Policier·Roman/Polar Noir·Thriller

Prendre Lily (Prendre Femme 1/2) – Marie Neuser

couv73619376Caractéristiques : 

  • Auteur – Marie Neuser
  • Editeur – Fleuve Noir 
  • Parution – 2015
  • Pages – 520
  • ISBN – 978-2265099401

4ème de couverture : 

Début des années 2000. Dans une petite ville anglaise sans grands faits d’arme à célébrer ni catastrophes à déplorer, deux fillettes viennent de retrouver leur mère assassinée. Elle git dans sa baignoire, les seins méticuleusement découpés et disposés de chaque côté du corps. Entre ses doigts, deux mèches de cheveux : une brune, une blonde. Lily, couturière et mère exemplaire, n’avait jusqu’alors jamais fait parler d’elle. À quelques mètres du foyer de Lily Hewitt, celui de Damiano Solivo. Alors que tous les soupçons se portent sur cet immigré italien suintant protégé comme un chiot par sa femme, celui-ci oppose un alibi parfait : il travaillait. Pour preuves de sa bonne foi, il a conservé son titre de transport et se trouve en mesure de prouver qu’il a signé la feuille d’émargement ce matin-là, à l’institut qui l’accueille pour son insertion professionnelle.

Mon avis :

Sélectionné pour notre Live Show avec Steven’s Books et Lecture Rousse, il s’agit une d’une belle surprise !

Ayant déjà lu du Marie Neuser, je peux aisément faire la comparaison entre Prendre Lily et Je tue les enfants français dans les jardins. Le style de Marie Neuser est toujours aussi froid, dur et percutant, fluide et composé de phrases courtes pour la majorité. Cependant, dans Prendre Lily, il est bien plus calme, imposant un rythme bien plus lent est posé à l’oeuvre globale. L’atmosphère est plus écrasante et pesante, et les mots restent durs comme de la pierre.

L’intrigue ici présentée est à la fois basique et originale. En effet, basique, car il s’agit un polar, d’un thriller de base, avec un meurtre, un suspect, une enquête. Rien de bien extravagant. Mais toute l’originalité réside dans la mise en place. Dans les romans policiers (dans le peu que j’ai lu en tout cas), c’était toujours le même schéma qui était mis en place : un meurtre, un suspect, une enquête, deux trois ou rebondissements, case prison. Et basta. Avec quelque chose de palpipant, pleins de surprises comme un épisode d’une série policière, où les évènements s’enchaînent à une vitesse affolante. Ici, il s’agit d’une traque. Le même suspect, filé durant des années et des années. L’enquête s’étalle sur plus de huit années. On est dans une attente perpétuelle d’un indice, qu’un quelque chose qui ferait avancer l’investigation. Et ça, c’est génial. Pour une fois, on a un rythme qui est lent, presque reposant, et surtout, bien plus proche de la réalité.

L’histoire quant à elle, est dure, trash, voire même gore par certains moments. Comme dit dans le Live, dès la deuxième page du premier chapitre, on a la description, plus que crue, de la scène de crime… Qui m’a fait dans un même, un très vif écho au dernier meutre de Jack l’Eventreur (seins découpés et posés près du corps, tête à moitié arrachée, éventrée…). La manière dont l’auteure nous fait avancer est extrêmement longue, mais aussi nécessaire. Ce que l’on pourrait prendre pour des longueurs dans la narration, sont pour la plupart, bourrées d’indices et de minuscules détails qui, par la suite, prendront toute leur importance… Restez sur vos gardes !
De plus, le fait de faire entrer en piste l’histoire de Gloria (bien plus développée dans le second tome de la saga, Prendre Gloria) rajoute une dimension de complexité et d’entre-croisement de faits loin d’être inintéressants.

Les personnages sont, quant à eux, à la fois très travaillés et très réalistes.

Gordon, à travers qui nous vivons l’enquête, n’est ni bon, ni mauvais. Nous sommes dans ce roman très loin des idéaux manichéens ! Gordon est très déterminé, complètement absorbé par son enquête, au point d’en risquer sa vie, sa santé (tant mentale que physique), mettre de côté vie personnelle… Il ne vit qu’à travers et que pour cette enquête. Et voir Damiano s’en sortir à chaque fois l’enfonce un peu plus, jusqu’à lui donner des pulsions plus que répréhensibles : falsifier des preuves pour en créer une parfaite pour inculper Damiano, se servir d’une femme (de la pire des manières) pour avoir des informations… J’ai bien aimé ce personnage car bien que je ne cautionne pas toutes ses actions, je les comprends.

Nous aurons beau suivre l’enquête à travers les yeux de Gordon, je ne le considère pas comme le vrai personnage principal. Car tout le roman n’est rythmé qu’avec une seule personne, un seul nom : Damiano. J’ai fait le yo-yo avec ce personnage. Pitié, haine, pulsion meurtrière, adoucissement, doute… Un personnage exécrable, que l’on sent manipulateur et vil à souhait, un peu (beaucoup ?) psychopathe sur les bords… mais qui arrive à instaurer le doute. Jusqu’à la fin, on est dans le doute. Dans le Live, Steven et Marie ont annoncé qu’eux étaient certains de sa culpabilité. Personnellement, je reste dans le doute. Des petits détails qui font que ça ne colle pas… J’ai hâte de lire le second tome qui, je l’espère, m’apportera les réponses dont j’ai besoin.

Les personnages secondaires sont tout aussi bien construits et réalistes que les deux principaux, et c’est extrêmement agréable à voir.

En bref, un polar noir qui change de ce qu’on a l’habitude de voir, avec un rythme différent et une intrigue prenante. Je le conseille à toute personne voulant s’essayer au polar ou au policier. Attention cependant ! Le roman est très cru, dur, voir gore par moment. Marie Neuser ne mâche pas ses mots, et n’a pas peur de choquer. Attention aux personnes sensibles donc.

Citations :

– […] Ici… il y a des traces de rejet, c’est-à-dire des gouttes qui ont été projetées par l’arme en mouvement. Je pense qu’ensuite, une fois qu’il s’est assuré qu’elle était bien morte, il a attendu un moment avant de la traîner : on a un écoulement régulier là, juxtant la trace de choc.
– Cette mare quoi…


Il paraît qu’il suffit de trois nuits sans dormir, je veux dire de trois jours et trois nuits, pour sombrer dans la folie.
Je n’en suis pas loin.
J’ai tout essayé pourtant. Faire des pompes jusqu’à épuisement ; boire à m’en abrutir ; m’enrouler dans les couvertures devant des émissions sur la chasse, la pêche et la dentelle de Cornouailles. Que dalle. Mes yeux comme des billes.


– Si vous ne supportez pas l’échec, McLiam, me dit Bradford un jour, il y avait deux métiers à éviter : enseignant, et flic.


– Vous vous donnez des airs de sujets de Sa Majesté mais vous n’êtes qu’un ramassis de racistes.
Je lui ai conseillé, avec toute la courtoisie d’un sujet de Sa Majesté, de fermer sa grande gueule.


– Détective McLiam… Je vous ai toujours très bien considéré. Non pas que vous soyez le meilleur agent qu’on ait jamais eu, parce que pour ça il faudrait être un peu moins… un peu moins…
– … casse-couilles…
– … voilà, […].


Pourquoi fallait-il que cette enquête s’ornemente de tant de mystères insolubles ? Pourquoi bon sang ne s’était-il pas contenté de tuer un point c’est tout, au lieu de nous faire tourner en bourrique avec ses petits jeux de piste foireux ?

Ma note : 17/20

• Scénario – 3.75/4
• Ecriture/Style – 3.5/4
• Potentiel d’addiction – 2.5/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 1.5/2
• Originalité/Créativité – 1.5/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.75/1.5

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