Contemporain·Drame·Philosophie/Réflexion

Treize raisons – Jay Asher

couv11972806Caractéristiques :

  • Auteur – Jay Asher
  • Éditeur – Albin Michel
  • Parution – 2010
  • Pages – 284
  • ISBN – 978-2226195531

4ème de couverture :

Clay Jensen reçoit sept cassettes enregistrées par Hannah Baker avant qu’elle ne se suicide. Elle y parle de treize personnes qui ont, de près ou de loin, influé sur son geste. Et Clay en fait partie. D’abord effrayé, Clay écoute la jeune fille en se promenant au son de sa voix dans la ville endormie. Puis il découvre une Hannah inattendue qui lui dit à l’oreille que la vie est dans les détails. Une phrase, un sourire, une méchanceté ou un baiser et tout peut basculer…

Mon avis :

Même si ce livre est sorti il y a un petit moment maintenant, j’étais complètement passé à côté. C’est en regardant la série Netflix sortie il y a peu que j’ai découvert que le livre existait. Après voir littéralement dévoré la série (presque d’une traite), j’ai voulu lire le roman. Et bien pour une fois, j’ai préféré l’adaptation au livre.

Je ne ferai pas un article sur la différence entre le film et le livre, mais uniquement sur le livre.

Ce qui en fait sa force est bien évidemment à quel point il est cru, plus que le sujet en lui même. Ce n’est pas le premier livre sur le harcèlement scolaire que je lis, ni qui est édité, mais c’est le premier que je lis et qui est aussi cru, voire même par moment malsain. Comparé à Blacklistée de Cole Gibsen, 13 raisons pourrait paraître comme un thriller psychologique tellement il est puissant et intrusif.

Chaque chapitre correspond à la face d’une cassette, et on alterne entre le point de vue de Clay, et la narration d’Hannah. Chose assez éprouvante, car la narration globale est totalement hachée : dès qu’Hannah dit quelque chose, Clay va de son petit commentaire ou de son anecdote, nous donnant alors un autre point de vue sur une situation identique. Procédé extrêmement intéressant je trouve, car on voit alors les fautes de chaque personnage : ce que Hannah aurait pu faire, ce qu’elle a fait, ce que Clay n’a pas vu, etc.

Mais ce qui transforme ce roman dur en véritable page-turner, c’est à quel point il est malsain et cru dans ses démonstrations. Hannah n’hésite pas à utiliser le vocabulaire spécifique concernant ce qu’elle a vécu, et elle n’omet rien, même les détails les plus sordides. Contrairement à Clay qui veut la vérité, nous sommes nous, lecteurs, placés dans le rôle du voyeur, ce qui peut être extrêmement dérangeant.

Ce qui à mon goût, rend ce roman indispensable à lire (de même que la série), est sa justesse. Combien de fois me suis-je retrouvée dans le personnage d’Hannah ? Bien trop à mon goût. Ce qui m’a le plus chamboulé, ce n’est pas tellement ce qu’elle vit, et comment elle raconte, ô combien sa démarche est macabre et morbide, mais à quel point sur certains de ses ressentis, j’étais proche d’elle. L’auteur a réussi à se mettre dans la peau et surtout dans la tête d’une adolescente harcelée avec une facilité déconcertante, et le résultat n’est que plus vraisemblable.

Alors oui, Hannah a fait des erreurs fatales, des actes manqués qui auraient pu lui sauver la vie. Mais là est toute la puissance du roman : le personnage n’est pas parfait, mais est humain, à faire des erreurs et à penser non plus rationnellement, mais en suivant un seul fil : comment arrêter de souffrir ?

Vous l’aurez compris, ce livre est une pépite, bien qu’elle soit assez malsaine, et que certaines réflexions que fait Clay sont totalement déplacées à mon goût. Bien moins violent que la série, je conseillerais à ceux voulant découvrir cette histoire de commencer par le livre s’ils sont d’un naturel fragile et/ou sensible.

En bref, une roman percutant, cru et indispensable, véritable coup de pied dans la fourmilière, qui n’hésite pas à dénoncer la gravité que peut avoir le harcèlement scolaire à travers les yeux d’une victime qui ne s’en sort pas.

Citations :

Petit conseil. Quand vous touchez une fille, même pour rire, et qu’elle vous repousse… fichez-lui la paix. Stop. Ne la touchez plus. Nulle part. Votre contact la dégoût, un point c’est tout.


Quand une chanson vous fait pleurer, mais que vous n’avez plus envie de pleurer, vous cessez de l’écouter.
Mais échapper à soi-même, c’est impossible. On ne peut pas décider de ne plus se voir. De couper le son à l’intérieur de sa tête.


On en peut jamais retrouver les choses telles qu’elles étaient. Telles qu’on les croyait.
Nous n’avons… que le présent.

Ma note : 17.25/20

• Scénario – 3.75/4
• Ecriture/Style – 3.5/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 1.75/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 2/2
• Suspens – 1/1.5
• Humour – 0.25/1.5

Fantasy/Fantastique

La mission de l’ambassadeur (Les Chroniques du Magicien Noir 1/3) – Trudi Canavan

couv18025763Caractéristiques : 

  • Auteur – Trudi Canavan
  • Éditeur – Milady
  • Parution – 2011
  • Pages – 572
  • ISBN – 978-2811210199

4ème de couverture : 

La Magicienne Noire Sonéa est confrontée à de sérieux ennuis. Tandis qu’elle ne peut rien pour porter secours à son unique fils en danger, elle doit aider son viel ami Céry dont la famille vient d’être assassinée. Depuis trop longtemps, quelqu’un élimine les Voleurs en utilisant la magie. De deux choses l’une : ou un membre de la Guilde joue les justiciers, ou il y a une fois de plus un renégat en liberté dans les rues d’Imardin. Mais ce renégat-là maîtrise ses pouvoirs à la perfection et surtout, il est prêt à s’en servir pour tuer.

Mon avis :

Cela faisait quelques temps maintenant que j’entendais parler de cette auteure. Alors quand j’ai eu l’occasion de lire un de ses romans, je n’ai pas hésité une seule seconde : on n’est pas passé près du coup de coeur !

Ce qu’il faut savoir avant tout, c’est que la saga des Chroniques du Magicien Noir fait suite à la Trilogie du Magicien Noir d’un point de vue temporel. Au début, j’avais un peu peur que ne pas réussir à rentrer dans l’histoire, ayant raté la première saga… Et bien pas du tout, et c’est vraiment un excellent point : même si on sens qu’il y a eu quelque chose avant et que tout ne nous est pas expliqué, on arrive assez facilement à rentrer dans le monde dépeint ainsi que le contexte de notre intrigue.
La seule chose que j’ai trouvé regrettable ici, a été la lenteur du début : les éléments de l’intrigue de la nouvelle série doivent se mettre en place, et cela a pris un peu trop de temps à mon goût.

S’il y a bien une chose qu’on ne peut pas retirer à ce roman, c’est bien la richesse de son univers : très richement pourvu, la mythologie et l’histoire de ce monde sont très complètes, en prenant en compte énormément de chose, pouvant aller de l’histoire aux moeurs, en passant par la géo-politique.

Et c’est un aspect d’autant plus important qu’il est un des pivots central de notre intrigue ! Car oui, le résumé de ce roman ne fait pas honneur à son contenu : nous suivons en parallèle deux intrigues. Une première, avec pour personnage principal Lorkin, fils de la sorcière noire Sonéa, avec pour fil conducteur la géo-politique du Sachaka, ainsi que l’Histoire entre cette contrée et Imardin. Dans une seconde, on retrouve Céry, un voleur cherchant à se venger d’un affront. Quête qui tourne vite à la chasse à la renégate, nous poussant alors à voir la Guilde ainsi que la géo-politique d’Imardin de plus près.

D’autant plus qu’il y a, via les intrigues secondaires, tout un discours axé sur la liberté et le féminisme qui sont à prendre en compte, et qui peuvent très facilement nous pousser à nous interroger sur notre société actuelle.

En bref, un très bon premier tome que j’ai beaucoup aimé. Je lirai le tome 2 sans aucune hésitation !

Citations :

Ce n’était pas le pouvoir qu’ils détenaient qui faisait d’eux des barbares, mais le fait qu’ils en usaient pour imposer leur volonté aux plus faibles qu’eux-mêmes.

Ma note : 16.5/20

• Scénario – 3.75/4
• Ecriture/Style – 3/4
• Potentiel d’addiction – 2.5/3
• Personnage – 1.5/2
• Emotions – 1.25/2
• Originalité/Créativité – 2/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 1/1.5

Fantasy/Fantastique

L’île du destin (La Quête d’Ewilan 3/3) – Pierre Bottero

couv66177978Caractéristiques : 

  • Auteur – Pierre Bottero
  • Éditeur – Rageot
  • Parution – 2003
  • Pages – 350
  • ISBN – 978-2700238976

4ème de couverture : 

Après avoir libéré les Sentinelles, Ewilan et Salim rejoignent la Citadelle des Frontaliers avec leurs compagnons. Là, Ewilan découvre la retraite de Merwyn, le plus grand des dessinateurs. Il leur conseille de regagner l’autre monde et de convaincre Mathieu, le frère d’Ewilan, de les suivre en Gwendalavir. À leur retour, ils embarquent pour les îles Alines afin de délivrer les parents d’Ewilan, retenus par Eléa, la sentinelle traîtresse…

Mon avis :

Pierre Bottero est mon auteur favoris, beaucoup le savent, et d’autre sans doute. J’ai lu plusieurs fois ses romans, et je ne m’en lasse jamais. Et ce dernier tome de cette première saga dans le monde de Gwendalavir est un tome excellent, à la fois parce qu’il clos à merveille un premier cycle, mais aussi parce qu’il donne beaucoup d’élément annonçant l’ouverture du cycle suivant : Les Mondes d’Ewilan.

La fin du tome précédent pouvait laisser prévoir un troisième opus plat, fade, et sans réel but. Mais l’auteur arrive avec un tour de force pour exposer plus en avant une notion qu’il met très souvent à l’honneur dans tous ses romans, quels qu’ils soient : la famille. C’est donc sans surprise que l’on retrouve Camille, notre Ewilan, et sa bande, partir à la recherche des parents de cette dernière.
Toute cette recherche est mise en scène par de nombreux procédés, mais surtout, en ne s’attendant pas seulement sur la notion de famille dans le sens biologique du terme : en effet, on s’attarde aussi bien sur les liens du sang, comme sur les liens d’amitiés, et les liens qui peuvent unir un maître à son élève, un amant à sa belle, ou une mère à sa fille.

Chose habituelle, on retrouve toujours, en arrière fond, et encore plus depuis l’apparition de la soeur d’Edwin, d’une mise en avant profonde des personnages féminins. Un roman à la fois d’aventure, et féministe — loin d’être dans l’excès, c’est extrêmement subtil et c’est cela qui en fait tout son charme — de surcroit !

Ce qui est encore plus fort, c’est la pluralité de Pierre Bottero. Il arrive, en seul tome, à terminer une saga jeunesse, malgré la technicité du style, en restant jeunesse et sur une note légère, tout en abordant des sujets plus sensibles en les approfondissant plus, et en donnant des pistes pour un cycle encore postérieur — je veux bien sûr parler du Pacte des Marchombres. Dès ce tome-ci, on note l’évolution à la fois des personnages, de l’histoire, et de la manière dont sont abordés les thèmes récurrents comme l’honneur ou l’amitié.

De plus, le style reste toujours d’une virtuosité sans précédent, qui arrive toujours à trouver un fort écho en nous, à un moment où à un autre. Un rythme parfaitement maîtrisé, avec des passages d’aventure et de combat à nous en accélérer le coeur, comme des tableaux bien plus tendres et émouvant, Pierre Bottero arrive encore une fois à utiliser la palette des couleurs et des émotions humaines avec une agilité peu commune.

En bref, un troisième opus parfait pour une première saga excellente, que je recommande à tous, petits comme grands !

Citations :

Un homme se mesure au poids de ses actes, pas à la longueur de ses phrases.


– Gras ? Dépourvu de charme ? Bon sang Ewilan, on ne peut pas dire que tu mâches tes mots. Es-tu certaine d’être toujours mon amie ?
– Bien sûr, Bjorn. Si les amis ne disent pas la vérité, qui le fera à leur place ? Tu as au moins dix kilos en trop. Je te conseille de les perdre. Tu te sentiras mieux, et nous pourrons reparler de ton charme. Cela dit, même si tu devenais gros à ne plus pouvoir passer les portes, je continuerais à t’aimer. C’est ça l’amitié.


– Bjorn est un soldat, expliqua-t-elle. Avec des habitudes de soldat, un comportement de soldat, comme Maniel. Si je ne leur montre pas que je suis forte, ils vont penser que j’ai besoin d’être protégée, surveillée, dirigée. Ma liberté est en jeu Ewilan. Je ne laisserai pas de gros lourdauds la piétiner sous prétexte qu’ils débordent de bonnes intentions…
Ellana lui avait parlé comme à une adulte. Camille en fut touchée. Elle avait cependant besoin d’un autre avis et interrogea Siam du regard. La jeune frontalière entra volontiers dans la conversation.
– Depuis que j’ai ton âge, je passe mon temps à cogner sur des garçons convaincus de savoir mieux que moi ce qu’il me faut, sous prétexte que je suis une fille, exposa-t-elle. J’ai plusieurs fois été obligée de faire couleur le sang de bons copains qui n’avaient pas compris que je décide seule de ma vie.

Ma note : 19.5/20

• Scénario – 3.75/4
• Ecriture/Style – 4/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 2/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 1.25/1.5

Contemporain·Drame·Roman/Polar Noir·Thriller

Je suis un monstre – Keren Nott

couv45711725.pngCaractéristiques : 

  • Auteur – Keren Nott
  • Éditeur – Underground
  • Parution – 2015
  • Pages – 350
  • ISBN – 979-1092387247

4ème de couverture : 

Je suis un monstre. C’est le nom qu’on me donne, l’étiquette qu’on me colle. Le mot qu’on me jette
à la figure chaque fois qu’on me voit. Et on me voit beaucoup, on me voit partout. Télé, radio, journaux, on ne parle plus que de moi.

On ne pense qu’à moi. Un monstre… étymologiquement, celui qu’on montre. Mon visage hante vos consciences. Peut-être bientôt sera-t-il présent dans le dictionnaire, parfaite illustration du mot cruauté. Ou du mot souffrance. Car les monstres naissent dans la douleur et de la douleur, c’est bien connu. Les psychanalystes diront que c’est la faute de Maman ou encore des jeux vidéo.

Ils se trompent. Tout est de votre faute. Pourrez-vous l’assumer ?

Mon avis : 

J’ai eu le plaisir de découvrir l’an dernier lors du salon du livre de Paris ce livre, loin d’être simple à lire, violent et percutant.

Vendu comme étant violent, et avec pour but de nous mettre dans la tête d’un psychopathe, d’une monstre, on peut dire que le contrat est rempli, même si j’aurais aimé avoir un développement peut-être plus poussé sur certaines données.

Le livre comment de la manière la plus appréciable — mais aussi la plus dangereuse — je trouve pour un livre du style thriller psychologique : dans la tête du personnage principal, ici un « monstre », avec des évocations de ses travers sans nous dire leur nature même, afin de provoquer chez nous, lecteurs, un sentiment intense de curiosité. S’enclenche ensuite un récit qui suit un fil chronologique, de la naissance et l’enfance de cet adolescent qui est notre héros, jusqu’à ses torts.

Plus que la cruauté et la barbarie décrite dans ce roman, ce que j’en tire surtout sont les messages que l’on peut avoir : qu’un individu n’est pas forcément mauvais à la naissance, mais que la société dans laquelle il évolue, ainsi que le contexte familial influe énormément sur les personnes que nous serons. Que nos fréquentations, bonnes comme mauvaises, influent énormément sur nous, et qu’il faut toujours être vigilant… Mais aussi et surtout : on ne peut pas revenir en arrière, et qu’il ne faut jamais se fier aux apparences.

Des pensées à l’acte, de l’individualité au groupe… Keren Nott fait, en quelques centaines de pages, le tour de tout ce qui peut pousser un être ordinaire à commettre l’irréparable, à commettre des choses horribles, que ce soit à cause de la colère, de la tristesse, ou de l’envie de se sentir vivant.

Seul bémol : je m’attendais à plus de passage trash et durs. Étant habituée à la prose et au ton très cru de Karine Giebel (auteure favoris de Keren Nott), j’ai trouvé ce roman un peu en de-ça, et n’a pas réussi à foncièrement me choquer, si ce n’est pour un ou deux passages.

En bref, un bon thriller psychologique, pour public averti cependant.

Citations :

Si j’étais mort ce jour-ci, qui vous aurait diverti au journal de vingt heures ? De qui parleriez-vous pendant la pause café ? Grâce à qui, à quoi, vous sentiriez-vous chanceux, heureux de votre petite existence sans relief ? Qui vous aurait appris la valeur de la vie ? C’est lorsqu’on se rend compte de son caractère instable et éphémère qu’on se met vraiment à l’aimer…


J’ai toujours détesté la télévision. Kurt et ma mère la laissaient gueuler toute la journée, et il ne s’y passait jamais rien d’intéressant, jamais rien d’intelligent. Des cris, des couleurs bigarrées, des personnages grossiers. Un concentré de conneries. Peut-être que seul un cerveau vide peut apprécier le petit écran et sa culture douteuse.


On peut croupir en taule tandis que nos bourreaux jouissent de leur petite vie, peinards.


Il avait changé de physionomie, ôté son masque d’homme bien comme il faut, montré son vrai visage, celui d’un extrémiste. Et, comme tous les extrémistes, il était dangereux.


Ce que je veux dire par là, c’est qu’il existe entre ces gens une émulation sordide, comme une espèce d’accord tacite pour toujours aller vers le bas. Je suis idiot, mais c’est pas grave, les autres le sont aussi. Bah !


Quand malgré tous vos efforts, il y a toujours quelque chose qui tourne mal ; quand vous essayez d’obtenir un peu d’amour ou d’attention et qu’on vous crache dessus ; quand la vie se fout de votre gueule… ben on se tourne vers la mort.


Pourquoi on morfle ? Pourquoi on meurt à petit feu pendant que d’autres profitent de la vie ? On ne sait même pas ce que c’est la vie, nous. On n’en connaît que le froid, la peine, la faim, la peur… le sang et les larmes. Des trucs que certains ne peuvent même pas imaginer.
[…] Alors oui, on veut vous montrer… vous montrer ce que c’est que la peur, la faim, la peine et le froid !


Mais que pensez de certains hauts dirigeant faisant pleuvoir des bombes sur de blanches et anonymes âmes ? Vous criez haut et fort à la cruauté quand il s’agit de nous, mais qu’en est-il d’eux ? Ceux qui ont le pouvoir, ceux qui vous contrôlent telles des marionnettes creuses… On dirait que plus nous sommes grands, plus notre monstruosité se trouve amoindrie. La cruauté ne se résumerait en fin de compte qu’à un point de vue ? Curieux, n’est-ce pas ?

Ma note : 15.5/20

• Scénario – 3/4
• Ecriture/Style – 3.25/4
• Potentiel d’addiction – 2.5/3
• Personnage – 1.75/2
• Emotions – 1.5/2
• Originalité/Créativité – 1.5/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.5/1.5

Historique·Jeunesse·Policier

Le signe de Dédale – Florence Brémier

couv24769553Caractéristiques : 

  • Auteur – Florence Brémier
  • Éditeur – Oskar
  • Parution – 2013
  • Pages – 213
  • ISBN – 979-1021403420

4ème de couverture : 

Athènes, 438 avant J-C : Nikolidès, jeune orphelin dégourdi, préfère son apprentissage chez Marcidon, le potier, aux cours de Lycomède, son maître d’école. Un jour, Marcidon est enlevé et son atelier dévasté. Que cherchaient ses ravisseurs ? Le dévidoir fabriqué par Dédale des siècles auparavant, qui a servi à Thésée pour dérouler le fil d’Ariane, et qui conduirait au trésor de Dédale… Nikolidès découvre deux fragments du dévidoir, enterrés chez Marcidon.
Convaincu qu’il doit réunir les trois fragments épars du dévidoir pour remonter jusqu’aux ravisseurs du maître potier, le jeune garçon mène l’enquête, assisté de Graséis, sa camarade de classe, et du célèbre sculpteur Phidias.

Mon avis : 

Si je vous dis antiquité, jeunesse, et aventure, vous pensez à quoi ? Raté, ce n’était pas Percy Jackson, mais Le signe de Dédale, un petit livre jeunesse, très bien mené et renseigné !

J’ai pu rencontrer l’auteure au Salon du Delta Noir (édition 2016) sur Port Saint Louis du Rhône, et la couverture m’a tout de suite accroché l’oeil, et ensuite le titre a attisé ma curiosité. Je me suis laissé tenté et je n’ai vraiment pas été déçue !

Comme dans tout roman jeunesse (et j’entends par jeunesse qui est VRAIMENT dédié à la jeunesse, et non pas un livre classé dans jeunesse pour mieux le vendre), les actions vont vite, et on ne s’attarde pas sur de longue description qui pourrait faire décrocher les lecteurs les plus impatients. Si ça peut déranger certains lecteurs plus âgés, les plus jeunes seront conquis !

S’il y a bien une chose qui est excellente dans ce roman, c’est que l’auteur ne prend pas les jeunes pour des débiles. Je ne compte plus le nombre de roman jeunesse où le style était infantilisant au possible, réduisant les jeunes à de pauvres créatures écervelées et incapables de comprendre ou d’apprécier la moindre beauté littéraire. Ici, ce n’est pas le cas : même si le style est assez simple, Florence Brémier ne lésine pas sur les images et métaphores, sur les procédés littéraires, qui donne à ce roman une dimension bien moins enfantine.

D’autant plus qu’elle n’hésite pas à aborder des thématiques assez dures pour les plus jeunes. Je crois vraiment que c’est la première fois que je lis un roman jeunesse ou il y a autant de morts, autant de corruption, et où on a vraiment l’impression que notre héros Nikolidès n’arrivera jamais à se débarrasser de tous ses assaillants. On va même jusqu’à avoir quelques passages que je pourrais qualifier inspirée de Karine Giebel : de très courts passages, peignant un portrait d’un homme emprisonné on ne sait où, dépérissant.

Le tout bien sur, avec des thématiques plus que basique pour un roman jeunesse : une recherche, de l’amitié, de l’aventure, etc, sur paysage antique ! Nous sommes effectivement placés en plein Athènes du Vème siècle av. JC. Le rapport à la mythologie et aux mythes grecs (et plus particulièrement ici le mythe de Dédale, inventeur de génie et créateur du Labyrinthe dans lequel le roi Minos enferma le Minotaure) est donc omniprésent et exploité sous toutes les coutures possibles.

En bref, un roman jeunesse très agréable et rapide à lire, avec un travail éditorial sur le roman papier absolument remarquable (petit, mignon, agréable, tout jolie-beau), qui ravira petits et moins petits !

Citations :

Aucun relevé !

Ma note : 18.25/20

• Scénario – 3.5/4
• Ecriture/Style – 3.25/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 2/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 1/1.5

Coup de coeur·Dystopie·Fantasy/Fantastique

La Faucheuse (1/?) – Neal Shusterman

couv4750269Caractéristiques : 

  • Auteur – Neal Shusterman
  • Éditeur – Collection R
  • Parution – 2017
  • Pages – 493
  • ISBN – 978-2221198674

4ème de couverture : 

Tu tueras.
Tu tueras sans aucun parti pris, sans sectarisme et sans préméditation.
Tu accorderas une année d’immunité à la famille de ceux qui ont accepté ta venue.
Tu tueras la famille de ceux qui t’ont résisté.

Mon avis :

Dès que la Collection R avait commencé à faire de la pub pour ce roman, je savais que j’allais le vouloir : pressentiment intense que j’allais beaucoup aimé, et potentiellement avoir un coup de coeur… Et ce fut le cas ! Je remercie chaleureusement Julie, qui m’a offert ce livre (des bisous !).

Je ne m’attendais pas du tout à cela, je dois avouer. Que ce soit par le résumé, ou les très courts extraits diffusés, le (futur) lecteur reste dans un flou conséquent quant à l’intrigue et l’histoire même, au point qu’on se retrouve à n’absolument pas savoir à quelle sauce on va être mangé ! Ce qui n’est pas plus mal non : avoir un résumé très alléchant pour avoir une histoire fumeuse et décevant, ce n’est pas agréable.

Ici, on va donc suivre Citra et Rowan, deux adolescents comme il y en a tant, qui vont être repérés par l’Honorable Maître Faraday, un Faucheur, pour devenir apprentis. Va s’en suivre plusieurs péripétie plus que surprenante, nous emmenant dans un univers futuriste où le Cloud (devenu Thunderbird) a toute la puissance et toute la connaissance du monde.
Ce que j’ai beaucoup aimé dans ce livre — en dehors de l’intrigue palpitante et des personnages attachants —, c’est tout le rapport avec l’humanité et le rapport à la mort, très exploité et pas d’une manière morbide. Même s’il est question de mise à mort, tout le livre est plongé dans une atmosphère de réflexion sur la mort, la vision que l’on en a actuellement, et la vision qu’il y a dans ce monde futuriste : que ce soit la peur de la mort, jusqu’à sa considération, et la considération de la vie dans un sens plus général, ce roman est à lire impérativement, car très instructeur, mais jamais moralisateur.

Sans compter cela, toute la dimension politique est absolument magistrale, très bien menée, et surtout, pleine de surprise.

En bref, un livre palpitant, émouvant, un brin philosophique, qui permettra aux grands comme au moins grands de passer un agréable moment, plein de surprise et de réflexion.

Citations :

Car le pouvoir est inexorablement infecté par la seule maladie qu’il nous reste encore. Un virus qu’on appelle la nature humaine.


Comment était-ce de croire en quelque chose qui nous transcende ? D’accepter l’imperfection et de tendre vers un idéal de tout ce que nous ne pourrions jamais être ? Cela devait être rassurant. Et effrayant. Cela permettait sûrement d’élever les esprits au-delà de considérations trop terre-à-terre, mais aussi de justifier toutes sortes de crimes et d’actes de vilénie. Je me demande souvent si la lumière apportée par la croyance surpassait l’obscurité que ses abus pouvaient apporter.


Il n’en dit pas davantage. Rowan trouva qu’il était plus terrifiant d’ignorer que de savoir.


– Et puis, je préfère voir défiler le paysage plutôt que de voyager dans un tunnel, dans un véhicule sans fenêtres. Je suis un être humain, pas une taupe.


– Je ressentais déjà suffisamment de joie dans ma vie sans qu’il soit besoin de me tabasser, répliqua Rowan.

Volta hocha la tête.

– Tu en ressentais un peu… mais seulement l’ombre de ce que tu pouvais éprouver. Sans la menace de la souffrance, one ne peut pas connaître la joie véritable. Au mieux, on ressent du plaisir.

Ma note : 18/20

• Scénario – 3.75/4
• Ecriture/Style – 3/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 1.75/2
• Originalité/Créativité – 2/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 1/1.5

Érotique·Historique·Romance

L’Art d’aimer – Ovide

couv38287278Caractéristiques : 

  • Auteur – Ovide
  • Editeur – Belles Lettres
  • Parution – 1 ap. JC
  • Pages – 89
  • ISBN – 978-2251011196

4ème de couverture :

La séduction : un art subtil, un rite mis à l’honneur pendant la Renaissance avec les cours d’amour, mais déjà chanté par Ovide. La femme étant libre de ses sens et de ses sentiments, comment la conquérir ? Où tendre ses filets ? Compliments, promesses, larmes, baisers, hardiesse… Toutes les armes sont bonnes. Celle que l’on aime une fois séduite, comment la retenir ? Au terme d’un jeu dont le prix est le plaisir, l’amant raffiné a plus d’une corde à son arc… Quant à la femme, il lui appartient de garder son éternel féminin, ce qui n’est pas le plus facile… Au-delà de l’artifice, l’art doit gouverner l’amour. Un art dans lequel Ovide est passé maître.

Mon avis :

Remontons un peu (beaucoup) le temps jusqu’à la Rome Antique, et retrouvons un des plus sulfureux auteurs de son temps : Ovide. Auteur des Métamorphoses et des Tristes, exilé pour une raison mystérieuse par l’empereur Auguste, ses oeuvres sont connues et reconnues à travers l’espace et le temps, inspirant peintres et sculpteurs. Mais on entend assez peu parler d’une de ses première oeuvres, L’art d’aimer, que l’on pourrait apparenter à un La drague pour les Nuls de notre temps. Un véritable régal à lire !

Même si les siècles ont passé, certains conseils peuvent encore faire sens (et encore plus si on enlève toute la misogynie possible). Il faut savoir que l’ouvrage n’est pas bien gros, et se subdivise en trois parties : les deux premières dédiées aux hommes — à savoir comment réussir à séduire la femme que vous voulez, suivi de comment la garder —, et une dernière dédiées aux femmes, avec des conseils similaires. Mais il y a des petites parties qui nous, lecteurs contemporains, peuvent nous faire bien rire : j’avoue avoir ri jaune en lisant les parties qu’on pourrait nommer « Comment tromper à souhait sans se perdre prendre ? ».

Mais ce qui est remarquable, ce sont les arguments et conseils prodigué : que ce soit du lieu où aller pour faire des rencontres à que faire si on échoue dans notre quête de l’amour, en passant par quelle attitude avoir pour séduire un homme/une femme, cet ouvrage est un vrai mode d’emploi ! Jusque dans les détails les plus intimes et les plus grivois : sous forme de métaphore, Ovide n’hésite pas à prodiguer des conseils pour sous la couette !

En bref, un petit ouvrage très intéressant à lire, qu’il faut avoir lu, ne serait-ce que pour sa culture latine et sa culture personnelle.

Citations :

Mais, si tu as à coeur de conserver l’amour de ta maîtresse, fais en sorte qu’elle te croie émerveiller de ses charmes. (…) Est-elle brillante d’or : dis-lui qu’à tes yeux l’or a moins d’éclat que ses charmes. Si elle endosse les fourrures d’hiver, approuve ces fourrures ; si elle s’offre à tes yeux vêtue d’une légère tunique : « Vous m’enflammez », crieras-tu, mais prie-la, d’une voix timide, de prendre garde au froid.


Elles réparent par la toilette les outrages du temps, et parviennent, à force de soins, à déguiser leurs années. Elles sauront à ton gré, par mille attitudes diverses, varier les plaisirs de Vénus : nulle peinture voluptueuse n’offre plus de diversité.


Le plaisir qu’on m’accorde par devoir cesse pour moi d’être un plaisir, et je dispense ma maîtresse de tout devoir envers moi. Qu’il m’est doux d’entendre sa voix émue exprimer la joie qu’elle éprouve, et me prier de ralentir ma course pour prolonger son bonheur !


Si tu veux m’en croire, ne te hâte pas trop d’atteindre le terme du plaisir ; mais sache, par d’habiles retards, y arriver doucement. Lorsque tu auras trouvé la place la plus sensible, qu’une sotte pudeur ne vienne pas arrêter ta main.
Tu verras alors ses yeux briller d’une tremblante clarté, semblable aux rayons du soleil reflétés par le miroir des ondes. Puis viendront les plaintes mêlées d’un tendre murmure, les doux gémissements, et ses paroles, agaçantes qui stimulent l’amour. Mais, pilote maladroit, ne vas pas, déployant trop de voiles, laisser la maîtresse en arrière ; ne souffre pas non plus qu’elle te devance : voguez de concert vers le port. La volupté est au comble lorsque, vaincus par elle, l’amante et l’amant succombent en même temps.


Cependant il est peu de visages sans défauts : cachez ces défauts avec soin, et autant que possible dissimulez les imperfections de votre corps. Si vous êtes petite, asseyez-vous, de peur qu’étant debout on ne vous croie assise.


Fussiez-vous laide, vous paraîtrez belle à des yeux troublés par le vin, et la nuit jettera son voile sur vos imperfections.


Que chaque femme apprenne donc à se connaître, et se présente aux amoureux combats dans l’attitude la plus favorable. La même posture ne convient pas à toutes. Ce quelle qui brille par les attraits du visage, s’étende sur le dos ; que celle qui s’enorgueillit de sa croupe élégante, en offre à nos yeux toutes les richesses.

Ma note : 15.5/20

• Scénario – 2/4
• Ecriture/Style – 3.5/4
• Potentiel d’addiction – 2.5/3
• Personnage – 1/2
• Emotions – 1.5/2
• Originalité/Créativité – 1.25/2
• Suspens – 0.5/1.5
• Humour – 1.25/1.5

Bonus « Enseignement » : +1 pt

Bonus « Témoignage d’une civilisation antique » : +1pt