Coup de coeur·Roman/Polar Noir·Thriller

Juste une ombre – Karine Giebel

9782266238571Caractéristiques :

  • Auteur – Karine Giebel
  • Éditeur – Fleuve Noir
  • Parution – 2012
  • Pages – 606
  • ISBN – 978-2266238571

4ème de couverture : 

Tu te croyais forte. Invincible. Installée sur ton piédestal, tu imaginais pouvoir régenter le monde. Tu manipules ? Tu deviendras une proie. Tu domines ? Tu deviendras une esclave. Tu mènes une vie normale, banale, plutôt enviable. Tu as su t’imposer dans ce monde, y trouver ta place. Et puis un jour… Un jour, tu te retournes et tu vois une ombre derrière toi. À partir de ce jour-là, elle te poursuit. Sans relâche. Juste une ombre. Sans visage, sans nom, sans mobile déclaré. On te suit dans la rue, on ouvre ton courrier, on ferme tes fenêtres. On t’observe jusque dans les moments les plus intimes. Les flics te conseillent d’aller consulter un psychiatre. Tes amis s’écartent de toi. Personne ne te comprend, personne ne peut t’aider. Tu es seule. Et l’ombre est toujours là. Dans ta vie, dans ton dos. Ou seulement dans ta tête ? Le temps que tu comprennes, il sera peut-être trop tard… Tu commandes ? Apprends l’obéissance. Tu méprises ? Apprends le respect. Tu veux vivre ? Meurs en silence…

Mon avis :

En résumant rapidement les étapes qui ont accompagné ce livre. Je le vois sur l’étalage de mon libraire, je me dis « Wahou, la couverture en jette ! ». Je lis le résumé, « Wahou, ça à l’air génial ! ». Je regarde le prix « Okaaaayyyyyy je t’achète direct ! » (vive les livres en poche !). Après lecture « Wahou. ». Juste… Wahou. Petite explication.

Tout d’abords, le style. On voit et on sens que tout est fait pour percuter le lecteur, le pousser dans ses retranchements. Des phrases courtes, un vocabulaire vif et tranchant… Contrairement à ce que l’on pourrait croire à première vu, le style est loin d’être statique. Il évolue au fur et à mesure que l’on avance dans l’intrigue, devenant de plus en plus précis et de plus en plus trash, jusqu’à l’apothéose finale de la fin du dernier chapitre et de l’épilogue, qui sont de pures merveilles à mon avis. Edgar Allan Poe disait « Words have no power to impress the mind without the exquisite horror of their reality. ». Cette citation décrit à merveille ce que l’on ressens tout au long de cet ouvrage. C’est profondément dérangeant. Mais tellement exquis.

L’intrigue est menée d’une main de maître. Dès le première page, on sens qu’on ne va pas ressortir indemne de cette lecture. Une histoire qui pourrait arriver à n’importe qui. Un mystère terrifiant. Poignant. L’horrible réalité de la vie mise en face. Tout au long de l’ouvrage, on est mis au pied du mur, face aux monstruosités de la vie, à ses douleurs et ses désillusions, l’univers sans pitié du travail et de la vie perso… L’ingéniosité de l’auteur, allié à une plume qui ne laisse aucune place à la pitié… C’est explosif, malgré quelque redondances.

Les personnages quant à eux, sont extrêmement travaillés et surtout, plus vrai que nature. Qui n’a jamais connu une fille insupportable qui se pensait supérieure ? Qui n’a jamais connu un homme déchiré par l’amour ? Par ce choix de personnage classique, le lecteur se sent directement proche d’eux. Immédiatement. Au point d’entrer en empathie totale. Sauf qu’il est fortement déconseillé de s’attacher aux personnages, quand dès les premières lignes de texte, on sait, pressentiment mystique, que ça va tourner au vinaigre. Et pourtant… Des personnages travaillés, profonds et complets… Comment ne pas tomber dans le panneau ?

Je n’ai lu qu’une seule nouvelle de Stephen King, et encore, pas entière. Je bloque à cause du style. Mais au niveau du fond psychologique, il y a des similitudes. Ici, on est plongé dans l’univers d’une femme absolument insupportable au premier abords, qui a un lourd passé et qui, après voir croisé une ombre dans la rue, finit par la voir partout, jusqu’à lui briser sa vie. On la voit sombrer dans la démence, l’alcoolisme, la dépression, pour finir par la folie. En parallèle, on suit un flic détruit, qui ne vis plus, mais survis. On le voit sombrer, espérer que la mort le prendra, penser au suicide comme on se demanderait ce qu’on va bien pouvoir faire à dîner pour ce soir. Ce livre nous plonge totalement dans la détresse, le désespoir, la panique et la peur que peur ressentir un être humain. Certain passage sont crues, trash, malsain… Dérangeant. Plusieurs fois, j’ai dû poser le livre, fermer les yeux, et respirer un bon coup pour continuer ma lecture.

En bref, un livre dur et sombre comme on les aime, qu’on ne lâche pas même si ça fait mal. Le genre de livre qui vous change. Le genre de livre qui fait mal. Mais le genre de livre qu’on dévore, et qu’on adore. Je le recommande très chaudement, et c’est un coup de coeur.

Citations :

J’entends mon coeur. Je le sens. Curieux comme on peut sentir son coeur, parfois. Alors que la plupart du temps, on ne fait pas attention à lui.


Sacrifier sa vie privée sur l’autel de la réussite. Surtout quand on est une femme. Prouver sa compétence, ses capacités, sa motivation ou encore sa discrétion. Toujours prouver, chaque jour recommencer. Ne jamais baisser sa garde.


Toujours garder un peu d’espace autour de soi pour pouvoir respirer, évoluer.


– Alors que moi, je ne sais rien de toi, murmure Cloé.
Absolument rien. D’où tu viens, où tu vas. Qui tu es vraiment. Ce que tu as vécu, ce que tu espères vivre. Je ne connais aucun de tes rêves, ou de tes cauchemars.
Absolument rien, sinon que tu as les yeux les plus extraordinaires que j’aie jamais croisés. Que tu es en train de devenir la drogue la plus puissante que j’ai jamais testée.


– Non. N’empêche que si Bashkim arrive, faut appeler l’armée en renfort. Ce type est barge !
– Moi aussi, rappelle le commandant. Et sans doute plus que lui, puisque je risque ma peau pour deux mille cinq cents euros par mois.


L’aube ne tardera plus, mais ne lui fera pas l’aumône du moindre réconfort. Ce moment si particulier entre la nuit et le jour. Entre deux mondes si différents. L’heure où les ombres se détachent de l’obscurité.


Si seulement un pneu pouvait éclater et m’envoyer dans le décor. Me tuer, sur le coup de préférence. J’ai envie de mort, pas d’agonie. La vie, c’est déjà une lente agonie et rien d’autre. Une marche forcée vers l’issue fatale.
On vient au monde sans l’avoir demandé, on va à la mort sans l’avoir choisi. Pas la peine d’en rajouter.


– Tu parles, aucun hôpital psy ne veut de moi ! J’ai déjà postulé, mais apparemment, je leur fous les jetons.
– Pourquoi tu as martyrisé cette équipe de la BAC ? Soupire Maillard.
– Ils n’avaient qu’à pas me casser les couilles. Je roulais tranquille et…
– Tu roulais à 130 en agglomération. C’est un motif suffisant, il me semble. Le gyro, c’est pas fait pour les chiens.
– Et après ? J’ai même pas réussi à écraser un petit vieux ! A cette heure-là, ils sont tous au pieu depuis longtemps. Je voudrais bien contribuer à sauver notre système de retraite, mais faudrait que les papys soient moins casaniers.
– Je te rappelle que tu es payé pour terroriser les méchants, pas les flics. Les flics, c’est ta famille, tu vois. L’équipe dans laquelle tu joues. Enfin, dans laquelle tu es censé jouer du moins…
– Je suis payé, t’es sûr ? s’étonne Gomez. Vu l’état de mes finances, je croyais que j’étais bénévole à l’Armée du salut.


Une simple habitude. Une devise, même. Ne jamais tendre la main, au risque de se la faire broyer. Ne jamais accepter celles qui se tendent, de peur d’être redevable.


C’est ça, être vivant. C’est ça, exister. Exister, c’est manquer à quelqu’un. Exister, c’est être la douleur d’un autre.


Elle s’enferme à nouveau dans la voiture, continue de trembler.
Il m’a violée.
L’impression que son corps se durcit. Qu’il meurt.
Un liquide gelé coule dans ses veines, un liquide chaud sur ses joues.
Quelque chose vient de se fracturer à l’intérieur.
Et c’est irréversible.


Ce n’était pas grand-chose, mon ange. Juste les préliminaires.
Mais j’espère que tu as aimé !
J’avais envie d’un avant goût de toi.
Je ne m’étais pas trompé. Je t’ai bien choisie.
Je ne me trompe jamais, de toute façon. Ou si rarement…
Et chaque erreur est là pour nous apprendre, nous faire progresser.
Tu as été imprudente, mon ange. Tellement imprudente ! Choisir d’aller te perdre dans la forêt, ma chère enfant… Quelle inconscience !
Tu m’as un peu déçu, je l’avoue. Mais je sais que tu ne recommenceras pas. Parce que chaque erreur nous apprend.
Ceci dit, ça ne te sauvera pas.
Désormais, tu vas vivre avec la peur chevillée au corps.
Ton si jolie corps. Que j’ai pu admirer en prenant tout mon temps. Que j’ai pu toucher… Toucher et même pénétrer.
Ce n’était pas la première fois, tu sais.
Tu es si jolie quand tu dors ! Mais je te préfère les yeux ouverts.
Et la prochaine fois, tu me regarderas, je te le promets.
Mon visage sera même la dernière chose que tu verras.
La dernière image que tu emporteras dans la tombe.
(ce n’est donc pas un gentil livre pour les enfants !!)


– Je ne suis pas forte. C’est juste une illusion… J’ai peur d’une ombre !


Seule, dans mon cercueil. Condamnée à y rester jusqu’à la fin, j’ai bien compris.
Personne à qui parler, à part toi. Toi, ce fantôme.
Seule, dans mon cercueil.
Sous des mètres cubes d’indifférence.

Ma note : 19/20

• Scénario – 4/4
• Ecriture/Style – 4/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 1.5/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 1/1.5

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s