Coup de coeur·Drame·Philosophie/Réflexion

Zouck – Pierre Bottero

couv62416576Caractéristiques : 

  • Auteur – Pierre Bottero 
  • Editeur – Flammarion
  • Parution – 2004
  • Pages – 154
  • ISBN – 978-2081624467

4ème de couverture : 

« La musique était une onde qui me portait. Toujours plus haut. Je me sentais légère, presque éthérée. J’avais la sensation que mes gestes pouvaient s’affiner jusqu’à devenir parfait. »
Anouck, dite Zouck, a une passion : la danse. Qu’elle partage avec sa meilleure amie : Maiwenn. Jusqu’au jour où elle s’éloigne l’une de l’autre. Zouck, obsédée par l’idée de perdre quelques kilos superflus, se coupe du monde. De son côté, Maiwenn, follement amoureuse, devient de plus en plus distante.

Mon avis :

Pierre Bottero est sans aucun doute possible mon auteur favoris, et ce tout petit livre trainait dans ma PAL. En le prenant, je ne pensais pas être percutée et ébranlée avec autant de violence et surtout, à aimer ça. C’est un coup de coeur…

Le style ici de Bottero change beaucoup de ce à quoi j’ai été habitué avec lui. Habituée à quelque chose de poétique et imaginaire via Le Pacte des Marchombres ou encore La Quête d’Ewilan, me retrouver ici avec un point de vue interne, très fluide et oral tout en restant travaillé m’a un peu déstabilisée, mais très vite comblée ! Ça reste du Bottero, il manie la plume comme peu savent le faire, et c’est un régal à lire, malgré la dureté des choses évoquées, mais j’y reviendrai plus tard.

L’intrigue quant à elle est d’une simplicité déconcertante : dans la tête d’une ado, danseuse classique et jazz, et le tour est joué ! Mais attention : simple, mais loin, très loin, d’être dénué d’intérêt, et surtout, excellement bien menée.

Pour ce qui est de l’histoire en elle-même, on a connu plus folichon. On assiste à la chute de Zouck, à sa descente aux Enfers, avec pour seul guide quelque chose d’encore bien trop tabou de nos jours et qui pourtant, touchent des milliers et milliers de personnes (femme comme homme) dans notre société actuelle, basée sur l’apparence et la compétition constante vers la perfection : l’anorexie.

Même si le roman est très court, les personnages sont très bien dépeint.

Zouck, une jeune femme qui aime la vie, qui aime la danse, qui s’aime… Jusqu’au drame qui la poussera à ne plus s’alimenter, à perdre son sourire et son énergie vitale.

Maiwenn, elle, pleine d’assurance et d’exhubérance est tout aussi bien dépeinte.

Pour moi, ce livre fait parti des indispensables à lire, adulte comme adolescent.

Tout d’abords pour sa part de lumière. La danse en général est mise en avant, avec tous les avantages que cela peut apporter : confiance en soi, conscience de son corps, défoulement… La joie intense de sentir ses membres bouger au rythme de la musique, le bonheur absolue… Pour moi-même pratiqué la danse (rock hein, pas classique), je n’ai pu être que d’accord avec tout ce que Bottero nous disait… Notamment que le plaisir de danser prend le pas sur tout.

Mais il aborde aussi le revers de la médaille, je dirai propre à la danse classique, qui est son caractère très strict, poussant les pratiquants à être extrêmement à cheval sur leur mode de vie, leur apparence, au point de parfois virer à l’obsession… Comme c’est le cas de notre Zouck.

Le sujet de l’anorexie est traité au départ en douceur. On suit les pensées de Zouck, qui se dit qu’en mangeant un peu moins, voir en sautant un repas, elle arrivera à perdre ces cinq kilos qui la dérangent ; et d’un point de vue externe, cela semble cohérent. Mais ça va de plus en plus loin. On s’enfonce avec elle dans sa maladie, dans son dégoût de la nourriture à nous en rendre malade d’inquiétude. Des mots simples, et pourtant extrêmement percutants.

Mais le plus percutant surtout, pour ma part en tout cas, a été de voir à quel point certains passages pouvaient faire écho en moi, et qui j’en suis sûre, fond écho à toutes les personnes ayant lu ce livre. À quel point Pierre Bottero, un homme adulte, a su dépeintre avec autant de justesse les questionnements et torture intérieure d’une adolescente mal dans sa peau. De voir Zouck se comparer et se sentir minable comparée aux autres filles, la souffrance que cela entraîne… J’ai eu l’impression de replonger dans mon année de 3ème, et même si je n’ai jamais sombrer dans l’anorexie (j’aime trop bouffer pour ça), cette souffrance du rejet à cause de quelques kilos en trop et quelque chose de vécu, de douloureux…

Qui sait, l’impact que peut avoir ce petit livre, mis entre les mains d’une anorexique, ou de ces personnes qui par leurs comportements ou leurs remarques, peuvent pousser quelqu’un à succomber à ce démon ? Des prises de conscience, voire même, des vies sauvées.

En bref, ce livre est pour moi un indispensable, une claque magistrale, qui n’a pas peur des tabous ou des sujets délicats, et qui n’hésite pas à mettre le doigt sur un sujet trop peu évoqué.

Citations :

Pourtant, une de ses phrases avait dû faire mouche puisqu’elle a surgi dans mon esprit, brûlante d’un sens nouveau : « Les écrivains dansent sur leur plume, leurs mots sont des ballets qu’ils offrent à leurs lecteurs. »
J’ai repris mon stylo et, une nouvelle fois, je l’ai laissé danser.
Trois mots ont pris vie sur le papier.
Trois mots magiques.
Trois mots clés.

Légèreté.
Éthérée.
Envol


Chaque mot m’avait poignardé. J’ai titubé en arrière, cherchant désespérement un air qui n’arrivait plus à mes poumons, jusqu’à venir buter contre une chaise sur laquelle je me suis effondrée.
Savez-vous ce que ressent un oiseau lorsqu’un chasseur lui tire dessus, lorsque son corps percé de mille blessures ne lui répond plus, lorsque ses plumes arrachées par les plomb tournoient dans le ciel autour de lui, lorsque ses ailes brisées pendent, inutiles ?
Il souffre.
Il souffre et il tombe.


Nous vivons dans un monde où l’apparence est reine.
Tant pis pour ceux qui ne sont beaux que dedans. Sinon comment expliquer qu’un expert comme Alonzo Perez se soit focalisé sur mes fesses et non sur mon bonheur de danser ?


Je me suis ensuite assise au soleil sur un banc dans la cour et j’ai consacré toute mon intelligence à répondre à cette question : A-t-on besoin des autres pour être heureux ?
Je n’ai pas trouvé la réponse.


Personne ne quitte jamais totalement les chemins sombres.
Les fouler laisse des traces indélébiles, au mieux des cicatrices, au pire des plaies qui jusqu’à la fin resteront ouvertes. Et la guérison est longue. Très longue…

Boom.

Ma note : 19.75/20

• Scénario – 3.75/4
• Ecriture/Style – 4/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 2/2
• Suspens – 1/1.5
• Humour – 0.5/1.5
• Bonus « Sensibilisation » : +1.5pt

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