Contemporain·Coup de coeur·Roman/Polar Noir

Je tue les enfants français dans les jardins – Marie Neuser

couv71520771Caractéristiques : 

  • Auteur – Marie Neuser
  • Editeur – Pocket
  • Parution – 2011
  • Pages – 160
  • ISBN – 978-2266238427

4ème de couverture : 

Lisa, jeune prof d’italien, a du mal avec ses élèves. Chahuts, insultes, affrontements, menaces, la tension monte et quelques éléments récalcitrants rendent sa vie littéralement insupportable, à l’intérieur du lycée aussi bien que dehors.
Lisa se sent seule et en danger, encore plus lorsque la seule élève sur qui elle comptait se suicide pour éviter un mariage forcé. Après avoir essuyé jour après jour les insultes les plus grossières et intimes, après avoir été molestée devant ses élèves, la jeune enseignante commence à se forger une carapace implacable. Face aux caïds de sa classe qui la méprisent et la maltraitent, comment la petite prof peut-elle réagir ?

Mon avis :

J’avais envie d’une lecture très courte, et pas forcément rose… Ce livre s’est imposé de lui-même, et c’est un coup de coeur !

Le style de Marie Neuser est, je trouve assez spécial. Déjà, nous avons des phrases assez longues, parfois alambiquées, mais qui sont très travaillés. Ce qui m’a surtout surpris, c’est la violence, et la froideur implacable que l’on a travers les mots employés. Un style qui n’est peut être pas le comble de la fluidité, mais qui est riche, et surtout, extrêmement puissant. On a parfois l’impression de se prendre pichnette, baffe, poing, voir même parfois, un mur.

L’intrigue est, tout comme l’histoire, extrêmement noire. Une jeune femme, balancée dans un collège des mauvais quartiers d’une grande ville (Marseille ici, si je ne m’abuse), dans un univers extrêmement dur. Une intrigue qui nous prend aux tripes, et qui ne nous lâche plus.

L’histoire… Autant le dire, elle est horrible. Harcèlement psychologique, physique, stress… Plongé au coeur du quotidien d’une prof’. J’ai mieux compris pourquoi « noir ». Et je dois avoué que je savais qu’il le serait. Sur le coup, pendant la lecture, je me suis dit que ce n’était pas si noir que ça… Mais avec le recul, il se trouve que c’est certainement un des ouvrages les plus durs et le plus noir que j’ai pu lire.

Les personnages ne sont pas particulièrement attachants, mais ils sont puissants.

Lisa, la prof’ d’italien, a un caractère assez fort, mais est complètement surmenée par sa classe de 3ème, absolument horrible. On est plongé dans sa tête, et on fait face à ses doutes, ses peurs, ses angoisses… Très prenant et troublant.

Les éléments perturbateurs dira-t-on, sont à la fois monstrueux, et malheureusement, dépeignent une vérité bien vraie.

En lisant des chroniques, j’ai pu voir que beaucoup descendait ce livre pour être trop stéréotypé, et limite raciste sur les bords (les éléments perturbateurs ont tous des noms typés orientaux ou Mahgrébains. Le « grand méchant » de l’histoire porte le nom de Malik), et je dois dire qu’ils se trompent lourdement. Il y a une différence nette entre les lecteurs ayant eut une scolarité dans un collège/lycée normale, et ceux qui ont vécu leur scolarité dans une ZEP.

En venant d’un collège/lycée normal, il est normal je pense de trouver ce livre extrême, limite raciste et stéréotypé. Mais quand on a vécu la ZEP, le collège difficile, ce n’est pas la même histoire.

J’ai fait mes années collège dans une ZEP. Et je peux vous garantir, que ces scènes qu’elle dépeint dans sa classe d’italien, est ce que je vivais au quotidien dans ma classe d’espagnol. Les « Nique ta mère », « Aya sur la Mecque », « Je vais te crever », et « Je vais ramener mon père tu vas voir salope », je les ai entendu. Les banderoles avec des menaces de mort pour les profs accrochés sur la devanture du collège, je l’ai vécu. Donc non, ce n’est pas stéréotypé, c’est seulement la triste réalité que personne ne veut voir. Et être replongé là dedans avec toute cette violence dépeinte… Ça m’a assez tourmentée (d’où ma lecture actuelle, à savoir un Harlequin biiieeeeen léger et biiiieeeennn marrant).

D’autant plus que Marie Neuser, on le sait via la description présente juste avant le texte même, a enseignée pendant deux ans l’italien dans un collège difficile. Et par le salon, j’ai pu apprendre que souvent le soir, elle notait dans des callepins les crasses qu’on le lui avait faite, afin de pouvoir les raconter. Mais elle voulait une sorte de preuve écrite, de peur qu’on ne la croit pas, tant ces choses devaient être énormes. Ce qui me pousse à me poser ces questions : parmi tout ce que Lisa vit dans le roman, qu’est-ce que Marie Neuser a vécu en réalité ? Y a-t-il une part d’autobiographie dans cette oeuvre ? Tout cela pour dire que les lecteurs qui accusent Marie Neuser de diffamation et exagération devraient se renseigner un peu avant d’accuser. Car ce n’est pas juste un petit livre comme cela, mais un véritable zoom sur ce que peut être une classe difficile. Pensez-vous sincèrement qu’on verrait dans les journaux « Un prof de Y s’est fait poignarder par un élève », « Un prof agressé par un élève » s’il n’y avait pas une réalité pareille en classe, entre les murs d’un établissement scolaire ? C’est tout le système et ses failles, et surtout, le manque de soutient de la part des administrations qui est dénoncé. Car, c’est bien connu (pour l’avoir vu de mes yeux), c’est mieux de garder un ado dangereux dans l’enceinte quand on en a déjà viré un, parce que c’est pas bon pour les stats, ou bien de faire passer en classe supérieur un élève pour s’en débarasser au plus vite.

J’ai pu avoir la chance de rencontrer l’auteure au salon du Delta Noir qui s’est tenu dans ma ville les 21 et 22 Novembre, et cette dernière, lors d’une table ronde, a précisé que ce qu’elle cherchait surtout, c’était les raisons qui peuvent pousser quelqu’un à sauter le pas, à passer d’une personne tout à fait normale à un meurtrier. Et j’ai bien senti tout au long de ma lecture, cette « provocation, peut-être exagérée », comme elle l’a elle-même si bien dit. On voit, tout au long du roman, les raisons qui ont poussés Lisa à de telles extrêmités. Et ça, c’est remarcable.

Attention cependant ! Cela ne veut en aucun cas dire que tous les collèges/lycées se trouvant dans des quartiers défavorisés ou difficiles sont du même accabit, loin de là. Il y en a forcément (ou du moins je l’espère) qui ne sont pas comme ça. Mais il faut savoir qu’une grande partie le sont.

En bref, un coup de coeur énorme pour un roman bien noir, qui n’est pas à mettre entre toutes les mains.

Citations :

Chaque jour, du lundi au vendredi, le trajet le long de l’avenue grise après la bouche de métro, le bref coup d’oeil désabusé à l’inscription ÉCOLE DE JEUNES FILLES, la traversée de la foule pleine de pédés, d’enculés et de morts que l’on nique.


– (…). Je me contente de réagir comme une personne lucide qui sait pertinemment qu’aucun désir de justice ne les traverse jamais sauf quand il s’agit de sauver leur propre gueule.
La moue admirative qu’il m’adresse est bien entendu gluante d’ironie.
– Eh bien bravo. Vous avez une haute opinion de vos élèves.
– Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Qu’ils sont des modèles d’intelligence et de grandeur d’âme ? Je ne pousserai pas l’aveuglement jusque-là.


Et ces petits qui s’ennuient à l’école, ah là là qu’est-ce qu’ils s’ennuient. Là, je ne parviens plus à me contenir. Je dis au type : c’est vrai qu’à l’école on ne répète pas aux gosses toute la journée à quel point ils sont géniaux, on ne chante pas « Star Academy » à poil avec une plume dans le cul et on leur demande autre chose que de RIGOLER.


Mais moi, je ne suis pas Michelle Pfeiffer, je suis une petite rousse toute frêle, je ne touche pas des millions pour faire semblant devant les caméras, tout cela est mon quotidien, le vrai de vrai, et il y a un couteau qui vient de traverser la classe et de se planter dans mon bureau en faisant Chtok, tzoiiing. À un mètre de moi. Moi, enceinte de deux mois.


Surtout, surtout ne pas montrer que je suis affectée, car on s’acharne d’autant plus sur ceux qui ont peur.

Ma note : 18.75/20

• Scénario – 3/4
• Ecriture/Style – 4/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 2/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.25/1.5
• Bonus « Courage et dénonciation » : +1pt

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