Contemporain·Coup de coeur·Drame·Philosophie/Réflexion

Samedi 14 novembre – Vincent Villeminot

couv20137135Caractéristiques : 

  • Auteur – Vincent Villeminot
  • Editeur – Sarbacane
  • Parution – 2016
  • Pages – 216
  • ISBN – 978-2848659220

4ème de couverture : 

Le vendredi 13 novembre, B. était à une terrasse. Il a vu les tueurs tirer. Le lendemain, en quittant l’hôpital, il croise un homme dans le métro… Il le reconnaît : c’est l’un d’eux. Alors, sans avoir décidé ce qu’il va faire, il le suit.

Mon avis :

Reçu dans le cadre de l’Explo’Book, je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec ce roman, qui traite d’un sujet encore tabou et douloureux pour beaucoup : les attentats terroristes, en particulier les fusillades du 13 novembre 2015. C’est un petit coup de coeur pour moi.

C’est un roman très court, mais très éprouvant. Non pas sur le thème en lui-même, bien que cela joue, mais sur le traitement apporté : monté comme une pièce de théâtre, divisé en acte et entracte, le roman prend alors une dimension bien plus vivante, poussant alors le lecteur non pas à lire une histoire, mais à voir une pièce de vie, comme s’il était dans un théâtre. Les coupures sont aux moments clefs, les entractes édifiants et relevant différentes réalités, apportant un véritable éclairage sur les évènements.

Mais deux choses sont édifiantes pour moi et font la force et la violence de ce roman.

D’abords, le style extrêmement percutant. Des phrases très, très courtes, extrêmement rythmées, dures. On a très souvent l’impression d’être touché par des balles, tant le rythme est puissant. Chose très bouleversante et éprouvante.

Ensuite, les scènes de violences. Les évènements en eux-mêmes ne sont pas décrit, ou uniquement pas allusions et ressentis brefs. Les scènes violentes sont celles qui suivent : le sentiment de détresse, de devenir fou, les scènes de tortures, etc… Qui ont été pour moi vraiment très difficiles à lire, même si elles ne relèvent pas d’un haut registre d’horreur.

À travers tout ce petit roman, nous avons vraiment une véritable palette de sentiment éprouvés face aux attentats, allant de la peur, à la haine, en passant par l’angoisse. Dans les entractes, l’auteur nous décrit brièvement la vie de certains habitants de quartiers, d’amis, de familles après les attentats, montrant alors la pluralité des réactions sans en condamner aucune ; bien qu’il fasse une allusion directe à la montée des extrêmes (et principale de Marine Le Pen et du FN, clairement cités dans le texte) et le danger que cela représente.

Mais ce que j’ai particulièrement apprécié fut son discours poussant à l’espoir et à l’ouverture à l’autre : la fin est pleine d’espoir, et dans tout un troisième tiers du roman, l’auteur s’efforce, de manière subtile, à désamorcer une bombe : celle de l’amalgame. En le personnage très fort de Layla, Vincent Villeminot montre très clairement la différence entre musulman et extrémiste radical, le danger de l’amalgame… Un message aussi fort qu’important en les temps troublés que nous traversons, que ce soit sur notre propre territoire que de l’autre côté de l’Atlantique.

En bref, un roman court émouvant, percutant, mais nécessaire à mon goût.

Citations :

Aurait-il fallu qu’ils s’aiment plus fort que la mort ? Plus fort que les autres haïssent, avec la même folie, la même intolérance ?
Si puissamment qu’ils auraient pu aller jusqu’à mourir pour ça ?


Il retourna son visage sous l’eau. Elle coula sur ses yeux, son nez, sa bouche.
Il vit le monde à travers, flou.
Se noyer. De l’air.
Suffoquer jusqu’à se sentir respirer, douloureusement. Vivre.


En une fraction, une révélation (un dévoilement), il se dit que l’essence de la pornographie, c’est ça : le spectacle de la violence. La soumission. Qu’on puisse lui infliger ce qu’on a en tête à la fille. Qu’elle se soumette, qu’elle soit profanée. Impuissante.


« – Des explications, il y en a. Mais pas d’excuses… »

« – Comme ces autres petits cons, a-t-il dit, qui partent faire le jihad. Ils n’ont pas d’excuses, il ne faut pas leur en trouver. C’est pas parce qu’on te baise que tu dois baiser l’autre. Haïr l’autre. Tuer l’autre et jouir de ce pouvoir… »
Puis, Pierre est mort sous les balles des petits cons.


Mais ceux qui l’ont perdu, pour Benjamin, son père, sa mère, pour les vivants, ceux qui restent en bas, ça ne fait aucune différence. Presque aucune.
Qu’ils y croient ou n’y croient pas, ils l’ont perdu.


« Comment tu la regardes… »
Comment tu la regardes, la mer ? La vie qui vient et reflue, nous traverse, puis se retire ? Comment tu la regardes ? Et vers où ? Vers quel horizon – quelle ligne de fuite ?

Ma note : 17/20

• Scénario – 3/4
• Ecriture/Style – 4/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 1.75/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 1.75/2
• Suspens – 1.25/1.5
• Humour – 0.25/1.5

Une réflexion au sujet de « Samedi 14 novembre – Vincent Villeminot »

  1. J’avais vraiment très envie de le découvrir depuis un petit moment, mais je ne sais pas si je suis vraiment prête. Non que j’ai été touchée directement mais le sentiment de panique alors que j’étais à Paris ne m’a pas quittée. En tout cas c’est le genre de thèmes importants à aborder et je pense le lire un jour ou l’autre, merci beaucoup pour ta chronique 🙂

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