Coup de coeur·Dystopie·Philosophie/Réflexion·SF

Habeas Corpus – Victor Boissel

kobocream-1Caractéristiques : 

  • Auteur – Victor Boissel 
  • Editeur – Les Parias de Babylone
  • Parution – 2015
  • Pages – 383
  • ISBN – 979-1095768029

4ème de couverture : 

La jeunesse et la beauté, deux richesses qui d’ordinaire ne font que se dissoudre dans le temps. Mais dans le monde où vit Edgaar Finker, la jeunesse et la beauté forment la monnaie avec laquelle on rémunère ceux qui accomplissent de grandes choses. Un monde idéal, à bien des égards, un monde sans pauvreté, ni crime, ni police, un monde où le bonheur du plus grand nombre est la préoccupation de chaque instant. Or un jour une main meurtrière frappe et une victime tombe. L’impensable est commis. Un meurtre. Il n’existe ni méthode ni institution pour l’élucider. Edgaar Finker, le fonctionnaire qui a découvert le corps, se voit chargé de l’enquête. Il s’engouffre alors dans un dédale d’aventures qui lui révèleront les entrailles de ce monde à la plastique irréprochable.

Mon avis :

Je remercie très chaleureusement l’auteur de m’avoir contactée… Mais aussi pour m’avoir mis, je pense, la gifle du siècle ! Je dois être un peu maso, car il s’agit d’un coup de coeur !

Le style arrive à être à la fois fluide, tout en étant extrêmement riche, et composé de phrases longues. J’ai tout de suite fait, à titre de comparaison, le rapprochement entre son style et celui de l’orateur antique Cicéron (ceux qui ont lu du Cicéron me comprennent, et ceux qui comme moi, ont dû traduire du Cicéron s’épouvantent). Pas de panique ! La lecture est extrêmement agréable. Ce qui caractérise le plus le style de Victor Boissel est, je pense, sa froideur. Il énonce certains faits d’une manière presque scientifique, parfois dépourvu de tout sentiment. Mais coup de force, nous, lecteurs, ressentons tout. Glaçant de l’intérieur, il nous prend aux tripes pour ne plus nous lâcher.

L’intrigue… Enfin, l’intrigue… Plutôt les intrigues ici ! Une seule histoire, pour une intrigue à la fois politique, philosophique, amoureuse, d’aventure, policière… Et le mieux, c’est que tout est intimement lié dans un univers dystopique mené d’une main de maître. Aucune ne sauraient fonctionner sans les autres. Entre philosophie, critique d’un pouvoir établie, et meurtre, Victor Boissel arrive tout à la fois à pointer du doigt les failles de notre système politique, de notre société, mais aussi à nous faire vibrer face aux aventures de Edgaar Finker, et de tous les autres.

L’histoire quant à elle… J’en ai rarement vu d’aussi aboutie et bien ficellée. Cette histoire est une machine extrêmement bien huilée. Aucun couac. Aucun hic. Aucune fausse note. On est vite emporté par le flot…
Le seul problème est que le monde dans lequel évoluent les personnages est extrêmement complexe, et il y a beaucoup de personnages. Moralité, le début est un peu long, car il faut que tout se mette en place… Mais une fois cela fait… Impossible de le lâcher. Les premiers 10% du livre, j’ai mis presque une semaine à les lire. Les 10% suivants, quelques jours. Les 80% restants, en une seule journée. Une fois qu’on a vu le fil qui relie tout… C’est un vrai casse-tête ! Ce livre accaparait tout mon esprit ! Au point de me faire dire un magnifique « Oh putain mais c’est çaaaaaa !!!!! » alors que je faisais des gâteaux de Noël… C’est pour dire !

À l’image de l’histoire, les personnages sont eux aussi extrêmement travaillés, profonds, et très humains (enfin pour la plupart).

Edgaar Finker, est un personnage que j’ai trouvé très posé, réfléchi, et logique. Je l’ai beaucoup apprécié pour cela : malgré les chocs émotionnels extrêmement puissants, il arrive à garder la tête froide. Il se pose deux minutes, respire un bon coup, et c’est reparti ! Sans parler du tour de force final…

Basile Névil… Il m’était sympathique au départ, mais finalement, j’ai eu envie de lui mettre des coups de pieds aus fesses pour le faire se bouger un peu. C’est peut être mon propre vécu d’une même situation qui parle, mais je sais que je voulais juste y faire un câlin, et lui dire de tourner la page.

Daphné Lénoril : un personnage que j’ai a-do-ré du début à la fin ! Dès le départ, elle a su me capter, et depuis… J’avais hâte de retrouver les passages où on la suivait elle.
Dahlia Solès. Je ne l’aime pas du tout, soyons bien clairs là dessus !

Je ne vais pas citer tous les personnages tant il y en a, mais s’il y a une chose à retenir, c’est qu’ils sont tous très bien construits, et structurés.

Ce qui est extrêmement fort et d’extrêmement perturbant, c’est qu’au fil de la lecture, on se rend compte que le monde décrit n’est qu’une exagération de celui dans lequel nous vivons. Dans Habeas Corpus, ce sont la jeunesse, et la beauté qui font le pouvoir et la richesse… Regardez autour de vous. N’est-ce pas déjà le cas, avec les diktats de beauté actuels ? Ne sont-ce pas déjà la beauté qui prime sur les valeurs ? Qu’est-ce que certains ne feraient pas pour retrouver leur beauté et leur jeunesse d’antan ? Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Une énorme gifle. Magistrale.

En bref, un premier roman extrêmement prometteur et excellent, qui se place pour moi auprès des plus grands, comme Le meilleur des mondes de Huxley, ou encore de Fahrenheit 451 de Bradbury. Un coup de coeur magistral, qui mérite à être connu.

Citations : 

Quand les corps parlent, les âmes obéissent.


Basile souffrait, ce sont les sentiments qui sont au service de la vie, par l’inverse.


Il est toujours plus grave pour la société de perdre un individu jeune, beau et productif.


– Ah ! les unions humaines sont particulières, il faut un accord mutuel pour les nouer et une volonté individuelle pour les rompre, je crains que vous n’ayez plus le choix, passez à autre chose. Et vite.


Aucune drogue n’est plus puissante que la chance qui sourit.


Mais la loi n’interdit pas ce qui est injuste, elle interdit ce qui est illégal.


C’était bien la démesure qu’inspirait la scène. Tout ce qui est fini est, relativement, grand ou petit, mais là, dans un univers fini, dans un monde fini, dans une chambre finie, deux corps finis tutoyaient l’infini avec une sérénité insolente.


Poussez autrui à être moins est un crime, voilà mon propos.


Il est juste que l’on soit et que l’on ait ce que l’on mérite.
Il est juste que l’on mérite ce que l’on est et ce que l’on a.


Il y avait quelque part, dans une dangereuse équation, un X qui ne devait pas rester inconnu.


– Tu m’as toujours dit : « Cléome, il est toujours sain de déterminer ce qu’il y a à gagner quand on prend une décision, mais il est au moins aussi important de déterminer ce qu’il y a à perdre. Or la plupart du temps, il n’y a rien à perdre. C’est pour cela qu’il faut agir. Demande-toi toujours ce que tu as à perdre. Si tu n’as rien à perdre, alors avance. »


Retenez cette définition : « La démocratie, c’est une majorité qui élit une minorité qui gouverne la totalité. »


Je suis une porcelaine confiante qui virevolte dans ses mains de jongleur habile, je sais que d’un geste volontaire ou d’une maladresse il peut me briser. Mais je ne tiens plus à la solidité qui n’avait d’attrait que sans lui.


Les meilleurs mensonges sont des vérités.


Les jeux produisent du bonheur. Mais ils provoquent aussi dépendance et apathie. Ils permettent de mieux vivre la réalité en quittant la réalité. Est-ce un bien ou un mal ?

Question qui peut aussi très bien se poser à la lecture…


Et enfin je suis contre cette démocratie qui donne le pouvoir à un peuple asservi, endoctriné, anxieux, sous-éduqué, sous-informé et motivé par de mauvaises envies que vous lui insufflez à longueur de temps.

Vous la sentez, la grosse gifle ?


Et la vie s’est plu à creuser mes plaies, à les nourrir d’acide puis à les soigner pour que je puisse souffrir encore. Plus fort, plus longtemps.


Sais-tu qu’un objet aimé est un objet armé ? Sais-tu que plus tu aimes un objet, plus tu l’équipes d’armes meurtrières qui peuvent se retourner contre toi ? Qui se retournent contre toi. Plus tu aimes, plus tu développes ton capital de souffrance potentielle.


Je suis une machine à souffrir parce que je suis une machine à aimer.


Basile, comme souvent les hommes devant la beauté et les tristesse, était désemparé.


Le monde que les hommes ont imaginé est mille fois plus beau que celui qu’ils constituent.

Ma note : 19.5/20

• Scénario – 4/4
• Ecriture/Style – 3.75/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 2/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.25/1.5
• Bonus « Philosophie et Politique » : +1pt

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