Gingo – Sarah Cohen-Scali

couv18318682.jpgCaractéristiques :

  • Auteur – Sarah Cohen-Scali
  • Éditeur – Gulf Stream
  • Parution – 2018
  • Pages – 360
  • ISBN – 978-2354885397

4ème de couverture :

Le mur. Il sépare la Cité Bleue de la Cité Blanche, Smartcity à la pointe de la technologie. Jade vit du côté bleu, là où le travail manque, où la vie est rude. Là où ses ancêtres ont un jour décidé de se déconnecter pour échapper à l’œil inquisiteur du Net. Elle doit ainsi se soumettre aux lois imposées par la Cité Blanche. Lui accordera-t-on ce qu’elle désire par dessus tout ? Le droit d’avoir un enfant ? Accord refusé. Jade doit adopter. Or les Adoptés ne sont pas des enfants comme les autres. Ils sont difficiles à élever, à aimer. Ils servent avant tout d’objets d’étude pour les scientifiques de la Cité Blanche. Mais Jade parviendra à aimer Gingo comme son propre fils et de ce fait, elle conduira la Cité Bleue à la rébellion. À travers le combat d’une mère pour son fils, se dessine le portrait angoissant d’une société hyper connectée, assujettie à la suprématie des algorithmes et de l’Intelligence artificielle. Celle de demain ?

Mon avis :

La collection Électrogène est une collection que j’apprécie énormément, je trouve à la fois novatrice et esthétiquement recherchée. D’où ma surprise de découvrir un titre pareil. Je n’attendais pas des montagnes de cette lecture et pourtant, j’en sors mitigée, aussi bien en tant que lectrice qu’en tant de bêta-lectrice.

De manière générale, ce n’est pas le sujet en lui-même que je remets en cause, mais son traitement, puisque le sujet abordé est aussi passionnant qu’actuel.
Dans une société post-crise, la population est scindée en deux parties : les Blancs, la haute société, connectée à outrance dans une ville aux airs futuristes comme on les aime (blanche, épurée, toute de verre et de fluidité) ; les Bleus, regroupant les castes plus modestes pour ne pas dire pauvres, dans une partie de la ville complètement déconnectée qui ressemble peut-être plus aux villes de notre temps.
Dans cet univers, les naissances et la violence infantile sont surveillées de très près, poussant un contrôle des naissances terrifiant.
C’est dans ce contexte perturbé que l’on suit Jade, une Bleue, dans sa vie quotidienne et dans sa maternité avec un enfant qu’elle a dû adopter, puisqu’elle n’a pas eu le droit d’enfanter de manière naturelle.

L’histoire de Jade est touchante au possible, et la partie du roman qui est vraiment centré sur sa maternité, ses rapports avec cet enfant qui n’est pas biologiquement le sien est fort. J’ai été très réceptive à cette portion là, de même qu’à l’acte final de Jade. Je ne l’avais pas vu venir, et porte de très beaux messages et une très belle symbolique.

Les personnages sont bien travaillés dans l’ensemble même si les personnages du mari de Jade et du docteur en charge de Gingo ne sont pas assez développés selon moi, et auraient mérités un peu plus.
Mais on perçoit que Jade à son caractère bien marqué et identifiable, tout comme Gingo, ce qui les rend très attachants. De même, je note qu’un soin particulier a été apporté aux descriptions des personnalités de IA. Réussir à doter des machines d’un semblant de sentiment humain n’était pas aisé, et c’est un pari réussi !

De même, le livre soulève plusieurs questions comme les dangers de la sur-connexion, la maternité et sa complexité, mais aussi les dangers entraînés par la peur. Tellement sur-connectés que les Hommes n’arrivent plus à vivre (triste réalité actuelle dont on est souvent soi-même victime sans vraiment s’en rendre compte). Mais bien plus parlant au vu de notre texte, ce que la peur pousse à faire. Fausse interprétation, politique du « prévenir plutôt que guérir » pousser à l’extrême… Cela pousse vraiment à se poser des questions.
Autre point soulevé que j’ai beaucoup apprécié : l’introduction de la langue des signes dans le roman, et les difficultés que rencontrent les personnes sourdes et muettes. Le tout, exploité d’une manière à la fois subtile et percutante : pour le coup, ce handicap dont souffre Gingo a vraiment influer sur sa vie.

Alors pourquoi, au final, je ne suis pas pleinement satisfaite de cette lecture, alors que les personnages, le monde et les messages sont bons ? Tout est ici plutôt une question de stratégie et de style narratif.

L’autrice a choisi une narration diachronique (c’est à dire qui suit l’ordre chronologique des choses, et permet au lecteur de suivre une personne/un fait à travers le temps), alors que, au vu de son sujet, de ses rebondissements et plus encore, de ses messages, une narration plus complexes (à base d’ellipses, de flash-back, etc) aurait été bien plus percutante. Je pense notamment au début du roman qui se focalise presque essentiellement sur la vie de Jade avant son adoption. Pourquoi avoir tout mis d’un bloc et d’un seul, alors que stratégiquement parlant, il aurait été bien plus intéressant de disséminer ces scènes au fil du roman ? De même, ce gros bloc en début de roman vient réduire l’impact que cela peut avoir sur le lecteur. Dans cette partie, on apprend pourquoi Jade n’a pas pu enfanter naturellement. Cette information aurait mérité d’être bien mieux mise en avant pour donner plus de relief au roman de manière générale. Ça aurait permis à la fois de mettre de la profondeur dans le avant-maternité de Jade, mais aussi dans le pendant en faisant des sorte de pauses narratives. De même, ça aurait pu permettre de développer un certains suspens, de tenir le lecteur bien plus en haleine.
Ici, le constat est rèche : bien que l’idée et les messages soient bons, ils ne sont pas bien mis en valeur, et retombent à plat.

Il en va pareillement avec le style de l’autrice. C’est plus mon côté bêta-lectrice qui va parler, mais il y a quelques points qui m’ont énormément dérangé. Le plus gros et rédhibitoire pour moi est la sur-abondance de connecteurs logiques totalement inutiles. Des donc, alors, puisque qui n’apportent rien à la narration et viennent considérablement alourdir le texte, couplé manque assez cruel de figure de style, de comparaison et de complexité stylistique.
Le constat est là aussi dur : en tant que lectrice, je ne retrouve pas les sentiments de mes personnages, je n’arrive pas à entrer dans le monde, et en tant que bêta-lectrice, je me demande comment est-ce que ça a pu être validé.

J’ai pourtant une possible explication à cela, et j’espère de tout coeur que ça soit le cas. Cette sur-abondance n’a été présente et vraiment très dérangeante que dans la première partie du roman, soit le moment où Jade travaille dans la cité Blanche. Est-ce que l’autrice a voulu mettre en place une narration dénuée de tout sentiment afin de donner l’impression que même son texte était soumis au contrôle des machines, est-ce qu’elle a voulu donner un côté électronique à son texte, afin de créer un contraste plus gros avec les parties suivantes qui sont bien plus humaines ? Si quelqu’un a la réponse, j’aimerai beaucoup l’avoir.
Et malgré cela, même si mon hypothèse s’avère vraie, un problème réside : ce choix styliste aurait était plus clair et plus agréable avec la mise en place de flash-back, plutôt que de tout avoir d’un seul bloc au début.

Je ne pouvais pas faire une chronique de ce roman sans parler de la fin. Je ne l’ai tout simplement pas comprise. Pourquoi faire une fin autant en décalage avec tout le récit ? Surtout quand on voit ce qui précède ! Il aurait suffit de couper la narration soit dans un moment de tension pour donner une fin plus dramatique, et au contraire, la couper dans un moment d’espoir pour donner une fin plus lumineuse. Alors pourquoi ce choix mi-figue-mi-raisin qui laisse le lecteur dans l’incompréhension et la perplexité ? Encore une fois, si quelqu’un a la réponse, je ne suis pas contre l’avoir.

En bref, un roman qui avait les bases pour être un chef d’oeuvre d’humanité mais qui, par des choix narratifs plus que discutables pour ne pas dire suicidaire, n’ont fait que faire descendre la qualité du livre en flèche.

Citations :

Aucun relevé !

Ma note : 13.5/20

  • Scénario – 3.75/4
  • Ecriture/Style – 2.75/4
  • Potentiel d’addiction – 1.75/3
  • Personnage – 2/2
  • Emotions – 1.25/2
  • Originalité/Créativité – 2/2
  • Suspens – 1.25/1.5
  • Humour – 0.75/1.5
  • Malus « Stratégie narrative » : – 2pts

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