Coup de coeur·Historique·Philosophie/Réflexion

Un ado nommé Rimbaud – Sophie Doudet

couv24190379.jpgCaractéristiques : 

  • Auteur – Sophie Doudet
  • Editeur – Scrineo
  • Parution – 2017
  • Pages – 260
  • ISBN – 978-2367405308

4ème de couverture :

En ce début de l’été 1870, Arthur brille au collège de Charleville, où il rafle un par un les prix d’excellence. Son avenir semble tout tracé. Sa mère imagine pour lui une vie paisible et convenable, une carrière sans panache et respectable. Mais Arthur étouffe et ne supporte pas cet horizon étriqué. Il rêve de Paris et de gloire : il veut être Poète !
Une année, douze mois fulgurants et quatre saisons colorées vont bouleverser son existence et l’arracher à l’enfance. Alors que la France est en guerre et que la révolution gronde, le bon élève se rebelle avec pour seules armes ses mots…
Et c’est ainsi qu’Arthur devient Rimbaud.

Mon avis :

Pendant mon stage en librairie, j’ai eu l’occasion de lire ce roman, bien avant sa sortie. Ayant déjà lu un livre au sujet de Rimbaud et l’ayant beaucoup aimé, je me suis lancée sans trop d’apriori… Et c’est un coup de coeur !

Contrairement à Absinthe de Gilles Bontoux que j’ai pu lire il y a quelques années, cet opus ce concentre plus sur le Rimbaud avant Verlaine, que sur leur relation en elle-même. C’est un fait extrêmement intéressant car pour une fois, on ne se concentre pas sur le scandale d’une relation homosexuelle, mais sur le scandale de la personnalité même de Rimbaud.

Car là où les deux romans se rejoignent, c’est bien sur ça : le génie de Rimbaud, allié à une personnalité extrêmement forte et indépendante.
On suit notre jeune Rimbaud dans l’année 1870, année qui, on peut le dire, a marqué sa vie. De jeune étudiant brillant, en passant par le jeune fougueux au poète en devenir, on suit Arthur dans l’année de ses 16 ans. Provocateur, arrogant, insolent, hautain… Brillant, majestueux, génial. Voilà qui est Rimbaud.
Chose extrêmement intéressante dans ce roman : puisque nous sommes dans la seizième année de Rimbaud, il est dépeint d’une manière encore un peu enfantine et rêveuse sur certain point. Au fil des chapitre, on le voit grandir, murir, perdre certaines de ses illusions et de ses rêves… Le garçon devenir homme. Même si, jusqu’au bout, malgré l’aigreur et la passion qui l’anime de plus en plus, Arthur reste un rêveur qui nous fait voyager et nous attendrit.
Pour reprendre le résumé : on voit Arthur devenir Rimbaud.

Plus qu’une biographie de Rimbaud, c’est une véritable épopée littéraire et humaine. Les chapitres sont parsemés d’extraits de poème de notre Arthur, de description sur sa vision de la poésie et de la littérature, parfois même sa critique sur la littérature et la poésie qui lui était contemporaine. Le tout, plongé dans une époque politiquement trouble, où la guerre civile – et la guerre tout court – fait rage (siège de Paris de 1870-1871, durant La Commune).
On sent que l’auteur a fait énormément de recherche afin de livrer un ouvrage, certes romancé de la réalité, au plus proche du vrai. C’est extrêmement agréable.

Véritable page-turner, il nous est impossible de lâcher le roman. Que ce soit par le style de l’auteur qui est très poétique et adapté à son histoire, ou par l’envoûtement que l’on ressent pour Rimbaud, la conséquence est la même : on a envie d’avancer dans le livre pour en avoir le fin mot, mais on a aucune envie de le terminer… Ce qui est, pour moi, la caractéristique d’un roman excellent.

En bref, un livre merveilleux qui nous embarque pour mieux nous retourner et nous émerveiller, qui ravira les petits, les grands, comme les amoureux de la littérature et de la poésie.

Citations :

Est-ce cela grandir ? Perdre ses illusions et faire le deuil de ses rêves ?


Fasciné, Arthur se dit que la nature ne sait décidément pas fabriquer du noir. Elle y ajoute toujours de discrètes nuances colorées. Il n’y a vraiment que les hommes pour savoir donner à leur existence la teinte mate du deuil.

Ma note : 18.75/20

• Scénario – 3.5/4
• Ecriture/Style – 4/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 2/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.75/1.5

Coup de coeur·Drame·Historique·Philosophie/Réflexion

Notre Dame de Paris – Victor Hugo

couv23079227Caractéristiques : 

  • Auteur – Victor Hugo
  • Editeur – Pocket
  • Parution – 1831
  • Pages – 636
  • ISBN – 978-2266240000

4ème de couverture :

Dans le Paris du XVe siècle, une jeune et superbe gitane appelée Esméralda danse sur le parvis de Notre Dame. Sa beauté bouleverse l’archidiacre de Notre-Dame, Claude Frollo, qui tente de l’enlever avec l’aide de son sonneur de cloches, le malformé Quasimodo. Esmeralda est sauvée par une escouade d’archers, commandée par le capitaine de la garde Phoebus de Châteaupers…

Mon avis :

Il faut que je vous recontextualise. Alors que j’étais en pleine insomnie, je trainais sur YouTube, jusqu’aux méandres, et j’ai trouvé une vidéo faisant une comparaison entre la version québécoise et la version française des chansons Disney. Là, le vidéaste fait la comparaison avec une chanson extraite du Bossu de Notre Dame. Forcément, ça m’a donné envie de le revoir. Mais aussi de revoir la comédie musicale (celle de 1999, s’il vous plait)… Et par extension, d’enfin lire le roman d’où tout cela est tiré. Soit, comment lire un classique de la littérature française par l’impulsion d’un Disney.

Plus sérieusement, je me demande encore ce qui a pu me freiner autant de temps. La taille certainement (plus de 630 pages en taille -2… ça refroidit). Mais le résultat est là : je comprends mieux pourquoi Victor Hugo est aussi populaire, et surtout, considéré comme un des plus grands écrivains français. Je préfère prévenir : cette chronique risque d’être longue. Très longue.

Tout d’abord, l’univers. Sans surprise, pas vraiment de fantaisie de ce côté là, nous sommes dans notre univers. Mais l’auteur a réalisé un véritable travail de titan afin de nous offrir la vision du Paris de 1482 la plus précise, mais aussi la plus juste possible, au point que l’on peut élever son texte au rang de roman historique. Nom de rue, description de façade, variante de nom selon la zone et l’époque, courant artistique, modification et reconstruction… Tout y passe. Le détail est notamment apporté aux pièces importantes du puzzle parisien, à savoir la salle du Palais de Justice (utilisée dans les premiers chapitres pour le mystère le jour de la fête des Fous), la cathédrale de Notre Dame, ainsi que la cour des Miracles, et d’autres bâtiments un peu plus annexes. Bien que ce soit les passages que j’ai le moins aimé dans le roman (l’architecture et l’urbanisme surtout, avec moi, ça fait deux), j’ai énormément aimé le souci de l’auteur pour nous plonger le plus justement possible dans ce vieux Paris.

Autre passage qui pourrait poser problème mais que j’ai énormément aimé, sont les passages bien plus philosophiques, voire même de commentaire. Je pense notamment à ce chapitre entièrement dédié à la relation entre architecture et littérature, avec une métaphore filée de l’architecture comme phrase d’avant la littérature imprimée, et la révolution sociale profonde qu’a provoqué l’invention de l’imprimerie par Güttenberg. C’est, à vrai dire, dans ce chapitre que j’ai perçu pour la première fois le génie de Victor Hugo.

Chose particulièrement appréciable est le souci apporté aux personnages. Tous les personnages. Du plus insignifiant au plus important, en passant par les personnages secondaires. De fait, on s’attache assez vite à tous, de manière très forte malgré les pulsions qu’il nous font avoir (pitié, dégoût, envie, émerveillement…). De manière générale, ils ont tous au minimum un chapitre – plus ou moins imposant, ils n’ont pas tous des chapitres de 30 pages – afin de bien les introduire et les approfondir par la suite. C’est comme ça que j’ai fini par mépriser Phoebus, avoir envie de baffer Esmeralda, et aimer Claude Frollo, au point d’en faire mon personnage favoris du roman. Tout est en nuance, en évolution… Les personnages ne sont pas figés, ils sont tous en constant mouvement tant physique que psychologique, et c’est un diamant à voir et à lire. Sans compter tous les chapitres descriptifs sur ce qu’ils aiment et les animent, permettant de les rapprocher encore plus de nous.

Et là, je vous entends venir : et l’histoire alors ? Et bien l’histoire n’est pas diamant, mais bien plus que ça. Une pure serendibite (une pierre bien plus précieuse et cher qu’un diamant au charme bien plus complexe). Si je devais la résumé en un seul mot, je ne dirai pas amour, je ne dirai pas tragédie, mais je dirai bien pire que cela : fatalité. Le roman est divisé en deux parties. Une première, plus introductive et narrative qui prépare le terrain à la Fortune et à la Fatalité, et une seconde, qui laisse la Fatalité prendre une forme presque humaine tant elle est cruelle et froide. Dans une première partie, on se focalise sur un personnage et une rumeur qui nous semble inutile, mais qui vient nous arracher le coeur et quelques larmes, quelques chapitres avant la fin. On nous fait un portrait élogieux et irréprochable de notre archidiacre Frollo pour mieux le démonter et le détruire sous tous les aspects possibles durant tout le roman. Du génie. Il n’y a pas d’autres mots pour désigner cela.

Ajoutons à cela la montée en puissance tant du rythme que de la Fatalité au fur et à mesure que les pages se tournent, les envolées lyriques, les discours et monologues enflammés à vous en donner envie de les dire à haute-voix, de non pas les lire, mais les jouer et les vivre… On abouti à un roman complet, complexe, qui est un véritable bijoux malgré les quelques passages plus techniques.

Autre petit détail qui m’a beaucoup surprise : l’humour. Même dans les moments les plus tragiques, à travers certains personnages (notamment celui de Gringoire et de Djali), l’auteur arrive à insérer des doses d’humours succulentes et tordantes, à la limite de l’humour anglais, qui viennent faire du bien et sourire.

Même si j’en meurt d’envie, je vous parlerai pas plus en avant des caractères de Phoebus, Frollo Esmeralda, tout simplement parce que je vous spoilerai, et que je m’en voudrais éternellement de vous spoiler un tel chef-d’oeuvre. Mais je vous ferai – je pense – sur mon blog secondaire (ou bien sur celui-ci je ne sais pas encore) un article comparatif entre le roman, le Disney et la comédie musicale.

En bref, un chef-d’oeuvre, une perle, un diamant, une serendibite à l’état pur, qui mérite d’être lu et apprécié. Un véritable coup de coeur comme on en a rarement.

Citations :

– Cela suffit, reprit Trouillefou sans le laisser achever. Tu vas être pendu. Chose toute simple, messieurs les honnêtes bourgeois ! comme vous traitez les nôtres chez vous, nous traitons les vôtres chez nous. La loi que vous faites aux truands, les truands vous la font. C’est votre faute si elle est méchante.


– Savez-vous ce que c’est que l’amitié ? demanda-t-il.
– Oui, répondit l’égyptienne. C’est être frère et soeur, deux âmes qui se touchent sans se confondre, les deux doigts de la main.
– Et l’amour ? poursuivit Gringoire.
– Oh ! l’amour ! dit-elle, et sa voix tremblait, et son oeil rayonnait. C’est être deux et n’être qu’un. Un homme et une femme qui se fondent en un ange. C’est le ciel.


Il s’aperçut qu’il y avait autre chose dans le monde que les spéculations de la Sorbonne et les vers d’Homère, que l’homme avait besoin d’affections, que la vie sans tendresse et sans amour n’était qu’un rouage sec, criard et déchirant.


Alors commença entre le médecin et l’archidiacre un de ces prologues congratulateurs qui précédaient à cette époque, selon l’usage, toute conversation entre savants et qui ne les empêchaient pas de se détester le plus cordialement du monde. Au reste, il en est encore de même aujourd’hui, toute bouche de savant qui complimente un autre savant est un vase de fiel emmiellé.


– […] Votre tête est bien grise ! On ne sort de la caverne qu’avec des cheveux blancs, mais on n’y entre qu’avec des cheveux noirs. La science sait bien toute seule creuser, flétrir et dessécher les faces humaines.


– Hélas ! Hélas ! les petites choses viennent à bout des grandes ; une dent triomphe d’une masse. Le rat du Nil tue le crocodile, l’espadon tue la baleine, le livre tuera l’édifice !


Sous ce rapport, la vague formule de l’archidiacre avait un second sens ; elle signifiait qu’un art allait détrôner un autre art. Elle voulait dire : L’imprimerie tuera l’architecture.


On retrouvera sur les trois soeurs aînées, l’architecture hindoue, l’architecture égyptienne, l’architecture romane, le même symbole : c’est-à-dire la théocratie, la caste, l’unité, le dogme, le mythe, Dieu ; et pour les soeurs cadettes, l’architecture phénicienne, l’architecture grecque, l’architecture gothique, quelle que soit du reste la diversité de forme inhérente à leur nature, la même signification aussi : c’est-à-dire la liberté, le peuple, l’homme.


De gauloise, d’européenne, d’indigène, elle devient grecque et romaine, de vraie et de moderne, pseudo-antique. C’est cette décadence qu’on appelle renaissance.


Cependant, du moment où l’architecture n’est plus qu’un art comme un autre, dès qu’elle n’est plus l’art total, l’art souverain, l’art tyran, elle n’a plus la force de retenir les autres arts. Ils s’émancipent donc, brisent le joug de l’architecte, et s’en vont chacun de leur côté. Chacun d’eux gagne à ce divorce. L’isolement grandit tout. La sculpture devient statuaire, l’imagerie devient peinture, le canon devient musique.


Ainsi, pour résumer ce que nous avons dit jusqu’ici d’une façon nécessairement incomplète et tronquée, le genre humain a deux livres, deux registres, deux testaments, la maçonnerie et l’imprimerie, la bible de pierre et la bible de papier. Sans doute, quand on contemple ces deux bibles si largement ouvertes dans les siècles, il est permis de regretter la majesté visible de l’écriture de granit, ces gigantesques alphabets formulés en colonnades, en pylônes, en obélisques, ces espèces de montagnes humaines qui couvrent le monde et le passé depuis la pyramide jusqu’au clocher, de Chéops à Strasbourg. Il faut relire le passé sur ces pages de marbre. Il faut admirer et refeuilleter sans cesse le livre écrit par l’architecture ; mais il ne faut pas nier la grandeur de l’édifice qu’élève à son tour l’imprimerie.


Où les femmes sont honorées, les divinités sont réjouies ; où elles sont méprisées, il est inutile de prier Dieu. La bouche d’une femme est constamment pure ; c’est une eau courante, c’est un rayon de soleil. Le nom d’une femme doit être agréable, doux, imaginaire ; finir par des voyelles longues, et ressembler à des mots de bénédictions.


– Ah çà, cria l’écolier en regardant tour à tour son frère et les alambics du fourneau, tout est donc cornu ici, les idées et les bouteilles !
– Jehan, vous êtes sur une pente bien glissante. Savez-vous où vous allez ?
– Au cabaret, dit Jehan.
– Le cabaret mène au pilori.
– C’est une lanterne comme une autre, et c’est peut-être avec celle-là que Diogène eût trouvé son homme.
– Le pilori mène à la potence.
– La potence est une balance qui a un homme à un bout et toute la terre à l’autre. Il est beau d’être l’homme.
– La potence mène à l’enfer.
– C’est un gros feu.
– Jehan, Jehan, la fin sera mauvaise.
– Le commencement aura été bon.


– S’il plaît à messieurs, nous procéderons à l’interrogatoire de la chèvre.


Pierrat tourna la poignée du cric, le brodequin se resserra, et la malheureuse poussa un de ces horribles cris qui n’ont d’orthographe dans aucune langue humaine.


– Oh ! misérable ! qui êtes-vous ? que vous ai-je fait ? vous me haïssez donc bien ? Hélas ! qu’avez-vous contre moi ?
– Je t’aime ! cria le prêtre.
Ses larmes s’arrêtèrent subitement. Elle le regarda avec un regard d’idiot. Lui était tombé à genoux et la couvait d’un oeil de flamme.
– Entends-tu ? je t’aime ! cria-t-il encore.
– Quel amour ! dit la malheureuse en frémissant.
Il reprit :
– L’amour d’un damné.


– Oh ! dit le prêtre, jeune fille, aie pitié de moi ! Tu te crois malheureuse, hélas ! hélas ! tu ne sais pas ce que c’est que le malheur. Oh ! aimer une femme ! être prêtre ! être haï ! l’aimer de toutes les fureurs de son âme, sentir qu’on donnerait pour le moindre de ses sourires sont sang, ses entrailles, sa renommée, son salut, l’immortalité et l’éternité, cette vie et l’autre ; regretter de ne pas êtres roi, génie, empereur, archange, dieu, pour lui mettre un plus grand esclave sous les pieds ; l’étreindre nuit et jour de ses rêves et de ses pensées ; et la voir amoureuse d’une livrée de soldat !

Putain, que c’est beau.


– […] Grâce ! si tu viens de l’enfer, j’y vais avec toi. J’ai tout fait pour cela. L’enfer où tu seras, c’est mon paradis, ta vue est plus charmante que celle de Dieu !


La malheureuse s’était jetée sur ce soulier, sa consolation et son désespoir depuis tant d’années, et ses entrailles se déchiraient en sanglots comme le premier jours. Car pour une mère qui a perdu son enfant, c’est toujours le premier jour. Cette douleur-là ne vieillit pas. Les habits de deuil ont beau s’user et blanchir : le coeur reste noir.

Il aura malheureusement l’occasion de vivre cette expérience en 1843, lors de la mort de fille Léopoldine.


C’est que l’amour est comme un arbre, il pousse de lui-même, jette profondément ses racines dans tout notre être, et continue souvent de verdoyer sur un coeur en ruines.

Ma note : 18.75/20

• Scénario – 4/4
• Ecriture/Style – 4/4
• Potentiel d’addiction – 2.5/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 2/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.75/1.5

6-9 ans·Album Jeunesse·Contemporain·Coup de coeur·Philosophie/Réflexion

La cour couleur – Jean-Marie Henry (Anthologie)

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Caractéristiques : 

  • Auteur – Jean-Marie Henry (Anthologie) 
  • Illustrateur – Zaü
  • Editeur – Rue du Monde
  • Parution – 1998
  • Pages – 60
  • ISBN – 978-2912084033

4ème de couverture :

Cet album est une cour de récréation peuplée d’enfants venus des quatre coins du monde. Quarante poètes y
disent l’amitié, le rejet de la haine, le respect des différences, et l’ouverture aux autres.

Mon avis :

Article un peu spécial pour un livre spécial. À la fois destiné aux adultes et aux enfants, cet album jeunesse est une anthologie de poème contre le racisme.

Alors pourquoi destiné aux enfants ? Tout simplement parce qu’il est magnifiquement bien illustré, et que les poèmes et extraits de poèmes choisis sont assez faciles et accessible pour nos têtes blondes. Pourquoi pour les adultes aussi ? Cela reste de la poésie, sujette à plusieurs interprétations et réflexions plus poussées. D’autant que certains textes sont bien plus complexes que les autres.

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Pourquoi je voulais en parler, ça, c’est plutôt la vraie question. Quand on pense album jeunesse ou livre pour enfant, on pense tout de suite à des histoires avec une intrigue, des personnages… Et on délaisse totalement tout un pan de la littérature jeunesse – et de la littérature tout court – qu’est la poésie. Par ce petit ouvrage, Rue du Monde permet aux plus jeunes de toucher du doigt la poésie, et la puissance des messages que peuvent porter un texte.

D’autant plus qu’il s’agit ici qu’une anthologie contre le racisme, qui pourra en plus, faire objet de discussion avec les parents, ou avec une classe.

En bref, une anthologie très bien faite, superbement illustrée, avec des textes puissants et accessibles, qui touchera petits et grands.

Citations :

Pleurez mes yeux pleurez et maudit soit le monde
L’enfant blanc et l’enfant noir ne feront plus la ronde.
L’enfant noir et l’enfant blanc
Ont tous les deux le sang
Rouge.
Pierre Osenat


Qui a vu le crapaud traverser la rue ?
C’est un tout petit homme : une poupée n’est pas plus minuscule.
Il se traîne sur les genoux, il a honte on dirait.
[…]
Personne n’a remarqué ce crapaud dans la rue.
Jadis, personne ne me remarquait dans la rue.
Maintenant, les enfants se moquent de mon étoile jaune.
Heureux crapaud… Tu n’as pas d’étoile jaune.
Max Jacob


Je t’ai vue, la dernière fois, dans le wagon encore ouvert,
Parmi le troupeau effaré, les visages des enfants juifs,
[…]
Au loin les monts bleuis vers nous semblaient geler
Et près d’eux, sur le ciel, crachaient les crématoires.
Isaïe Spiegel


Il vous appartient de vivre
Comme on assemble les roses
[…]
Mais il n’y a pas de roses
Dans un jardin sans amour.
Jean Rousselot


TOI
Qui que tu sois !
Je te suis bien plus proche qu’étranger.
Andrée Chedid


– Il y a cinq continents.
– Je ne suis pas doué.
– Pour quoi ?
– Pour les divisions.
Eugène Guillevic


J’ai regardé au loin
J’ai vu quelque chose qui bougeait
Je me suis approché
J’ai vu un animal
Je me suis encore approché
J’ai vu un homme
Je me suis encore rapproché
Et j’ai vu que c’était mon frère.
Proverbe tibétain

Ma note : 17/20

  • Scénario – 2/4
  • Dessin – 3.5/4
  • Accessibilité – 1/3
  • Originalité/Créativité – 2.5/3
  • Multilecture – 3/3
  • Apprentissage – 3/3
  • Bonus « Humanité » : +2pt
2-5 ans·6-9 ans·Album Jeunesse·Coup de coeur·Philosophie/Réflexion

Plage réservée ! – Sophie Lescaut

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Caractéristiques : 

  • Auteur – Sophie Lescaut
  • Illustrateur – Sophie Lescaut
  • Editeur – Le Grand Jardin
  • Parution – 2017
  • Pages – 26
  • ISBN – 979-1096688050

4ème de couverture :

Une grande famille d’ornithorynques aux personnalités touchantes se met en route pour aller à la plage. Une fois arrivée, la petite troupe se voit refuser l’entrée pour cause d’interdiction des animaux à becs.
Repli vers une autre plage où l’accès leur est refusé pour des raisons tout aussi absurdes. Mais ils ne se découragent pas…

Mon avis :

Partons à la plage avec la famille Ornithorynque !

IMG_4033.JPGQuel album merveilleux ! En plus de faire passer de beaux messages et d’être comique, il est accessible pour une fourchette d’âge très large, et est bien illustré. Que demander de plus ?

Dans ce petit album, nous suivons donc la famille ornithorynque qui va à la plage… Et se voit refuser l’accès car la place est interdite pour les animaux à bec. Mécontent, ils cherchent une autre plage, où l’accès leur également refusé pour une raison tout aussi absurde… Jusqu’à la chute finale, quelque peu moralisatrice, mais oh combien efficace.

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Car si ce livre met en avant les différences, il met aussi et énormément en avant un phénomène de société immense et mauvais : le racisme. Qu’il soit banalisé ou non, par leur différence, ils sont pas accepté pour un moment de détente en famille, et font face à l’hostilité des autres animaux.

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En plus de montrer à quel point les arguments des personnes racistes peuvent être ridicule, l’auteur m

 

et aussi en avant les répercutions que cela peut avoir sur le comportement et les sentiments des victimes… Et c’est excellent. Rien n’est choquant, et les messages passent avec une finesse exemplaire, accessible et compréhensible pour tous.

Allié à ce point de force, l’album se pare d’un humour à la limite de l’humour anglais – que j’apprécie énormément – et qui vient rajouter des notes aux couleurs d’innocence dans cette histoire peu commune.

En bref, un album jeunesse à lire à tout prix, pour les petits comme pour les grands !

Ma note : 19.25/20

  • Scénario – 4/4
  • Dessin – 3.75/4
  • Accessibilité – 3/3
  • Originalité/Créativité – 3/3
  • Multilecture – 3/3
  • Apprentissage – 2.5/3
Historique·Philosophie/Réflexion

Ion – Euripide

ion-4416893-264-432.jpgCaractéristiques : 

  • Auteur – Euripide
  • Editeur – Belles Lettres
  • Parution – entre 414 et 412 av. JC
  • Pages – 418 (environ 110 pour Ion)
  • ISBN – 978-2251001227

4ème de couverture :

Parmi les tragédies d’Euripide fondées toutes sur un jeu du destin et qui se terminent par une reconnaissance, Ion est certainement la plus habilement construite. La tragédie a pour sujet le destin d’Ion, ancêtre mythique des Ioniens, héros inventé de toutes pièces par des écrivains du VII siècle qui déduisirent ce nom du nom du peuple dont il aurait été l’éponyme. Dans un mythe tel que celui-ci, aussi vague et peu populaire, Euripide eut, plus que de coutume, la liberté de modifier et d’ajouter des éléments qui répondaient à des exigences politiques — le patriotisme athénien — et artistiques.

Mon avis :

Changeons totalement de registre. Je vous emmène dans la Grèce Antique avec Euripide, et une pièce plus que connu : Ion.

J’ai étudié cette oeuvre dans le cadre de mes études (Lettres Classiques), et bien que très intéressante, j’ai eu du mal à vraiment accrocher en dehors des passages clefs.

Tout d’abords, dans mon édition, j’ai eu du mal avec la traduction qui a très mal vieilli je trouve, et donne un caractère bien trop élitiste et alambiquée au texte, alors que dans un langage peut être plus moderne, il aurait pu avoir la puissance d’un Shakespeare ou d’un Molière. Mais cela concerne la traduction.

Pour ce qui est de l’oeuvre en elle-même… On va suivre Ion, jeune homme abandonné à la naissance et recueillit dans le temple d’Apollon à Delphes. Bien des années plus tard, le roi d’Athènes, Xouthos, qui n’a toujours pas eu de fils, vient consulter l’oracle avec sa femme et reine d’Athènes, Créuse. Sauf qu’elle est… et bien la mère biologique d’Ion. Concours de circonstance, mêlé à de la jalousie et un sentiment de trahison, Créuse tentera d’assassiner son fils, sans savoir qu’il est de son sang.

C’est toujours compliqué de résumé un mythe grec sans trop spoiler. En dehors de son intérêt littéraire notable sur le style d’Euripide et son évolution, il est plus intéressant à mon sens d’analyser et concevoir cette oeuvre comme une oeuvre politique. Dans le mythe originel d’Ion, Athènes n’est pas dans la balance. Euripide écrit sa pièce entre 414 et 412 av. JC soit… en pleine guerre du Péloponèse, qui vient mettre la suprématie d’Athènes à rude épreuve. Il était donc primordial d’incorporer cette cité-état dans un mythe, qui plus est un mythe presque entièrement basé sur le droit du sang sur un sol, la filiation et l’importance des natifs Athéniens dans la « pureté Athénienne ».

Autre thématique importante de l’oeuvre : la place de la femme, de manière générale, mais aussi au travers de la littérature.

En bref, une oeuvre agréable à lire, mais qui a un intérêt historio-politique plus intéressant à mon goût.

Citation :

Hélas, bien difficile est notre rôle vis-à-vis des hommes ; car les mauvaises avec les bonnes sont mêlées parmi nous ; c’est pourquoi l’on déteste les femmes. Tant la nature nous a faites pour souffrir !


Une haute fortune ne rend pas plus heureux qu’un modeste bonheur.

Ma note : 13.25/20

• Scénario – 3/4
• Ecriture/Style – 2.5/4
• Potentiel d’addiction – 1.75/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 1/2
• Originalité/Créativité – 1.5/2
• Suspens – 0.5/1.5
• Humour – 1/1.5

Contemporain·Coup de coeur·Drame·Philosophie/Réflexion·Thriller

Je sais où tu es – Claire Kendal

couv60403836.jpgCaractéristiques : 

  • Auteur – Claire Kendal
  • Editeur – France Loisir
  • Parution – 2015
  • Pages – 410
  • ISBN – 978-2226322838

4ème de couverture :

Un matin, Clarissa se réveille dans le lit d’un collègue, sans aucun souvenir de ce qui l’a menée là. Bientôt cet homme fait de sa vie un cauchemar. Espionnée, traquée, harcelée, Clarissa doit faire face à une obsession toujours plus menaçante. Saura-t-elle s’en échapper avant qu’il ne soit trop tard ?

Mon avis : 

Cela fait un moment maintenant que j’ai lu ce roman, et pourtant, quand je revois sa couverture et que les souvenirs remontent, je suis toujours aussi glacée parce la vraisemblance de l’intrigue, et surtout des situations et ressentis dépeints. Un coup de coeur pour un texte féministe qui traite d’un sujet encore tabou, et pourtant bien trop réel.

Ce roman suit une double trame : on suit à la fois Clarissa dans sa vie personnelle de jeune femme harcelée par un homme, ainsi que Clarisse dans son exercice de jury lors d’un procès pour viol et séquestration. Dans les deux cas, on n’en ressort pas indemne. Ça ne réveille pas toujours les mêmes émotions en nous : tantôt la peur, tantôt le dégoût… Ce livre a un réel potentiel d’ouverture, en cela qui peut permettre à un lectorat plutôt masculin de mieux appréhender le harcèlement de rue et le harcèlement sexuel ; mais aussi de faire écho auprès d’un lectorat féminin.

Dans les deux cas de figure (l’aspect procès et l’aspect vie personnelle de l’héroïne), je me suis sentie concernée : ces deux intrigues sont les faces d’une même médaille qu’est le harcèlement et l’objectivation des femmes. Mais le plus dur a été de lire le ressenti que pouvait avoir et que Clarissa avait, mais aussi de voir que les réactions des hommes et des autorités dans ce roman correspondent que trop bien à notre réalité.

Je ne vous cache pas que ce roman a été très dur à lire, entre mon hypersensibilité, et le fait de lire des situations que je peux vivre au quotidien…Ce n’a pas été une lecture facile, mais oh combien enrichissante et engagée. Sans le crier sur les toits, ce roman est une pépite qui, vulgairement dit, remet les barres sur les T et les points sur les i.
Effectivement, l’auteur n’hésite pas, à l’aide d’une plume agréable et fluide, de pointer du doigt des choses encore trop peu considérées : le harcèlement de rue, le harcèlement sexuel, l’objectivation des femmes, le sentiment que tout est dû (d’un point de vue sexuel) aux hommes de part leur sexe, la défaillance du système judiciaire dans les affaires d’harcèlement et de viol… Et c’est en ça que c’est un livre excellent : il montre de A, à Z, les cause, les conséquences, et surtout, les répercutions physiques et morales présentes chez les victimes.

En bref, un livre tabou, dur, glaçant, mais nécessaire. Un vrai coup de coeur.

Citations :

Les accusés disent nibards. Rowena dit nichons. Moi, je dis seins. Je ne sais pas ce toi tu dis. Je ne veux pas le savoir. Ce que je sais par contre, c’est ce que ces différences comptent.


Par où commencer pour démontrer la folie de ta lettre ? Tu n’entends donc pas ce que je te répète – non, non, et encore non – encore et encore ? Je crois qu’il t’est impossible de comprendre ; tu es prisonnier d’une forme délirante de raisonnement décalé, de sincérité terrifiante même.
As-tu inspecté mes CD et mes DVD quand tu étais chez moi ? Parce que tu as raison : j’adore ce ballet. Par contre je le détesterais à un point dont tu n’as pas idée si je devais le voir avec toi. De la part d’un autre homme, le geste aurait pu être romantique. Mais pas de ta part à toi. De la part de celui qui a utilisé ma plus vieille amie et l’a retournée contre moi. Venant de toi, ces billets sont une agression, pas un cadeau.


S’il y avait bien une chose que montraient ces peintures et poèmes romantiques, c’était le danger d’un vrai regard direct et décidé.

Ma note : 18.5/20

• Scénario – 4/4
• Ecriture/Style – 3.75/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 2/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.25/1.5

Contemporain·Philosophie/Réflexion·Poésie

L’espoir de la meute – Philippe Devos

cover-644.jpgCaractéristiques : 

  • Auteur – Philippe Devos
  • Editeur – Atramenta
  • Parution – 2017
  • Pages – 108
  • ISBN – 978-9522739636

4ème de couverture :

La meute, c’est vous, c’est moi.

D’autres peut-être, qui oseront cheminer à nos côtés à travers ces pages.

Quelques textes pour faire naître en nos cœurs un ailleurs, sublimer l’habitude, s’enivrer d’amertume, apprivoiser ses chimères…

Des landes de vers pour une échappée belle hors du temps et des cités stériles où l’homme moderne dérive parmi les ombres anonymes.

Des poèmes comme autant d’occasions de se retrouver.

Mon avis :

Changeons d’air. Prenons du recul face aux histoires en prose, avec leurs intrigues et leurs personnages, pour partir dans un monde plus subtil, mais pas pour autant moins accessible : je veux bien entendu parler du monde de la poésie, au travers de cette première chronique de recueil de poème ! Pas de coup de coeur, mais assurément un très bon et très beau moment passé dans cet univers.

L’avantage de la poésie à mon sens, c’est que l’on peut traiter tous les sujets d’une infinité de manière, des sujets les plus doux au plus durs. À travers son recueil L’espoir de la meute, Philippe Devos nous offre un panorama tout en finesse et émotions de notre monde actuel et de la nature humaine. Parfois généraliste, parfois très intimiste, d’autre fois cru et d’autre amant épris, ce recueil est complet et dépeint un tableau aussi sinistre que coloré : cruauté et paradoxe de l’homme, mais aussi expression des sentiments les plus nobles. Il pointe du doigt les sentiments et la douleur humaine, mais aussi les choses les plus abjectes que peut porter notre monde, avec parfois, une sévère critique de ce dernier.

Ce qui, pour moi, fait la force de ce recueil, c’est avant tout son accessibilité. Bien que certains poèmes soient plus ardus, ou qui méritent une deuxième lecture pour en appréhender totalement le sens et la puissance, la grande majorité des poèmes ici présentés sont d’une beauté sans nom, mais reste accessible. On est bien loin de ces poèmes que l’on a étudié au lycée, et dont il fallait plusieurs heures de travail pour capter une bribe de compréhension.

La force de la poésie réside dans le fait personne ne comprendra un poème de la même manière que son voisin. Personnellement, j’ai beaucoup aimé les poèmes suivants :

  1. Tu n’imagines pas
  2. Comment lui dire
  3. Anesthésié
  4. Cigüe

En bref, une recueil de nouvelles qui vous embarquera dans un monde à part et pourtant bien reconnaissable, qui saura jouer avec vos cordes intérieurs.

Citations :

Tu n’imagines pas
Ma lassitude
Pour ces combats qu’on nous impose
Ces vanités qui nous opposent


Déjà je suis de trop
Et mon coeur s’est enfui…
… je le suivrai bientôt.


Gisant sur mon divan l’esprit anesthésié
Le génie de l’écran s’empare de tout mon être
Tandis qu’autour de moi le temps semble arrêté


Je suis lasse de chagrin et pleine de résignation
Je murmure ton prénom et le vide me renvoie en écho
L’insupportable absence me vidant de mes larmes

Ma note (subjective) : 17/20