Contemporain·Coup de coeur·Drame

Sans jamais te retourner – Tony Perraut

Capture d’écran 2018-06-29 à 17.41.24.pngCaractéristiques : 

  • Auteur – Tony Perraut
  • Editeur – Autoédité
  • Parution – 2018
  • Pages – 54
  • ISBN – 978-1980725237

4ème de couverture :

Sans jamais te retourner, tu vas vivre cette journée.
Tu vas tout donner, tout penser, tout imaginer.
C’est dans cette forêt que tu vas comprendre la solitude,
C’est dans ce bus que tu vas ouvrir ton ressenti,
Mais tu connais l’issue de cette journée,
Tu sais que demain tu ne verras pas le soleil se lever.
Alors fonce gamin, va mourir.

Mon avis : 

Compliqué de parler de cette nouvelle tant elle a pu me marquer, me parler, mais aussi marquer quelque chose d’important.

Encore une fois, Tony Perraut nous en met plein les yeux… mais d’une manière qui diffère de l’habituelle. Dans un univers bien plus réel, bien plus palpable, nous suivons un homme dans sa dernière journée sur terre.

Habituée aux rythmes assez rapides et fous qu’impose l’auteur à ses textes à ses romans, je n’ai que pu être agréablement surprise de découvrir une toute autre facette de son talent littéraire. Un personnage des plus vraisemblable, au coeur de ses pensées et de ses émotions… Une première et une troisième personne qui se confondent et se réunissent, comme pour marquer l’état de perdition de notre personnage sans nom, comme pour le rendre universel : identité perdue sur des sentiments universels… Boom. Touché, comme diraient nos voisins anglophones.

Bien que parlant du sujet très dur qu’est le suicide, Tony Perraut arrive, du haut seulement de ses vingt-et-un ans, à être d’une maturité aussi bien littéraire que mentale hors norme. À la lecture de son dernier roman, Le Cri des Papillons, j’avais senti qu’il était sur le point de passer un cap dans son écriture et son aventure littéraire. Cette nouvelle vient confirmer mes soupçons : le cap a été passé, et pas qu’un peu ! Tony Perraut vient ici, à mon sens, nous vendre de la très bonne littérature qui a mon sens, dépasse et de loin ce qu’à pu faire Stephen King : plusieurs fois j’ai tenté King, avec plusieurs romans différents, dans différents styles, mondes, époques, années de parutions… Mais je n’ai jamais réussi à terminer ne serait-ce qu’une seule nouvelle. Celle de notre Tony, je l’ai dévorée, tout comme ces romans qui ne font que très rarement long feu.

En bref… Bravo. Une nouvelle excellente qui mérite à être lue, lue et relue. Un vrai coup de coeur.

Citations :

– Maman, je veux mourir.
Si seulement elle pouvait l’entendre, le comprendre, le ressentir. Si seulement elle pouvait voir ce poids sur mon coeur lorsque je me lève, lorsque je couche, lorsque je reste toute la journée allongé dans mon lit à pleurer dans l’espoir de faire mourir mon cerveau de désolation. Si seulement je pouvais offrir à cette mère ce qu’elle a toujours voulu, un fils vivant, un fils en vie.


Tu voulais seulement t’envoler, seulement te transformer en oiseau, seulement montrer au monde que tu pouvais mourir dignement en volant, montrer aux autres que l’homme ne peut voler, mais qu’il peut, avant de mourir, avoir encore cet espoir, ce dernier espoir qui pourrait sûrement lui donner envie d’aller mieux, de lui redonner confiance en lui, mais non, la vie est là et elle te rappelle que tu n’es pas un oiseau.

Ma note : 18/20

• Scénario – 3.75/4
• Ecriture/Style – 3.75/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 2/2
• Suspens – 1.25/1.5
• Humour – 0.25/1.5

Drame·Roman/Polar Noir·Thriller

Le cri des papillons – Tony Perraut

Capture d_écran 2018-05-25 à 18.45.45Caractéristiques : 

  • Auteur – Tony Perraut
  • Editeur – Autoédité
  • Parution – 2018
  • Pages – 363
  • ISBN – 978-1973258919

4ème de couverture :

Je suis Myra Porter, à l’âge de 8 ans j’ai été enfermée dans cette cellule suite à la découverte de ma schizophrénie précoce. Quand la séquestration rime avec la maladie, la haine, la violence et le viol, je m’enferme dans mon monde, la cave aux papillons, un monde magique où la violence n’intervient qu’avec le cri, le cri des papillons. « Un papillon ne crie pas, il souffre en silence »

Mon avis : 

Que je suis contente de revenir avec un livre que j’ai aimé et qui m’a vraiment fait voyager, vous ne pouvez pas savoir à quel point !

En effet, parlons un peu du « Cri des Papillons », signé par Tony Perraut, un auteur auto-édité dont j’apprécie tout particulièrement l’univers, mais encore plus sa façon de nous raconter des histoires.

A mon sens, cet opus est le plus travaillé que l’auteur ait pu nous fournir, que ce soit d’un point de vue purement littéraire, que d’un point de vue humain et scénaristique.

Comme à son habitude, Tony Perraut nous plonge dans un univers très sombre, mais aussi déformé par l’esprit malade qui le regarde, et à travers qui nous vivons l’histoire.

De fait, nous suivons sur les 360 pages de ce roman Myra Porter qui, suite à la découverte de sa schizophrénie, vis un véritable enfer. Mais cet enfer est-il réel ? C’est la question que l’on se posera tout au long de la lecture.

Je ne vais pas le cacher, ce roman m’a soufflé. Même si j’ai fini par me douter de la révélation qui allait faire basculer le roman, elle a été ammené d’une manière tellement subtile et percutante à la fois que ça a été un véritable plaisir de la lire.

En plus d’être vraiment très bien écrit, dans un style à la fois fluide, précis et profondément humain, l’auteur a réalisé un très gros travail scénaristique afin de rendre son histoire crédible et prenante. C’est assez frustrant de vous en parler : je ne veux pas vous gâcher la lecture en vous donnant trop de piste !

Ce que je note surtout dans ce texte, c’est la maturité et le cap passé. Je m’explique : j’ai découvert cet auteur il y a quelques temps déjà à travers son premier roman qu’il avait écrit adolescent, puis sur la suite de ce texte. Dans ces deux-là, on sentait déjà une évolution littéraire. Mais dans cet opus-ci, c’est une véritable explosion, avec pas mal de prise de risque. La première ? Faire un personnage féminin torturée et violentée. Peu à pas de fausse note au niveau de son comportement (tout à fait crédible), et ce ne sont pas tous les auteurs masculins qui arrivent à en faire autant, surtout lorsqu’on évoque des thèmes comme la peur, l’amour, et les viols. La seconde, un schéma scénaristique subtil et précis.

Et bien entendu, que serait ce roman sans la magnifique double métaphore qu’il renferme ? Je parle bien entendu de ces beaux papillons bleus. Pendant une grande partie de la narration, je me suis interrogée sur leur sens. Tout du long, je me suis posée des questions, pour que la révélation finale, la scène finale, vienne finalement me donner la réponse. Je vous laisserai le plaisir de la découvrir, la seule remarque que j’aurais à dire dessus : chapeau l’artiste !

En bref, une très bonne lecture qui n’est pas passée loin du coup de coeur, que je ne peux que vous conseiller. Attention cependant : certaines scènes sont très violentes et peuvent heurter la sensibilité de certains lecteurs. À ne pas mettre entre des mains trop sensibles ou innocentes.

Citations :

La réalité a un défaut, celui d’être étroitement liée au rêve. Quand les rêves mènent vicieusement au cauchemar, ça donne des moments horribles.


Ils sont si cruels tous avec leurs pulsions. […] Je sens l’humiliation reprendre le dessus, je sens la culpabilité d’être entrée dans cette maison, je sens cette odeur de soûlard arriver jusqu’à mon nez, je sens ses respirations s’intensifier, je sens ma vie de femme disparaître peu à peu. Les coups qui partent laissant cet homme en extase. Ils sont bien tous pareils avec leurs…

– Leurs pulsions. Dit-il en expirant intensément.


Je suis belle, il paraît. Je ne suis plutôt qu’une bête sexuelle pour lui, une fille qui ne ressent pas d’amour, qui ne cherche rien alors à quoi bon, il faut la violer ! Aller hop, c’est parti. Je voudrais juste exister. Ce n’est pas compliqué. Je veux juste qu’ils puissent comprendre que je suis une femme.


Je dois pourtant partir, partir loin, non pas géographiquement mais mentalement. Je n’ai pas le choix si je veux pouvoir m’en sortir. […] Ce que la femme redoute le plus dans la vie est finalement ma réalité. Je m’ordonne de ne plus pleurer pour avancer. Avancer, avancer jusqu’à tomber en ruine devant tant de délabrements.

Ma note : 17/20

  • Scénario –  4/4
  • Ecriture/Style – 3/4
  • Potentiel d’addiction – 2.75/3
  • Personnage – 2/2
  • Emotions – 1.5/2
  • Originalité/Créativité – 2/2
  • Suspens – 1.5/1.5
  • Humour – 0.25/1.5
Coup de coeur·Drame·Historique·Philosophie/Réflexion

Notre Dame de Paris – Victor Hugo

couv23079227Caractéristiques : 

  • Auteur – Victor Hugo
  • Editeur – Pocket
  • Parution – 1831
  • Pages – 636
  • ISBN – 978-2266240000

4ème de couverture :

Dans le Paris du XVe siècle, une jeune et superbe gitane appelée Esméralda danse sur le parvis de Notre Dame. Sa beauté bouleverse l’archidiacre de Notre-Dame, Claude Frollo, qui tente de l’enlever avec l’aide de son sonneur de cloches, le malformé Quasimodo. Esmeralda est sauvée par une escouade d’archers, commandée par le capitaine de la garde Phoebus de Châteaupers…

Mon avis :

Il faut que je vous recontextualise. Alors que j’étais en pleine insomnie, je trainais sur YouTube, jusqu’aux méandres, et j’ai trouvé une vidéo faisant une comparaison entre la version québécoise et la version française des chansons Disney. Là, le vidéaste fait la comparaison avec une chanson extraite du Bossu de Notre Dame. Forcément, ça m’a donné envie de le revoir. Mais aussi de revoir la comédie musicale (celle de 1999, s’il vous plait)… Et par extension, d’enfin lire le roman d’où tout cela est tiré. Soit, comment lire un classique de la littérature française par l’impulsion d’un Disney.

Plus sérieusement, je me demande encore ce qui a pu me freiner autant de temps. La taille certainement (plus de 630 pages en taille -2… ça refroidit). Mais le résultat est là : je comprends mieux pourquoi Victor Hugo est aussi populaire, et surtout, considéré comme un des plus grands écrivains français. Je préfère prévenir : cette chronique risque d’être longue. Très longue.

Tout d’abord, l’univers. Sans surprise, pas vraiment de fantaisie de ce côté là, nous sommes dans notre univers. Mais l’auteur a réalisé un véritable travail de titan afin de nous offrir la vision du Paris de 1482 la plus précise, mais aussi la plus juste possible, au point que l’on peut élever son texte au rang de roman historique. Nom de rue, description de façade, variante de nom selon la zone et l’époque, courant artistique, modification et reconstruction… Tout y passe. Le détail est notamment apporté aux pièces importantes du puzzle parisien, à savoir la salle du Palais de Justice (utilisée dans les premiers chapitres pour le mystère le jour de la fête des Fous), la cathédrale de Notre Dame, ainsi que la cour des Miracles, et d’autres bâtiments un peu plus annexes. Bien que ce soit les passages que j’ai le moins aimé dans le roman (l’architecture et l’urbanisme surtout, avec moi, ça fait deux), j’ai énormément aimé le souci de l’auteur pour nous plonger le plus justement possible dans ce vieux Paris.

Autre passage qui pourrait poser problème mais que j’ai énormément aimé, sont les passages bien plus philosophiques, voire même de commentaire. Je pense notamment à ce chapitre entièrement dédié à la relation entre architecture et littérature, avec une métaphore filée de l’architecture comme phrase d’avant la littérature imprimée, et la révolution sociale profonde qu’a provoqué l’invention de l’imprimerie par Güttenberg. C’est, à vrai dire, dans ce chapitre que j’ai perçu pour la première fois le génie de Victor Hugo.

Chose particulièrement appréciable est le souci apporté aux personnages. Tous les personnages. Du plus insignifiant au plus important, en passant par les personnages secondaires. De fait, on s’attache assez vite à tous, de manière très forte malgré les pulsions qu’il nous font avoir (pitié, dégoût, envie, émerveillement…). De manière générale, ils ont tous au minimum un chapitre – plus ou moins imposant, ils n’ont pas tous des chapitres de 30 pages – afin de bien les introduire et les approfondir par la suite. C’est comme ça que j’ai fini par mépriser Phoebus, avoir envie de baffer Esmeralda, et aimer Claude Frollo, au point d’en faire mon personnage favoris du roman. Tout est en nuance, en évolution… Les personnages ne sont pas figés, ils sont tous en constant mouvement tant physique que psychologique, et c’est un diamant à voir et à lire. Sans compter tous les chapitres descriptifs sur ce qu’ils aiment et les animent, permettant de les rapprocher encore plus de nous.

Et là, je vous entends venir : et l’histoire alors ? Et bien l’histoire n’est pas diamant, mais bien plus que ça. Une pure serendibite (une pierre bien plus précieuse et cher qu’un diamant au charme bien plus complexe). Si je devais la résumé en un seul mot, je ne dirai pas amour, je ne dirai pas tragédie, mais je dirai bien pire que cela : fatalité. Le roman est divisé en deux parties. Une première, plus introductive et narrative qui prépare le terrain à la Fortune et à la Fatalité, et une seconde, qui laisse la Fatalité prendre une forme presque humaine tant elle est cruelle et froide. Dans une première partie, on se focalise sur un personnage et une rumeur qui nous semble inutile, mais qui vient nous arracher le coeur et quelques larmes, quelques chapitres avant la fin. On nous fait un portrait élogieux et irréprochable de notre archidiacre Frollo pour mieux le démonter et le détruire sous tous les aspects possibles durant tout le roman. Du génie. Il n’y a pas d’autres mots pour désigner cela.

Ajoutons à cela la montée en puissance tant du rythme que de la Fatalité au fur et à mesure que les pages se tournent, les envolées lyriques, les discours et monologues enflammés à vous en donner envie de les dire à haute-voix, de non pas les lire, mais les jouer et les vivre… On abouti à un roman complet, complexe, qui est un véritable bijoux malgré les quelques passages plus techniques.

Autre petit détail qui m’a beaucoup surprise : l’humour. Même dans les moments les plus tragiques, à travers certains personnages (notamment celui de Gringoire et de Djali), l’auteur arrive à insérer des doses d’humours succulentes et tordantes, à la limite de l’humour anglais, qui viennent faire du bien et sourire.

Même si j’en meurt d’envie, je vous parlerai pas plus en avant des caractères de Phoebus, Frollo Esmeralda, tout simplement parce que je vous spoilerai, et que je m’en voudrais éternellement de vous spoiler un tel chef-d’oeuvre. Mais je vous ferai – je pense – sur mon blog secondaire (ou bien sur celui-ci je ne sais pas encore) un article comparatif entre le roman, le Disney et la comédie musicale.

En bref, un chef-d’oeuvre, une perle, un diamant, une serendibite à l’état pur, qui mérite d’être lu et apprécié. Un véritable coup de coeur comme on en a rarement.

Citations :

– Cela suffit, reprit Trouillefou sans le laisser achever. Tu vas être pendu. Chose toute simple, messieurs les honnêtes bourgeois ! comme vous traitez les nôtres chez vous, nous traitons les vôtres chez nous. La loi que vous faites aux truands, les truands vous la font. C’est votre faute si elle est méchante.


– Savez-vous ce que c’est que l’amitié ? demanda-t-il.
– Oui, répondit l’égyptienne. C’est être frère et soeur, deux âmes qui se touchent sans se confondre, les deux doigts de la main.
– Et l’amour ? poursuivit Gringoire.
– Oh ! l’amour ! dit-elle, et sa voix tremblait, et son oeil rayonnait. C’est être deux et n’être qu’un. Un homme et une femme qui se fondent en un ange. C’est le ciel.


Il s’aperçut qu’il y avait autre chose dans le monde que les spéculations de la Sorbonne et les vers d’Homère, que l’homme avait besoin d’affections, que la vie sans tendresse et sans amour n’était qu’un rouage sec, criard et déchirant.


Alors commença entre le médecin et l’archidiacre un de ces prologues congratulateurs qui précédaient à cette époque, selon l’usage, toute conversation entre savants et qui ne les empêchaient pas de se détester le plus cordialement du monde. Au reste, il en est encore de même aujourd’hui, toute bouche de savant qui complimente un autre savant est un vase de fiel emmiellé.


– […] Votre tête est bien grise ! On ne sort de la caverne qu’avec des cheveux blancs, mais on n’y entre qu’avec des cheveux noirs. La science sait bien toute seule creuser, flétrir et dessécher les faces humaines.


– Hélas ! Hélas ! les petites choses viennent à bout des grandes ; une dent triomphe d’une masse. Le rat du Nil tue le crocodile, l’espadon tue la baleine, le livre tuera l’édifice !


Sous ce rapport, la vague formule de l’archidiacre avait un second sens ; elle signifiait qu’un art allait détrôner un autre art. Elle voulait dire : L’imprimerie tuera l’architecture.


On retrouvera sur les trois soeurs aînées, l’architecture hindoue, l’architecture égyptienne, l’architecture romane, le même symbole : c’est-à-dire la théocratie, la caste, l’unité, le dogme, le mythe, Dieu ; et pour les soeurs cadettes, l’architecture phénicienne, l’architecture grecque, l’architecture gothique, quelle que soit du reste la diversité de forme inhérente à leur nature, la même signification aussi : c’est-à-dire la liberté, le peuple, l’homme.


De gauloise, d’européenne, d’indigène, elle devient grecque et romaine, de vraie et de moderne, pseudo-antique. C’est cette décadence qu’on appelle renaissance.


Cependant, du moment où l’architecture n’est plus qu’un art comme un autre, dès qu’elle n’est plus l’art total, l’art souverain, l’art tyran, elle n’a plus la force de retenir les autres arts. Ils s’émancipent donc, brisent le joug de l’architecte, et s’en vont chacun de leur côté. Chacun d’eux gagne à ce divorce. L’isolement grandit tout. La sculpture devient statuaire, l’imagerie devient peinture, le canon devient musique.


Ainsi, pour résumer ce que nous avons dit jusqu’ici d’une façon nécessairement incomplète et tronquée, le genre humain a deux livres, deux registres, deux testaments, la maçonnerie et l’imprimerie, la bible de pierre et la bible de papier. Sans doute, quand on contemple ces deux bibles si largement ouvertes dans les siècles, il est permis de regretter la majesté visible de l’écriture de granit, ces gigantesques alphabets formulés en colonnades, en pylônes, en obélisques, ces espèces de montagnes humaines qui couvrent le monde et le passé depuis la pyramide jusqu’au clocher, de Chéops à Strasbourg. Il faut relire le passé sur ces pages de marbre. Il faut admirer et refeuilleter sans cesse le livre écrit par l’architecture ; mais il ne faut pas nier la grandeur de l’édifice qu’élève à son tour l’imprimerie.


Où les femmes sont honorées, les divinités sont réjouies ; où elles sont méprisées, il est inutile de prier Dieu. La bouche d’une femme est constamment pure ; c’est une eau courante, c’est un rayon de soleil. Le nom d’une femme doit être agréable, doux, imaginaire ; finir par des voyelles longues, et ressembler à des mots de bénédictions.


– Ah çà, cria l’écolier en regardant tour à tour son frère et les alambics du fourneau, tout est donc cornu ici, les idées et les bouteilles !
– Jehan, vous êtes sur une pente bien glissante. Savez-vous où vous allez ?
– Au cabaret, dit Jehan.
– Le cabaret mène au pilori.
– C’est une lanterne comme une autre, et c’est peut-être avec celle-là que Diogène eût trouvé son homme.
– Le pilori mène à la potence.
– La potence est une balance qui a un homme à un bout et toute la terre à l’autre. Il est beau d’être l’homme.
– La potence mène à l’enfer.
– C’est un gros feu.
– Jehan, Jehan, la fin sera mauvaise.
– Le commencement aura été bon.


– S’il plaît à messieurs, nous procéderons à l’interrogatoire de la chèvre.


Pierrat tourna la poignée du cric, le brodequin se resserra, et la malheureuse poussa un de ces horribles cris qui n’ont d’orthographe dans aucune langue humaine.


– Oh ! misérable ! qui êtes-vous ? que vous ai-je fait ? vous me haïssez donc bien ? Hélas ! qu’avez-vous contre moi ?
– Je t’aime ! cria le prêtre.
Ses larmes s’arrêtèrent subitement. Elle le regarda avec un regard d’idiot. Lui était tombé à genoux et la couvait d’un oeil de flamme.
– Entends-tu ? je t’aime ! cria-t-il encore.
– Quel amour ! dit la malheureuse en frémissant.
Il reprit :
– L’amour d’un damné.


– Oh ! dit le prêtre, jeune fille, aie pitié de moi ! Tu te crois malheureuse, hélas ! hélas ! tu ne sais pas ce que c’est que le malheur. Oh ! aimer une femme ! être prêtre ! être haï ! l’aimer de toutes les fureurs de son âme, sentir qu’on donnerait pour le moindre de ses sourires sont sang, ses entrailles, sa renommée, son salut, l’immortalité et l’éternité, cette vie et l’autre ; regretter de ne pas êtres roi, génie, empereur, archange, dieu, pour lui mettre un plus grand esclave sous les pieds ; l’étreindre nuit et jour de ses rêves et de ses pensées ; et la voir amoureuse d’une livrée de soldat !

Putain, que c’est beau.


– […] Grâce ! si tu viens de l’enfer, j’y vais avec toi. J’ai tout fait pour cela. L’enfer où tu seras, c’est mon paradis, ta vue est plus charmante que celle de Dieu !


La malheureuse s’était jetée sur ce soulier, sa consolation et son désespoir depuis tant d’années, et ses entrailles se déchiraient en sanglots comme le premier jours. Car pour une mère qui a perdu son enfant, c’est toujours le premier jour. Cette douleur-là ne vieillit pas. Les habits de deuil ont beau s’user et blanchir : le coeur reste noir.

Il aura malheureusement l’occasion de vivre cette expérience en 1843, lors de la mort de fille Léopoldine.


C’est que l’amour est comme un arbre, il pousse de lui-même, jette profondément ses racines dans tout notre être, et continue souvent de verdoyer sur un coeur en ruines.

Ma note : 18.75/20

• Scénario – 4/4
• Ecriture/Style – 4/4
• Potentiel d’addiction – 2.5/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 2/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.75/1.5

Coup de coeur·Drame·Roman/Polar Noir·Thriller

Transe – M.I.A.

cover-748.jpgCaractéristiques : 

  • Auteur – M.I.A.
  • Éditeur – Hélène Jacob
  • Parution – 2017
  • Pages – 490
  • ISBN – 978-2370115720

4ème de couverture :

Vous vous réveillez, le corps couvert de sang et l’esprit confus, dans un bâtiment abandonné, aux fenêtres condamnées et aux issues verrouillées.
Pourquoi vous trouvez-vous ici, quel est cet endroit et comment vous en échapper ?
Un ennemi invisible, qui semble rôder à proximité, vous laisse des messages et des indices mystérieux, en rapport avec votre passé. Pour survivre et comprendre les raisons de votre enlèvement, vous devez franchir les nombreuses zones qui vous séparent de la sortie, tout en élucidant les énigmes placées sur votre chemin.
À la frontière du roman et du jeu de rôle, « Transe » est un thriller où vos décisions influencent le déroulement de l’histoire et sa conclusion.
Parviendrez-vous à atteindre la dernière porte ?

Mon avis :

Vous connaissez mon amour pour les thrillers psychologiques. Vous savez que j’aime me mettre dans la peau des personnages qui rythment les romans. Alors imaginez ma joie quand on m’a proposé à la lecture ce roman dont vous êtes le héros… version adulte, en thriller psychologique. C’est un coup de coeur, et pas des moindres !

J’avoue, j’avais quelques réticences au départ. La seule expérience que j’ai jamais eu avec les livres de ce style était les livres dont on était le héros, mais que je lisais pour l’école en primaire, où pour avancer de chapitre en chapitre, il fallait résoudre des problèmes de maths ou de français… Autant dire que je ne savais pas trop à quelle sauce j’allais être mangée, aussi bien par le concept que par l’auteur.

Dès le départ, on est plongé dans une ambiance quelque peu angoissante : réveil au milieu d’un lieu qui nous est inconnu, délabré, sans se rappeler de rien, les vêtements ensanglantés d’une hémoglobine qui ne nous appartient pas. Joyeux n’est-ce pas ?
Au fil de nos décision, nous découvrons quel est ce lieu, les histoires qui y sont liées, et en quelque sorte aussi, la notre – enfin de Lindsay, notre projection dans le roman -.

Je ne saurais dire ce que j’ai ressenti pendant ma lecture, à part de l’étonnement, et une surprise très agréable. Le départ a été un peu laborieux pour moi qui n’ai pas l’habitude de ce type de roman à choix, mais très vite, j’ai été prise dans une spirale qui m’a littéralement empêchée de détourner mon attention du livre. J’avoue, en commençant ma lecture, je comptais m’arrêter dès ma première mort – me connaissant, je savais que ça risquait d’arriver -. Mais à ma première mort, je n’ai pas pu m’empêcher de rebrousser chemin, et de m’escagasser pendant près d’une heure à trouver la meilleure fin – après deux ou trois morts, certes, mais j’ai quand même réussi ! -.

Et là où le roman m’a surprise, c’est par sa cohérence et sa fluidité. J’avais peur que les raccords entre les chapitres ne soient pas tous parfaitement fluides – oui, selon le choix que l’on fait, cela impliquait une certaine suite, et j’avais peur d’avoir des faux raccords -, et ce ne fut absolument pas le cas : tout coulait de source. J’avais peur d’avoir un style bâclé, ou du moins peu travaillé, et ce ne fut absolument pas le cas, bien au contraire ! Riche, fluide, agréable à lire et très prenant, il nous plonge merveilleusement bien dans l’intrigue et l’ambiance pesante et horrifique de ce monde.

En bref, un roman excellent, qui est une très bonne mise en jambe dans l’univers des livres dont on est le héros, qui saura ravir à la fois les amateurs comme les habitués du genre !

Citations :

La police ne sert à rien. Tout est fait pour que la victime ait l’air coupable. Quand je serai morte, ils diront que c’est dommage, mais qu’ils ne pouvaient rien faire avant. Parce qu’il se débrouille pour ne jamais laisser de marques. Parce qu’il n’y a pas de preuve. Juste ma parole. Et ça ne suffit pas.

Malheureux, mais vrai…

Ma note : 18.25/20

• Scénario – 4/4
• Ecriture/Style – 3.5/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 2/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.25/1.5

Contemporain·Coup de coeur·Drame·Philosophie/Réflexion·Thriller

Je sais où tu es – Claire Kendal

couv60403836.jpgCaractéristiques : 

  • Auteur – Claire Kendal
  • Editeur – France Loisir
  • Parution – 2015
  • Pages – 410
  • ISBN – 978-2226322838

4ème de couverture :

Un matin, Clarissa se réveille dans le lit d’un collègue, sans aucun souvenir de ce qui l’a menée là. Bientôt cet homme fait de sa vie un cauchemar. Espionnée, traquée, harcelée, Clarissa doit faire face à une obsession toujours plus menaçante. Saura-t-elle s’en échapper avant qu’il ne soit trop tard ?

Mon avis : 

Cela fait un moment maintenant que j’ai lu ce roman, et pourtant, quand je revois sa couverture et que les souvenirs remontent, je suis toujours aussi glacée parce la vraisemblance de l’intrigue, et surtout des situations et ressentis dépeints. Un coup de coeur pour un texte féministe qui traite d’un sujet encore tabou, et pourtant bien trop réel.

Ce roman suit une double trame : on suit à la fois Clarissa dans sa vie personnelle de jeune femme harcelée par un homme, ainsi que Clarisse dans son exercice de jury lors d’un procès pour viol et séquestration. Dans les deux cas, on n’en ressort pas indemne. Ça ne réveille pas toujours les mêmes émotions en nous : tantôt la peur, tantôt le dégoût… Ce livre a un réel potentiel d’ouverture, en cela qui peut permettre à un lectorat plutôt masculin de mieux appréhender le harcèlement de rue et le harcèlement sexuel ; mais aussi de faire écho auprès d’un lectorat féminin.

Dans les deux cas de figure (l’aspect procès et l’aspect vie personnelle de l’héroïne), je me suis sentie concernée : ces deux intrigues sont les faces d’une même médaille qu’est le harcèlement et l’objectivation des femmes. Mais le plus dur a été de lire le ressenti que pouvait avoir et que Clarissa avait, mais aussi de voir que les réactions des hommes et des autorités dans ce roman correspondent que trop bien à notre réalité.

Je ne vous cache pas que ce roman a été très dur à lire, entre mon hypersensibilité, et le fait de lire des situations que je peux vivre au quotidien…Ce n’a pas été une lecture facile, mais oh combien enrichissante et engagée. Sans le crier sur les toits, ce roman est une pépite qui, vulgairement dit, remet les barres sur les T et les points sur les i.
Effectivement, l’auteur n’hésite pas, à l’aide d’une plume agréable et fluide, de pointer du doigt des choses encore trop peu considérées : le harcèlement de rue, le harcèlement sexuel, l’objectivation des femmes, le sentiment que tout est dû (d’un point de vue sexuel) aux hommes de part leur sexe, la défaillance du système judiciaire dans les affaires d’harcèlement et de viol… Et c’est en ça que c’est un livre excellent : il montre de A, à Z, les cause, les conséquences, et surtout, les répercutions physiques et morales présentes chez les victimes.

En bref, un livre tabou, dur, glaçant, mais nécessaire. Un vrai coup de coeur.

Citations :

Les accusés disent nibards. Rowena dit nichons. Moi, je dis seins. Je ne sais pas ce toi tu dis. Je ne veux pas le savoir. Ce que je sais par contre, c’est ce que ces différences comptent.


Par où commencer pour démontrer la folie de ta lettre ? Tu n’entends donc pas ce que je te répète – non, non, et encore non – encore et encore ? Je crois qu’il t’est impossible de comprendre ; tu es prisonnier d’une forme délirante de raisonnement décalé, de sincérité terrifiante même.
As-tu inspecté mes CD et mes DVD quand tu étais chez moi ? Parce que tu as raison : j’adore ce ballet. Par contre je le détesterais à un point dont tu n’as pas idée si je devais le voir avec toi. De la part d’un autre homme, le geste aurait pu être romantique. Mais pas de ta part à toi. De la part de celui qui a utilisé ma plus vieille amie et l’a retournée contre moi. Venant de toi, ces billets sont une agression, pas un cadeau.


S’il y avait bien une chose que montraient ces peintures et poèmes romantiques, c’était le danger d’un vrai regard direct et décidé.

Ma note : 18.5/20

• Scénario – 4/4
• Ecriture/Style – 3.75/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 2/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.25/1.5

Contemporain·Drame·Roman/Polar Noir·Thriller

ALIENOR, l’origine de toutes les haines – Aurélien Grall

cover-203.jpgCaractéristiques : 

  • Auteur – Aurélien Grall
  • Éditeur – Autoédité
  • Parution – 2014
  • Pages – 295
  • ISBN – 978-1520121062

4ème de couverture :

Alexia est encore petite fille lorsque des inconnus l’arrachent à sa famille pour la conduire dans une école privée, l’Académie Aliénor d’Aquitaine.

Le pensionnat d’élite est censé lui promettre le plus brillant des avenirs, bien loin de la misère qui l’a vue naître.

Mais les choses ne se passent pas comme prévu et la petite prend progressivement conscience, en compagnie de ses deux amies, Jade et Clarisse, qu’elles sont promises à de beaucoup plus sombres desseins…

Mon avis : 

De retour avec une lecture issue de l’auto-édition, ALIENOR aurait pu être un roman explosif aux intrigues fortes et complexes. Mais c’est un goût de frustration qu’il me laisse sur la langue.

Vous l’aurez compris, je suis assez mitigée sur ce roman. En effet, il y a des choses qui m’ont complètement emballées, et d’autres qui au contraire, m’ont plutôt refroidie.

Le premier défaut que j’y trouve, c’est un résumé qui ne correspond pas au contenu. Un résumé très – trop – évasif, et une mise en bouche dans un premier chapitre qui laisse sous entendre beaucoup de chose bien croustillante. Je n’avais qu’une seule hâte, me plonger à l’intérieur et voir comme l’auteur allait réussir à mener son plan à bien.
Sauf que cet espoir que j’avais est resté, au final, vain : nous avons un premier chapitre qui nous promet une suite toute en finesse, subtilité et manigance… Pour nous retrouver au final avec des explosions, des armes et des coups de feu partout. Je m’attendais à voir des jeunes femmes manipulant les hommes politiques, et grands du monde, afin de ramener la paix… Et au lieu de cela, j’ai eu des soldats assoiffées de sang, de véritable machine à tuer, qui exécutent des missions.
Sur le fond, je n’ai rien contre ce genre de roman. Ce qui me chiffonne plus, c’est d’avoir eu l’espoir d’un certain roman, que le premier chapitre nous vend allègrement, pour au final avoir son opposé. Un mauvais point donc, puisque je ressors frustrée et en quelque sorte, déçue.

Autre point qui m’a dérangé : le style. En plus de ne pas le trouver des plus réguliers – tantôt très voire trop simpliste, tantôt bien trop alambiqué à mon goût -, je l’ai trouvé relativement terne, pour ne pas dire creux. Les émotions que j’ai pu ressentir étaient plus lié à ma sensibilité de lectrice qu’au pouvoir des mots employés. Et je trouve cela d’autant plus dommage que l’histoire était une véritable mine d’or à exploiter.

La dernière chose qui m’a dérangé a été le rythme du roman. Je l’ai trouvé un peu trop linéaire, et sans véritable variations qui auraient pu donner à l’oeuvre une dimension plus angoissante ou plus effréné pour les moments d’actions pures. Certains passages (notamment celui du passage des épreuves de la course d’obstacle) revient bien trop souvent et vient très vite lasser, tout comme je n’ai pas eu l’impression d’avoir eu de pause narrative, ou d’accélération.

Un style peu adapté, un rythme mal maîtrisé, des espoirs non satisfaits… Ce roman aurait pu être un flop total, s’il n’avait pas eu son plus gros point fort : son originalité.

Même s’il aurait mérité plus de travail de relecture, de ré-écriture et un potentiel suivi éditorial pour le mener au plus haut de son potentiel, je retiens surtout le potentiel qu’il contient, et ce qu’il pourra devenir avec du travail et des années supplémentaires. Parce que les idées sont bonnes, et elles sont là. Il ne manque plus qu’une meilleure mise en page.
J’ai bien une certitude quant à cet auteur et à ce roman : les deux, une fois mûrs et à point, seront de vraies pépites. Le roman est sorti en 2014, et je suis certaine que l’auteur n’a pu que s’améliorer depuis.

En bref, si vous êtes amoureux d’actions et d’intrigue rapides, foncez !

Citations :


Pas de relevé !

Ma note : 12.5/20

• Scénario – 3.25/4
• Ecriture/Style – 2/4
• Potentiel d’addiction – 2/3
• Personnage – 0.75/2
• Emotions – 1/2
• Originalité/Créativité – 1.75/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.25/1.5

Coup de coeur·Drame·Roman/Polar Noir·Thriller

Les Morsures de l’ombre – Karine Giebel

couv40602255.jpgCaractéristiques : 

  • Auteur – Karine Giebel
  • Editeur – Pocket
  • Parution – 2007
  • Pages – 300
  • ISBN – 978-2266181365

4ème de couverture :

Elle est belle, attirante, disponible. Il n’a pas hésité à la suivre pour prendre un dernier verre. A présent il est seul, dans une cave, enfermé dans une cage. Isolé. Sa seule compagnie ? Sa séductrice et son bourreau. Et elle a décidé de faire durer son plaisir très longtemps. De le faire souffrir lentement. Pourquoi lui ? Dans ce bras de fer rien n’est dû au hasard. Et la frontière entre tortionnaire et victime est bien mince…

Mon avis :

Depuis que je suis sur la blogo, vous le savez, je suis une grande fan de Karine Giebel, et des thrillers psychologiques de manière plus générale. Je peux vous dire que c’est un coup de coeur !

Beaucoup plus court que Purgatoire des innocents, on peut se dire – naïfs que nous sommes… – qu’il sera peut être plus soft. Et bien non. Si Purgatoire des innocents tire justement sa force de sa longueur et de ce sentiment d’attente insoutenable, Les Morsures de l’ombre fait de sa brièveté sa clé de voute. Fort de seulement 300 petites pages, Karine Giebel arrive encore une fois à nous glacer le sang, de part à la fois le récit en lui même, mais aussi par son rythme.

En effet, on va suivre tout au long du roman Benoit, policier de métier, subir une séquestration. Son bourreau ? Une femme.
Les personnages, tous très complexes et complet, permettre à l’intrigue et aux sentiments de prendre beaucoup plus de place : on développe une véritable empathie pour la majorité des personnages, au point qu’il est impossible de savoir qui on déteste, qui on aime, et de qui on a pitié.
Entre lutte pour la vie, contre cette femme, mais aussi lutte contre lui-même et contre la folie qui le gagne, on se laisse emporter dans ce tourbillon de noirceur qui se déroule sur les lignes qui noircissent ces pages assassines.

Je parlais du rythme précédemment. À nouveau, Karine Giebel montre son talent en en jouant de manière extrêmement vicieuse. Un début relativement lent, posé, qui stagne même pendant un temps… Avant une brutale accélération : de 0 à 200km en moins d’une ligne. Et là, c’est le rush. Ce thriller déjà monstrueusement addictif se transforme en véritable page-turner, une course contre la montre. Mais la montre gagnera-t-elle ?

En bref, un thriller noir, puissant, captivant et intense qui ravira les adeptes du genre, et sanglera d’effroi les non initiés.

Citations :

– Si je peux… Être amputée de la moitié de soi, c’est bien plus terrible que la mort, crois-moi…


On s’habitue à tout. Ou presque. Benoît s’enfonce lentement dans une sorte de marécage vaseux. Plus on s’agite, plus vite on coule, paraît-il. Alors, il bouge le moins possible. Une technique comme une autre.


Vivre avec la peur chevillée au corps, vingt-quatre heure sur vingt-quatre, tel est son terrible sort, à présent. Le sort de tous ceux qui se retrouvent à la merci d’un autre.


Il ne s’était pas trompé. Mieux qu’une armada de caméras de surveillance : une mamie postée derrière une fenêtre !

Ma note : 18.5/20

• Scénario – 4/4
• Ecriture/Style – 3.75/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 2/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.25/1.5