Anthologie polissonne, Petites histoires indécentes de la littérature – Alain Paraillous

Anthologie-polionne.jpgCaractéristiques : 

  • Auteur – Alain Paraillous
  • Éditeur – De Borée
  • Parution – 2018
  • Pages – 275
  • ISBN – 978-2812922794

4ème de couverture :

La vie des grands écrivains est souvent plus passionnante encore que les romans qu’ils ont écrits. Pour la plupart d’entre eux, leur carrière amoureuse a été aussi foisonnante que leurs productions littéraires… George Sand, Madame de Staël : des croqueuses d’hommes ; Chateaubriand, Hugo, Stendhal : d’insatiables Dom Juan… Et ceux que l’on aurait cru bien sages : Vigny, Lamartine… de sacrés coquins également. Comme si les facultés créatrices de ces hommes et de ces femmes avaient été proportionnelles à leurs appétits sexuels. Ce livre pourrait être une histoire de la littérature française, du Moyen Age jusqu’à 1900, à ceci près que les biographies présentées avec humour à travers ces pages sont vues depuis ce que les grincheux pourraient appeler « le petit bout de la lorgnette ». Et si ces histoires polissonnes, savoureuses, pittoresques, étonnantes, affriolantes, étaient au coeur même de la création artistique ?

Mon avis :

Pour un premier roman du genre, je me devais de trouver quelque chose d’assez original et qui ne serait pas plat… Quoi de mieux d’une anthologie littéraire qui se passe sous la ceinture ?

Mais attention, rien de graveleux, bien au contraire ! Son auteur, ancien professeur de lettres, nous fait traverser les siècles de la littérature française, en nous exposant avec légèreté et dynamisme les dessous de nos grands auteurs. Et on peut dire que certains étaient plus que portés sur la chose !

Ce que j’ai particulièrement aimé dans cet ouvrage, c’est qu’il n’était pas qu’un catalogue de faits plus ou moins chauds sur les grands auteurs français, mais bel et bien un vrai travail de recherche, avec un vrai travail littéraire : est-ce la vie des auteurs qui leur inspirent leurs oeuvres, ou bien est-ce l’inverse ? Quels peuvent être les petits indices glissés dans ces oeuvres qui pourraient nous donner des éléments biographiques sur ces dits-auteurs ?
Mais plus que cela, l’auteur n’hésite pas à citer des morceaux de textes, nous faisant le plus souvent découvrir des textes inconnus, et même redécouvrir certains extraits sous un autre angle.

Je n’avais jamais lu d’anthologie avant, et après avoir lu celle là, je n’ai qu’une envie : en lire une autre !

En bref, un roman avec un réel intérêt littéraire, à lire par curiosité ou bien pour ajouter quelques faits plus croquant dans nos dissertations… Excellent, un coup de coeur !

Citations :

Changement et nouveauté, que de crimes ont été commis en vos noms !


Je veux mourir pour ta beauté, Maîtresse,
Pour ce bel oeil qui me prit à son hain,
Pour ce doux ris, ce baiser tout pleinement
D’ambre, et de musc, baiser d’une Déesse.

Je veux mourir pour cette blonde tresse,
Pour l’embonpoint de ce trop chaste sein,
Pour la vigueur de cette douce main
Qui tout d’un coup me guérit et me blesse.

Ronsard

 

Je te salue, ô merveille fente,
Qui vivement entre ces flancs reluis ;
Je te salue, ô bienheureux pertuis,
Qui rend une vie heureusement contente. […]
Ô petit trou, trou mignard, trou velu,
D’un poil follet mollement crespelu
Tous verts galants devraient, pour t’honorer,
À beaux genoux te venir adorer.
Tenant au poing leurs flambantes chandelles.

Ronsard

On est bien loin de Mignonne, allons voir si la rose… !


Ainsi, en ta première et jeune nouveauté,
Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté,
La Parque t’a tuée, et cendre tu reposes

Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,
Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin que, vif et mort, ton corps ne soit que roses.

Ronsard


Désireux de ne rien cacher au lecteur, Montaigne ne dissimule pas les pannes qui affectent la virilité au moment où celle-ci s’avère particulièrement indispensable : la faute à « l’indocile liverté de ce membre, défaillant si importunément lorsque nous en avons le plus besoin, refusant avec obstination nos sollicitations et mentales et manuelles. »


Le gong de la soixantaine enclenche le compte à rebours. Même si La Fontaine n’est pas, tant s’en faut, un pilier d’église, son époque est marquée par la crainte de Dieu et ce débauché commence à se faire du souci : l’heure n’est pas si lointaine où il va devoir s’expliquer là-haut, sur sa vie de patachon.


Je connais mes défauts ; mais après tout, je pense
être pour vous encore un captif d’importance,
Car vous aimez la gloire et vous savez qu’un roi
Ne vous en peut assurer autant que moi.

« Un captif d’importance » ! Bigre, ce jour-là, le bon Corneille avait oublié d’être modeste, mais chacun sait que l’amour vous fait perdre la tête.
Las, rien n’y fit. Marquise ne vit du vieux soupirant que le « corps usé » et du « front ridé les replis jaunissants ». La coquine préférait les chairs plus fraîches, et resta inflexible. Blessé, le poète lui adressa ses fameuses Stances :

Marquise, si mon visage
À quelques traits un peu vieux,
Souvenez-vous qu’à mon âge,
Vous ne vaudrez guère mieux.

Rancunier en plus d’être modeste le Corneille !


Tournons nous plutôt vers du positif : il faut lire, ou relire Lamartine. Plus que jamais. Parce qu’il y a du sublime dans son oeuvre, et que notre époque en est si cruellement dépourvue.

 

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