernière partie ont rythme extrêmement rapide, voire même trop rapide, qui nous donne très vite une sensation d’essoufflement et d’oppression : on n’arrive pas à respirer. En balance avec cela, on a une partie centrale, la plus importante et la plus conséquente qui est d’une lenteur absolument mortelle d’ennuie. Des passages beaucoup trop long, beaucoup trop lent, et qui ne servent que trop peu à l’intrigue : plusieurs passages étaient totalement inutiles et superflus, tout en venant totalement casser la lecture. Dommage.

Mais ce qui est d’autant plus dommage, c’est le raté total du sujet principal, à savoir la dystopie.

Quand on fait une dystopie, on le fait rarement sur un sujet facile : ici, la religion. J’étais vraiment très excitée et curieuse de lire une dystopie qui pour une fois, ne se focalise pas uniquement sur le côté politique mais sur le côté religieux, un sujet pour moi encore plus délicat. Je m’attendais à de grand débat entre le Bien et le Mal, la place de la religion, son fonctionnement, ses perversités, etc. Et je n’ai rien eu de tout cela, si ce n’est des ébauches trop fines et inexploitées.

De plus, dans une dystopie, j’attends un minimum d’argumentation et de maturité de la part des personnages, mais je n’ai rien eu de tel : aucune longue argumentation. D’autant plus que notre personnage principal est d’une médiocrité sans nom : constamment dans une mentalité de victime dépressive, aucune capacité d’argumentation… Comment peut-on avoir une argumentation solide et pousser un lecteur à la réflexion quand le personnage central a la capacité réflective d’une huître ? Donner un argument, se le faire contrer, en donner un autre, se le faire contrer à nouveau, et se refermer en insultant… Non, ça ne passe pas.

Vous l’aurez facilement compris, ce livre m’a fortement déçu après m’avoir vendu des espoirs énormes à travers un résumé plus qu’alléchant.

Malgré cela, je ne peux pas retirer à ce livre son monde fabuleux, avec une mythologie extrêmement complète, travaillée et très intéressante, de même qu’une chute qui me donne espoir en le prochain tome.

En bref, un livre qui m’a déçu, mais avec une chute qui me laisse croire que ce n’était qu’une mise en bouche, et que le second tome sera bien meilleur.

Citation :

Le Désordre, c’est le dieu Mao, c’est le Mal. Mais c‘est aussi et surtout la Nature. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas plus ignoble, sans-coeur et invincible qu’elle.
Avec la Nature, c’est marche ou crève. Si tu ne fais pas ce qu’elle veut, elle te zigouille et passe à un autre. Tu vis en son sein. Donc tu dois lui obéir.

Ma note : 9.75/20

• Scénario – 3/4
• Ecriture/Style – 2.5/4
• Potentiel d’addiction – 0.5/3
• Personnage – 0.75/2
• Emotions – 0.25/2
• Originalité/Créativité – 1.75/2
• Suspens – 0.75/1.5
• Humour – 0.25/1.5

Coup de coeur·Drame·Historique·Philosophie/Réflexion

Red Dust (Poussière Rouge) – Gillian Slovo

couv41301666-gifCaractéristiques : 

  • Auteur – Gillian Slovo
  • Editeur – Gallimard
  • Parution – 2001
  • Pages – 349
  • ISBN – 978-2070554843

4ème de couverture : 

En 1995, l’Afrique du Sud tente de se remettre de l’apartheid. Il faut régler les comptes du passé pour construire l’avenir. Tel est le rôle de la Commission Vérité et Réconciliation. Les audiences se succèdent et confrontent les victimes aux bourreaux. Dans la chaleur poussiéreuse de Smitsrivier, Sarah, jeune et brillant procureur, cherche à y voir clair. Mais le droit suffit-il à la quête de la vérité? Et LA vérité existe-t-elle ? Au-delà des causes politiques, il y a les individus avec leurs failles et leurs contradictions, leurs petites lâchetés et leurs grands sentiments…

Mon avis :

Durant ce semestre, en anglais, j’ai travaillé autour de la thématique « L’Afrique du Sud en littérature et au cinéma », et j’ai eu l’occasion de lire plusieurs extraits d’oeuvres sud-africaine traitant de l’apartheid. Et un extrait de Red Dust m’avait interpellé, et j’ai décidé de le lire… C’est un coup de coeur !

Je pense rien ne pouvait vraiment me préparer à ce que j’ai lu dans cet ouvrage, ni à la manière dont c’était présenté. Dans ce roman, tout est savamment étudié pour pousser à la réflexion et surtout, à la dénonciation d’un fait de société que nos parents ont connu : l’apartheid. Pour ceux qui ne savent pas exactement ce que c’est, une petite mise en contexte est nécessaire.

L’Afrique du Sud a connu plusieurs vagues de colonisation par les hollandais, les français, les anglais… Les colons aux origines nordiques ont fini par se regrouper grâce à une langue commune (Afrikaan), se désignant alors par le terme d’Afrikaner. Dans les années 1920, émerge deux partis politiques distinct : un nationalisme Afrikaner, ainsi qu’un nationalisme Africain (mené par le parti de Nelson Mandela, l’ANC).

C’est en 1948 que le parti Afrikaner remporte les élections, et qu’un système politique nommé apartheid est mis en place, le principe étant de divisé la population en sorte de caste, selon leur couleur de peau. On avait alors 4 castes : les blancs, les noirs, les métisses, et les asiatiques. Dans cette société, seuls les blancs ont des droits, les trois autres castes (considérées comme inférieure) vivaient dans des conditions qui défient les droits humains les plus fondamentaux : il n’était pas rare de voir ces personnes considérées comme des esclaves, arrêtés arbitrairement, menacés, torturés, et même tués sans raison valable. Le pire ? La loi allait dans le sens de cette politique, où il était légal de torturer un prisonnier noir, métisse ou asiatique.

Ce n’est qu’en 1990 que le président en charge a décidé d’arrêter cette politique raciste. Face aux tensions engendrées, Nelson Mandela, alors président, lance la TRC (Truth & Reconciliation Commission), afin d’apaiser les tensions et d’éviter la guerre civile. Le principe repose sur des audiences, où si un pro-apartheid avoue tous ses crimes, en disant la vérité et uniquement la vérité, il sera pardonné.

Vous vous doutez donc bien que ce n’est pas une lecture facile et guillerette. Dans Red Dust (Poussière Rouge en version française), on suit une procureur, Sarah, qui va s’occuper de l’affaire d’un politicien Sud-Africain, Alex Mpondo, sur des faits arrivés dix ans plus tôt, durant l’apartheid.

L’aspect purement historique de ce texte, même s’il ne repose pas sur des faits réels et avérés, reste un témoignage poignant de l’ambiance en Afrique du Sud au moment de l’apartheid comme au moment de la TRC (Gillian Slovo est Sud-Africaine de naissance). Que ce soit sur les tensions et douleurs relevées durant la TRC, ou l’inhumanité présente durant l’apartheid, ce livre pointe absolument tout, sans rien omettre : la douleur d’être replongé au coeur d’une période que l’on aurait préféré oublié, la douleur des parents qui ont perdu un fils, la peur du jugement… Mais aussi les conditions de vie et les maltraitances faites durant l’apartheid. Torture psychologique, torture physique, traumatisme, quête de vérité… Le lien entre un bourreau et sa victime… C’est ce qui rythme ce roman.

De plus, on peut aussi y voir une critique directe de la TRC, qui est loin d’avoir fait unanimité, même durant les années où elle existait. En effet, pour beaucoup, la TRC a plus ravivé des douleurs et remis de l’huile sur des rancoeurs et des vengeances qu’apaiser. C’est aussi ce que nous avons dans Red Dust, avec toute la colère qui ressurgit chez le père de Steve, ou encore avec toute la douleur qui remonte chez Alex. D’autant plus que le style de Gillian Slovo est extrêmement percutant, rythmé, et moderne.

Je profite de ce livre là pour pousser un petit coup de gueule, envers les maisons d’éditions cette fois. Il faut arrêter de classer des livres dans un rayon JEUNESSE quand ces livres sont destinés à tout, SAUF de la jeunesse. Car ici, en édition française, Poussière Rouge est édité par Gallimard, dans la collection SCRIPTO, soit une collection tablant de 0 à 13+ en âge. Qu’on veuille faire passer des choses dans un rayon Young Adult, je peux comprendre. Mais il y a des limites à ne pas dépasser, et dans le cas de Poussière Rouge, elle a été très largement dépassée. Il y a des livres qu’il ne faut pas mettre entre toutes les mains, et surtout, préparer ses mains à certains ouvrages. Même moi, qui ai suivi un cours spécialisé sur l’apartheid, qui étais préparée, et ayant déjà lu des trucs durs, j’ai eu du mal avec certains passages qui m’ont profondément choquée, marquée, et on peut le dire, horrifiée. Même ma prof d’anglais a été choquée de voir qu’en France, Red Dust était classé dans la catégorie jeunesse. Même la couverture est violente ! Les petites traces rouges, ce ne sont pas un rapport à une terre colorée ou un soleil couchant, mais du sang, des éclats et des trainées de sang. Comment est-ce qu’on peut mettre un tel ouvrage, aussi dur sur un sujet aussi complexe et difficile, dans un rayon jeunesse, à côté d’histoire avec des pâquerettes, des chevaux qui parlent, ou des fées enchantées ?

En bref, une lecture coup de coeur, tant par son sujet que son traitement, avec un style sublime, que je ne peux que vous recommander. Une lecture qui rentre dans ma liste des indispensables à avoir lu.

Citations :

Tous pensaient valoir mieux que lui. Les gens se tournaient vers le passé et le jugeaient. Voir les choses avec du recul c’était bien beau : cela transformait les sociologues et les journalistes en juges.

Ma note : 18,5/20

• Scénario – 3.75/4
• Ecriture/Style – 3.75/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 2/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.5/1.5