Coup de coeur·Drame·Historique·Philosophie/Réflexion

Red Dust (Poussière Rouge) – Gillian Slovo

couv41301666-gifCaractéristiques : 

  • Auteur – Gillian Slovo
  • Editeur – Gallimard
  • Parution – 2001
  • Pages – 349
  • ISBN – 978-2070554843

4ème de couverture : 

En 1995, l’Afrique du Sud tente de se remettre de l’apartheid. Il faut régler les comptes du passé pour construire l’avenir. Tel est le rôle de la Commission Vérité et Réconciliation. Les audiences se succèdent et confrontent les victimes aux bourreaux. Dans la chaleur poussiéreuse de Smitsrivier, Sarah, jeune et brillant procureur, cherche à y voir clair. Mais le droit suffit-il à la quête de la vérité? Et LA vérité existe-t-elle ? Au-delà des causes politiques, il y a les individus avec leurs failles et leurs contradictions, leurs petites lâchetés et leurs grands sentiments…

Mon avis :

Durant ce semestre, en anglais, j’ai travaillé autour de la thématique « L’Afrique du Sud en littérature et au cinéma », et j’ai eu l’occasion de lire plusieurs extraits d’oeuvres sud-africaine traitant de l’apartheid. Et un extrait de Red Dust m’avait interpellé, et j’ai décidé de le lire… C’est un coup de coeur !

Je pense rien ne pouvait vraiment me préparer à ce que j’ai lu dans cet ouvrage, ni à la manière dont c’était présenté. Dans ce roman, tout est savamment étudié pour pousser à la réflexion et surtout, à la dénonciation d’un fait de société que nos parents ont connu : l’apartheid. Pour ceux qui ne savent pas exactement ce que c’est, une petite mise en contexte est nécessaire.

L’Afrique du Sud a connu plusieurs vagues de colonisation par les hollandais, les français, les anglais… Les colons aux origines nordiques ont fini par se regrouper grâce à une langue commune (Afrikaan), se désignant alors par le terme d’Afrikaner. Dans les années 1920, émerge deux partis politiques distinct : un nationalisme Afrikaner, ainsi qu’un nationalisme Africain (mené par le parti de Nelson Mandela, l’ANC).

C’est en 1948 que le parti Afrikaner remporte les élections, et qu’un système politique nommé apartheid est mis en place, le principe étant de divisé la population en sorte de caste, selon leur couleur de peau. On avait alors 4 castes : les blancs, les noirs, les métisses, et les asiatiques. Dans cette société, seuls les blancs ont des droits, les trois autres castes (considérées comme inférieure) vivaient dans des conditions qui défient les droits humains les plus fondamentaux : il n’était pas rare de voir ces personnes considérées comme des esclaves, arrêtés arbitrairement, menacés, torturés, et même tués sans raison valable. Le pire ? La loi allait dans le sens de cette politique, où il était légal de torturer un prisonnier noir, métisse ou asiatique.

Ce n’est qu’en 1990 que le président en charge a décidé d’arrêter cette politique raciste. Face aux tensions engendrées, Nelson Mandela, alors président, lance la TRC (Truth & Reconciliation Commission), afin d’apaiser les tensions et d’éviter la guerre civile. Le principe repose sur des audiences, où si un pro-apartheid avoue tous ses crimes, en disant la vérité et uniquement la vérité, il sera pardonné.

Vous vous doutez donc bien que ce n’est pas une lecture facile et guillerette. Dans Red Dust (Poussière Rouge en version française), on suit une procureur, Sarah, qui va s’occuper de l’affaire d’un politicien Sud-Africain, Alex Mpondo, sur des faits arrivés dix ans plus tôt, durant l’apartheid.

L’aspect purement historique de ce texte, même s’il ne repose pas sur des faits réels et avérés, reste un témoignage poignant de l’ambiance en Afrique du Sud au moment de l’apartheid comme au moment de la TRC (Gillian Slovo est Sud-Africaine de naissance). Que ce soit sur les tensions et douleurs relevées durant la TRC, ou l’inhumanité présente durant l’apartheid, ce livre pointe absolument tout, sans rien omettre : la douleur d’être replongé au coeur d’une période que l’on aurait préféré oublié, la douleur des parents qui ont perdu un fils, la peur du jugement… Mais aussi les conditions de vie et les maltraitances faites durant l’apartheid. Torture psychologique, torture physique, traumatisme, quête de vérité… Le lien entre un bourreau et sa victime… C’est ce qui rythme ce roman.

De plus, on peut aussi y voir une critique directe de la TRC, qui est loin d’avoir fait unanimité, même durant les années où elle existait. En effet, pour beaucoup, la TRC a plus ravivé des douleurs et remis de l’huile sur des rancoeurs et des vengeances qu’apaiser. C’est aussi ce que nous avons dans Red Dust, avec toute la colère qui ressurgit chez le père de Steve, ou encore avec toute la douleur qui remonte chez Alex. D’autant plus que le style de Gillian Slovo est extrêmement percutant, rythmé, et moderne.

Je profite de ce livre là pour pousser un petit coup de gueule, envers les maisons d’éditions cette fois. Il faut arrêter de classer des livres dans un rayon JEUNESSE quand ces livres sont destinés à tout, SAUF de la jeunesse. Car ici, en édition française, Poussière Rouge est édité par Gallimard, dans la collection SCRIPTO, soit une collection tablant de 0 à 13+ en âge. Qu’on veuille faire passer des choses dans un rayon Young Adult, je peux comprendre. Mais il y a des limites à ne pas dépasser, et dans le cas de Poussière Rouge, elle a été très largement dépassée. Il y a des livres qu’il ne faut pas mettre entre toutes les mains, et surtout, préparer ses mains à certains ouvrages. Même moi, qui ai suivi un cours spécialisé sur l’apartheid, qui étais préparée, et ayant déjà lu des trucs durs, j’ai eu du mal avec certains passages qui m’ont profondément choquée, marquée, et on peut le dire, horrifiée. Même ma prof d’anglais a été choquée de voir qu’en France, Red Dust était classé dans la catégorie jeunesse. Même la couverture est violente ! Les petites traces rouges, ce ne sont pas un rapport à une terre colorée ou un soleil couchant, mais du sang, des éclats et des trainées de sang. Comment est-ce qu’on peut mettre un tel ouvrage, aussi dur sur un sujet aussi complexe et difficile, dans un rayon jeunesse, à côté d’histoire avec des pâquerettes, des chevaux qui parlent, ou des fées enchantées ?

En bref, une lecture coup de coeur, tant par son sujet que son traitement, avec un style sublime, que je ne peux que vous recommander. Une lecture qui rentre dans ma liste des indispensables à avoir lu.

Citations :

Tous pensaient valoir mieux que lui. Les gens se tournaient vers le passé et le jugeaient. Voir les choses avec du recul c’était bien beau : cela transformait les sociologues et les journalistes en juges.

Ma note : 18,5/20

• Scénario – 3.75/4
• Ecriture/Style – 3.75/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 2/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.5/1.5

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