Charlotte – David Foenkinos

Caractéristiques : 

  • Auteur – David Foenkinos
  • Éditeur – Folio
  • Parution – 2016
  • Pages – 256
  • ISBN – 978-2070469239

4ème de couverture : 

Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu’elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d’une œuvre picturale autobiographique d’une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en lui disant : «C’est toute ma vie.» Portrait saisissant d’une femme exceptionnelle, évocation d’un destin tragique, Charlotte est aussi le récit d’une quête. Celle d’un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche.

Mon avis :

Un joyaux de littérature, accessible à tous, avec une forme aussi originale que puissante. C’est le constat que je fais après ma lecture de ce petit roman historique, profondément humain. 

Charlotte, qu’est-ce que c’est, et bien plus encore, qui est-ce ? Il faut savoir que ce roman est loin d’être une fiction, mais plutôt une biographie romancée (dans le sens de mise en roman et non pas en biographie plate et insipide). Tout le long du roman, nous suivons la vie et les déboires de Charlotte Salomon, peintre juive allemande au destin tragique.

Notre intrigue se place dans un contexte d’entre-deux-guerres et de seconde guerre mondiale, avec toutes les horreurs qu’elle a pu porter. 

Ce roman est une bombe atomique, tant sur le plan historique, qu’humain et littéraire. 

David Foenkinos ne s’est pas seulement contenté de relater des faits historiques concernant cette figure éminente de l’art expressionniste, il a mené une véritable enquête de terrain afin de relater les faits les plus justes possibles, de se mettre le plus possible à la place de Charlotte… Un véritable bijoux. Grâce à ses démarches, l’auteur arrive à re-créer cette ambiance si particulière et asphyxiante de cette période, sans pour autant tomber dans la facilité du drama et du pathos insupportable. La justesse historique pour le respect et la mémoire. On suit la montée de nazisme, et ses répercutions concrètes sur les populations avec une précision à faire froid dans le dos. La douleur qu’ils ressentent, nous la ressentons, comme si elle avait traversé les années et les époques pour venir nous toucher en plein coeur.

Parallèlement à cette prouesse historique, David Foenkinos nous livre bien plus qu’une simple biographie. Il nous livre un morceau d’humanité. Il ne se contente pas de décrire la vie de la peintre, il pose un véritable cadre. Famille, amis, scolarité, amour, sexualité… Il ne nous offre pas une vie, il nous offre un bout d’humanité au milieu de l’horreur. De part la forme qu’il a choisit, les émotions se transmettent avec une facilité et une intensité folle, nous laissant nous, lecteurs, pantois et étourdis par tant d’informations et de sentiments. Une vraie claque comme ça faisait longtemps qu’un livre ne m’en avait pas mise. 

Mais en dehors de ces deux prouesses-là, je salue bien plus encore la prouesse littéraire qu’est ce roman. À mi-chemin entre la prose et la poésie, le roman est écrit en vers, libres pour la plupart. Plus passionnant encore : entre-mêlée, l’auteur nous livre l’histoire de son roman, sa genèse. Il nous offre, au milieu de certaines actions de la vie de Charlotte, des anecdotes sur ses recherches, les personnes qu’il a interrogées, comment il a écrit le livre, les difficultés qu’il a rencontré et, comble de la jouissance, la justification de la forme employée pour écrire. 

Ce roman est au plus proche de la perfection pour ne pas dire qu’il y est déjà. Il a su faire vibrer plusieurs cordes en moi, me laissant dans un état de contemplation assez poussé. Ce sentiment d’avoir terminé un roman excellent, parfait… Cette impression d’avoir fermé la porte d’un monde, d’avoir été sorti d’une bulle… C’est ce que j’ai ressenti en fermant ce roman. Un coup de coeur comme ça faisait longtemps que je n’en avais pas eu. 

En bref, une perle de littérature, d’histoire et d’humanité, qui saura se frayer un chemin qu’au plus profond de votre être. 

Citations : 

Malgré sa réussite sociale et tout le fric qu’il a engrangé.

Malgré le nombre de vies qu’il a sauvées.

Malgré tous ces gens qu’il a soulagés.

Il ne sait pas vraiment qui il est.

Un monstre, peut-être.

Un homme, sans doute.

Face aux incohérences maternelles, Charlotte est docile.

Elle apprivoise sa mélancolie.

Est-ce ainsi qu’on devient artiste ?

En s’accoutumant à la folie des autres ? 

Albert tente de rassurer sa fille comme il le peut.

Mais existent-ils, ces mots qui atténuent la haine des autres ? 

Charlotte se replie davantage.

Elle ne cesse de lire, rêve de moins en moins.

C’est à cette période que le dessin entre dans sa vie.

La passion de la Renaissance lui permet de quitter son époque.

Il y a des théories sur le rangement des livres. 

Notamment celle du bon voisinage.

Le livre que l’on cherche n’est pas forcément celui que l’on doit lire.

Il faut regarder celui d’à côté.

J’ai cité ou évoqué Charlotte dans plusieurs de mes romans.

j’ai tenté d’écrire ce livre tant de fois.

Mais comment ? 

Devais-je être présent ? 

Devais-je romancer son histoire ?

Quelle forme mon obsession devait-elle prendre ? 

Je commençais, j’essayais, puis j’abandonnais.

Je n’arrivais pas à écrire deux phrases de suite.

Je me sentais à l’arrêt à chaque point.

Impossible d’avancer.

C’était une sensation physique, une oppression.

J’éprouvais le nécessité d’aller à la ligne pour respirer.

Alors, j’ai compris qu’il fallait l’écrire ainsi.

Plus que jamais la musique et la vie sont liées.

C’est ainsi qu’Alfred s’est jeté dans le chant : pour survivre.

Comme on se jette à l’eau pour mourrir.

Albert se positionne au milieu de la lignée d’hommes dignes.

Oui, ils sont dignes.

On sent la volonté de ne pas offrir en plus du reste sa douleur.

C’est la seule chose que l’on peut conserver.

Quand on n’a plus rien.

L’envie de se tenir droit. 

Dans une lettre, elle écrira ces mots de conclusion : 

J’étais tous les personnages dans ma pièce.

J’ai appris à emprunter tous les chemins.

Et ainsi, je suis devenue moi-même.

Il faut une lumière éclatante pour mourir

Est-ce pour cela qu’on s’embrasse ? 

Pour arrêter le silence ? 

Ma note : 18.5/20

  • Scénario –  4/4
  • Ecriture/Style – 4/4
  • Potentiel d’addiction – 3/3
  • Personnage – 2/2
  • Emotions – 2/2
  • Originalité/Créativité – 2/2
  • Suspens – 1.5/1.5
  • Humour – 0.25/1.5

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Usva K. dit :

    J’avais aussi été extrêmement bouleversée lors de ma lecture, c’est effectivement une perle ! ❤

    J'aime

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