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La mort est mon métier – Robert Merle

merle-copyCaractéristiques :

  • Auteur – Robert Merle
  • Éditeur – Folio
  • Parution – 1952
  • Pages – 370
  • ISBN – 978-2070367894

4ème de couverture :

Le Reichsführer Himmler bougea la tête, et le bas de son visage s’éclaira…
– Le Führer, dit-il d’une voix nette, a ordonné la solution définitive du problème juif en Europe.
Il fit une pause et ajouta :
– Vous avez été choisi pour exécuter cette tâche.
Je le regardai. Il dit sèchement :
– Vous avez l’air effaré. Pourtant, l’idée d’en finir avec les Juifs n’est pas neuve.
– Nein, Herr Reichsführer. Je suis seulement étonné que ce soit moi qu’on ait choisi…

Mon avis :

Et oui, je ne lis pas que du young adult ! Car ce que j’adore dans un livre, après l’histoire, les personnages, le voyage… C’est aussi les choses percutantes. Et quoi de plus percutants que de se trouver dans la tête de celui qui dirigeait le camp de la mort d’Auschwitz ?

Il faut dire ce qui est, Merle à du culot et du cran : sortir un livre sur un sujet aussi tabou même pas 10 ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale (parution en 1952), moi je dis, fallait le faire !

Bref. Le style est pour l’époque, je trouve, très moderne. L’écriture est fluide, les mots choisis avec justesse et finesse, l’atmosphère est assez chaleureuse. Tout est fait pour nous mettre dans la peau du personnage. Trop souvent, les textes qui ont un point de vu interne à un personnage avec une narration en je ont deux tares majeures : soit l’auteur écrit un point de vu interne comme il écrirait d’un point de vu omniscient, mettant un dissonance dans le texte (on n’est pas tous Victor Hugo, dans nos pensées, on parle pas par métonymie, métaphores filées ou autre figures de style complexifiant à mort la narration, la rendant plus littéraire). Si c’est bien mené, ça peut le faire, mais généralement, j’ai du mal à entrer complètement dans le roman, parce que j’ai alors trop de mal à me mettre dans la peau du narrateur/personnage. Soit, le style est d’une banalité et d’une vulgarité déconcertante, relevant plus du script de film de série B qu’à la littérature (50 nuances de Grey, et bien trop de romans érotiques par exemple, mais j’y reviendrais en temps et en heure). Mais cette chose que je trouve absolument fabuleuse, est que Robert Merle arrive non pas à nous prendre le coeur, mais à nous prendre aux tripes.

Le personnage quant à lui… Et bien, c’est assez complexe de parler de ce personnage… Alors avant tout propos, pour qu’il n’y ai pas de quiproquo : j’exprime ici mon avis et mon ressenti face aux livres, en aucun cas mon avis personnel sur la question des camps, sachant qu’au vu de certains choix personnels, j’aurais eu ma place en chambre à gaz. Enfiiiiiin ! C’est bien les livres dans ce genre, mais en faire une critique qui tourne pas au vinaigre, c’est pas une chose simple ^^’. Bref. Même en contexte, le personnage est montré sous le visage de celui qui est attachant, mais qui, manque de chance, n’a pas assez de jugeote pour voir qu’il se fait manipuler. Car tout repose sur le principe du « Tu dis et j’obéis. ». Le personnage est, en somme, un parfait petit soldat qui, par son attitude exemplaire, gravit les grades jusqu’à son paroxysme : il devient « chef » du camp d’Aushwitz. Mais tout le génie de Merle ressort : à la fin. Je ne risque pas de spoiler, étant donné que c’est un livre considéré comme historique. Notre personnage est donc condamné et, de son point de vu et avec la façon dont l’auteur a tourné toute son récit, on vient à penser « Peucheure… Quand même, il faisait que ce qu’on lui demandait… ». On en vient à prendre en pitié dont toute la monstruosité est décrite et détaillée : comment il gère les arrivages, comment il compte les déportés non pas en nombre d’homme, mais en tant qu’unité, comme s’ils n’étaient que de vulgaire paquet, comment il perfectionne et améliore les chambres à gaz… Ce sentiment m’a complètement retourné, déjà, par rapport à ce personnage que je pensais fictif. Mais le pire, c’est quand on sait que ce texte est inspiré d’une personne qui a réellement existée, que l’enfance décrite est celle narrée par ce même nazi réel, et que la partie finale du procès etc… approuvée par des documents officiels. On prends en pitié un assassin nazi parce qu’un auteur a montré l’histoire sous un autre angle. Ca m’a fait un véritable choc, qui m’a perturbé pendant près d’une semaine. Comment ai-je pu me faire manipuler à ce point ? Au point de prendre cette ordure en pitié, en le considérant non pas comme un meurtrier, mais comme une victime !? Et pourtant… Je ne peux pas tromper mes sentiments.

L’intrigue en elle même qui n’en est pas vraiment une, puisqu’elle est – en quelque sorte – une semi-biographie, est loin d’être banale, s’attache à des détails qui pourraient paraître insignifiants mais qui, en fin de compte, ont leurs importances (en grande partie pour rendre notre personnage d’autant plus réel).

Je ne vous cache pas qu’il faut une certaine maturité et un certain recul pour lire un livre de cette trempe. Ma mère m’avait prévenu qu’il n’était pas simple à lire, mais j’ai voulu tenter. Et j’ai bien fait, car malgré le contenu et tout ce qu’il implique, il fait parti de mes livres préférés. L’ouvrage n’est pas vraiment trash, mais dérangeant. En tout cas, je ne le conseil pas aux lecteurs trop jeunes ou bien trop sensibles (certains passages m’ont retournés l’estomac), ou encore ceux qui ont du mal avec cette période là. Mais ce livre est une petite merveille qui, malgré son contenu, son point de vu… Reste une oeuvre que je trouve aussi dure qu’enrichissante et excellente.

« Il y a bien des façons de tourner le dos à la vérité. On peut se refugier dans le racisme et dire : les hommes qui ont fait cela étaient des Allemands. On peut aussi en appeler à la métaphysique et s’écrier avec horreur, comme un prêtre que j’ai connu : « Mais c’est le démon ! Mais c’est le Mal !… ».
Je préfère penser, quant à moi, que tout devient possible dans une société dont les actes ne sont plus contrôlés par l’opinion populaire. Dès lors, le meurtre peut bien lui apparaitre comme la solution la plus rapide à ses problèmes.
Ce qui est affreux et nous donne de l’espèce humaine une opinion désolée, c’est que, pour mener à bien ses desseins, une société de ce type trouve invariablement les instruments zélés de ses crimes.
C’est un de ces hommes que j’ai voulu décrire dans La Mort est mon Métier. Qu’on ne s’y trompe pas : Rudolf Lang n’était pas un sadique. Le sadisme a fleuri dans les camps de la mort, mais à l’échelon subalterne. Plus haut, il fallait un équipement psychique très différent.
Il y eu sous le nazisme des centaines, des milliers, de Rudolf Lang, moraux à l’intérieur de l’immoralité, consciencieux sans conscience, petits cadres que leur sérieux et leurs « mérites » portaient aux plus hauts emplois. Tout ce que Rudolf fit, il le fit non par méchanceté, mais au nom de l’impératif catégorique, par fidélité au chef, par soumission à l’ordre, par respect pour l’Etat. Bref, en homme de devoir : et c’est en cela justement qu’il est monstrueux. »

Extrait de la préface

Ma note : 18.75/20

• Scénario – 3/4
• Ecriture/Style – 4/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 2/2
• Créativité – 1.75/2
• Originalité – 1.5/1.5
• Suspens – 1/1.5
• Humour – 0.5/1.5
• Bonus « Histoire vraie » : +1pt
• Bonus « Roman historique » : +1pt

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