Coup de coeur·Fantasy/Fantastique·Thriller

Le Horla – Guy de Maupassant

le-horla-597427Caractéristiques : 

  • Auteur – Guy de Maupassant
  • Editeur – Le Livre de Poche
  • Parution – 1887
  • Pages – 85
  • ISBN – 978-2070458202

4ème de couverture :

Le Horla raconte la lente désagrégation d’un esprit, de la dépression à la folie – des maux que connaissait bien Maupassant. Le héros se sent peu à peu envahi par un autre, qui agit à travers lui : le Horla, puissance invisible, inconsciente, qui le manipule. S’installent alors l’incompréhension, la peur, l’angoisse. Jusqu’à l’irréparable.

Mon avis :

Qui ne connait pas cette oeuvre fondatrice ? J’étais réticente à l’idée de relire du Maupassant. L’aperçu que j’en avais eu en lisant La Maison Tellier (éditions Classiques de Poche, avec Les Tombales, Sur l’eau, Histoire d’une fille de ferme, En Famille, Le papa de Simon, Une partie de campagne, Au printemps, et La femme de Paul) ne m’avait pas emballé, même si le style était assez plaisant… J’ai bien fait de me forcer sans quoi, je n’aurais jamais découvert ce bijou de littérature française !

Le style est, je trouve, radicalement différent de celui employé dans les nouvelles que j’avais déjà lues ! Beaucoup plus fluide, beaucoup plus profond… Peut-être est-ce la narration (un point de vue interne) qui donne cet effet là, mais il n’y a rien à dire : au bout de même pas six pages, je vibrais déjà au rythme des mots de ce maître ! Mais surtout, ce qui fait la force de ce texte est sa modernité. Rappelons que le texte date du XIXème siècle ! Le sujet déjà, original et osé pour l’époque (notons quelques propos que l’on pourrait considérer comme blasphématoires, voir criminel pour l’époque en rapport à la religion), mais qu’en plus, mais la façon de l’écrire l’est d’autant plus. Je pense, très sincèrement, que le style employé ici est proche de la perfection. Il est fluide, riche, tout en étant léger, moderne, et addictif. Chapeau l’auteur !

L’intrigue elle… Dans notre contexte moderne qui baigne dans le fantastique et la fantasy, l’intrigue est banale. Un type hanté par une présence qu’il ne peut voir… Rien d’original. Mais remontons le temps jusqu’en 1887, date de la première parution. Elle a du faire l’effet d’une bombe atomique.

L’histoire, elle, suit une trame devenue maintenant bateau, à la fois pour les thrillers psychologique et fantastiques, qu’aux récits fantastiques/fantasy. Si vous êtes des adeptes de frissons, vous serez servis !

Les personnages, ce n’est pas bien compliqué, il n’y a qu’un. Deux, si on compte l’ombre. Je pense n’avoir jamais vu un développement aussi profond d’un personnage en si peu de page ! Époustouflant ! Mais surtout, poignant. Je mentirai en disant que je n’avais pas un peu (UN PEU !) peur en lisant l’ouvrage, tant on est plongé dans les angoisses du personnage.

En bref, une nouvelle qui se lit très rapidement, qui nous capte, nous emprisonne dans sa bulle dès les premiers mots. Une fois commencée, il est impossible de la lâcher.

Citations :

A gauche, là-bas, Rouen, la vaste ville aux toits bleus, sous le peuple pointu des clochers gothiques. Ils sont innombrables, frêles ou larges, dominés par la flèche de fonte de la cathédrale, et pleins de cloches qui sonnent dans l’air bleu des belles matinées, jetant jusqu’à moi leur doux et lointain bourdonnement de fer, leur chant d’airain que la brise m’apporte, tantôt plus fort et tantôt plus affaibli, suivant qu’elle s’éveille ou s’assoupit.


Sait-on ? Tout ce qui nous entoure, tout ce que nous voyons sans le regarder, tout ce que nous frôlons sans le connaître, tout ce que nous touchons sans le palper, tout ce que nous rencontrons sans le distinguer, a sur nous, sur nos organes et, par eux, sur nos idées, sur notre coeur lui-même, des effets rapides, surprenants et inexplicables.


– Est-ce que nous voyons la cent millième partie de ce qui existe ? Tenez, voici le vent, qui est la plus grande force de la nature, qui renverse les hommes, abat les édifices, déracine les arbres, soulève la mer en montagnes d’eau, détruit les falaises, et jette aux brisants les grands navires, le vent qui tue, qui siffle, qui gémit, qui mugit, – l’avez vous vu, et pouvez le voir ? Il existe, pourtant.


Au lieu de conclure par ces simples mots « Je ne comprends pas parce que la cause m’échappe », nous imaginons aussitôt des mystères effrayants et des puissances surnaturelles.


On lui dit ; « Amuse-toi. » Il s’amuse. On lui dit : « Va te battre avec le voisin. » Il va se battre. On lui dit : « Vote pour l’Empereur. » Il vote pour l’Empereur. Puis, on lui dit : « Vote pour la République. » Et il vote pour la République. Ceux qui le dirigent sont aussi sots ; mais au lieu d’obéir à des hommes, ils obéissent à des principes, lesquels ne peuvent être que niais, stériles et faux, par cela même qu’ils sont des principes, c’est-à-dire des idées réputées certaines et immuables, en ce monde où l’on n’est sûr de rien, puisque la lumière est une illusion, puisque le bruit est une illusion.


Quand cette intelligence demeurait encore à l’état rudimentaire, cette hantise des phénomènes invisibles a pris des formes banalement effrayantes. De là sont nées les croyances populaires au surnaturel, les légendes des esprits rôdeurs, des fées, des gnomes, des revenants, je dirai même la légende de Dieu, car nos conceptions de l’ouvrier-créateur, de quelque religion qu’elles nous viennent, sont bien les inventions les plus médiocres, les plus stupides, les plus inacceptables sorties du cerveau apeuré des créatures.

(je parlais de blasphème ! Ce passage a dû en faire couiner plus d’un !)


Malheur à nous ! Malheur à l’homme ! Il est venu, le… le… comment se nomme-t-il… le… il me semble qu’il me crie son nom, et je ne l’entends pas… le… oui… il le crie… J’écoute… je ne peux pas… répète… le… Horla… J’ai entendu… le Horla… c’est lui… le Horla… il est venu !…


Pourquoi pas d’autres éléments que le feu, l’air, la terre et l’eau ? – Ils sont quatre, rien que quatre, ces pères nourriciers des êtes ! Quelle pitié ! Pourquoi ne sont-ils pas quarante, quatre cents, quatre mille !

Ma note : 18.75/20

• Scénario – 2.75/4
• Ecriture/Style – 4/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 1/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.5/1.5
• Bonus « Maître de la plume » : +1 pt
• Bonus « Modernisme avant-gardiste » : +1 pt

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