Ce qui ne peut être évité, il faut l’embrasser. – William Shakespeare

Il était une fois, une jeune femme que la vie malmenait. Enfin, ça, c’était l’impression qu’elle avait. Si vous lui posiez la question, elle vous répondrait volontiers qu’elle servait de punching-ball à l’Univers.

Il n’arrivait que des malheurs à cette jeune femme. Quoi qu’elle fasse, les mêmes choses finissaient par arrivées. Son conjoint l’abandonnait, ses amies s’éloignaient… Que passent les jours et les années, elle se plaignait de subir les conséquences de schémas qu’elle mettait elle-même en place. 

Inlassablement, la Douleur revenait. Mais la jeune femme ne voulait pas la voir. Surtout pas ! La voir, accepter sa présence, reviendrait à accepter qu’elle eût échoué. Cela reviendrait à la rendre réelle, cette Douleur qui lui pinçait les flancs. 

Puisqu’elle se voulait aveugle sans pouvoir le devenir, la jeune femme se faisait borgne. Elle apercevait sa Douleur, mais la reniait. Jamais elle ne passerait le seuil de sa maison. Le seuil de sa chambre. Le seuil de ses draps. Le seuil de son cœur. Et pourtant, elle demeurait là, dans l’ombre. Elle luttait contre sa Douleur, sans arme et sans force, debout encore seulement par la hargne qui habitait sa volonté. 

Mais le constat était toujours le même : elle cherchait à éviter ce qu’elle ne pouvait esquiver. 

Puis un jour, la jeune femme se réveilla, et regarda son reflet dans le miroir. Elle n’y vit qu’un fantôme. Elle contempla ses mains vides, son sourire terne et ses cheveux broussailleux. 

Alors, une étincelle s’alluma dans ses yeux. 

Plus question de fuir. Plus question de parade. Ce qu’elle avait relégué aux ombres, elles allaient les affronter. Ce qu’elle avait tant tenu à oublier, elle allait s’y confronter. 

La jeune femme s’apprêta pour son amante d’un jour, si longtemps dénigrée. Aujourd’hui, elle allait offrir un beau cadeau à sa Douleur : son amour. Avec le bouquet de roses, les chocolats et le dîner aux chandelles. Toute la journée durant, elle prépara son rendez-vous. 

Le soir venu, elle ouvrit la porte de son appartement. Le bruit métallique du loquet retentit à la fermeture. Les talons s’échouèrent sur le chambranle de bois, tandis que les enceintes grésillaient en attente de son. Doucement, une mélodie dynamique et percutante envahit la pièce.

La jeune femme se tenait droite, la tête haute, face à sa Douleur vêtue de noir… et elle écarta les bras. Offerte, la Douleur se réfugia dans le creux de sa poitrine. Elle s’y pelotonna comme un chaton se colle à sa mère… si fort, qu’elle finit par la pénétrer. 

La jeune femme s’allongea, prise d’un sanglot déchirant. Tout ce qu’elle avait mis de côté revenait. Tout ce qu’elle avait veillé à oublier remontait à la surface de sa conscience. Toute cette souffrance qu’elle avait tant tenu à garder loin, elle l’accueillait maintenant. 

L’espace de quelques minutes, elle s’abandonna complètement à ses émotions à la manière d’un bateau s’abandonnant à la houle. Elle acceptait ces ressentis et ses mauvaises pensées. Elle les regardait, les choyait, leur donnait l’attention dont elles avaient tant besoin… 

Puis, comme calmé, son tumulte intérieur finit par la quitter progressivement. L’étreinte lascive et passionnée entre elle et sa Douleur prenait fin. Cet acte d’amour, cette embrassade psychique se couchait avec le soleil. 

La jeune femme resta quelques instants sur le sol de son salon, la moitié du dos sur un tapis, l’autre moitié sur le parquet. Elle venait de comprendre une chose essentielle. Deux même. 

Si on ne peut éviter, accepter avec bienveillance est ce qu’il y a de mieux à faire. 

L’Amour est la clef. 

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