Drame·Roman/Polar Noir·Thriller

Le cri des papillons – Tony Perraut

Capture d_écran 2018-05-25 à 18.45.45Caractéristiques : 

  • Auteur – Tony Perraut
  • Editeur – Autoédité
  • Parution – 2018
  • Pages – 363
  • ISBN – 978-1973258919

4ème de couverture :

Je suis Myra Porter, à l’âge de 8 ans j’ai été enfermée dans cette cellule suite à la découverte de ma schizophrénie précoce. Quand la séquestration rime avec la maladie, la haine, la violence et le viol, je m’enferme dans mon monde, la cave aux papillons, un monde magique où la violence n’intervient qu’avec le cri, le cri des papillons. « Un papillon ne crie pas, il souffre en silence »

Mon avis : 

Que je suis contente de revenir avec un livre que j’ai aimé et qui m’a vraiment fait voyager, vous ne pouvez pas savoir à quel point !

En effet, parlons un peu du « Cri des Papillons », signé par Tony Perraut, un auteur auto-édité dont j’apprécie tout particulièrement l’univers, mais encore plus sa façon de nous raconter des histoires.

A mon sens, cet opus est le plus travaillé que l’auteur ait pu nous fournir, que ce soit d’un point de vue purement littéraire, que d’un point de vue humain et scénaristique.

Comme à son habitude, Tony Perraut nous plonge dans un univers très sombre, mais aussi déformé par l’esprit malade qui le regarde, et à travers qui nous vivons l’histoire.

De fait, nous suivons sur les 360 pages de ce roman Myra Porter qui, suite à la découverte de sa schizophrénie, vis un véritable enfer. Mais cet enfer est-il réel ? C’est la question que l’on se posera tout au long de la lecture.

Je ne vais pas le cacher, ce roman m’a soufflé. Même si j’ai fini par me douter de la révélation qui allait faire basculer le roman, elle a été ammené d’une manière tellement subtile et percutante à la fois que ça a été un véritable plaisir de la lire.

En plus d’être vraiment très bien écrit, dans un style à la fois fluide, précis et profondément humain, l’auteur a réalisé un très gros travail scénaristique afin de rendre son histoire crédible et prenante. C’est assez frustrant de vous en parler : je ne veux pas vous gâcher la lecture en vous donnant trop de piste !

Ce que je note surtout dans ce texte, c’est la maturité et le cap passé. Je m’explique : j’ai découvert cet auteur il y a quelques temps déjà à travers son premier roman qu’il avait écrit adolescent, puis sur la suite de ce texte. Dans ces deux-là, on sentait déjà une évolution littéraire. Mais dans cet opus-ci, c’est une véritable explosion, avec pas mal de prise de risque. La première ? Faire un personnage féminin torturée et violentée. Peu à pas de fausse note au niveau de son comportement (tout à fait crédible), et ce ne sont pas tous les auteurs masculins qui arrivent à en faire autant, surtout lorsqu’on évoque des thèmes comme la peur, l’amour, et les viols. La seconde, un schéma scénaristique subtil et précis.

Et bien entendu, que serait ce roman sans la magnifique double métaphore qu’il renferme ? Je parle bien entendu de ces beaux papillons bleus. Pendant une grande partie de la narration, je me suis interrogée sur leur sens. Tout du long, je me suis posée des questions, pour que la révélation finale, la scène finale, vienne finalement me donner la réponse. Je vous laisserai le plaisir de la découvrir, la seule remarque que j’aurais à dire dessus : chapeau l’artiste !

En bref, une très bonne lecture qui n’est pas passée loin du coup de coeur, que je ne peux que vous conseiller. Attention cependant : certaines scènes sont très violentes et peuvent heurter la sensibilité de certains lecteurs. À ne pas mettre entre des mains trop sensibles ou innocentes.

Citations :

La réalité a un défaut, celui d’être étroitement liée au rêve. Quand les rêves mènent vicieusement au cauchemar, ça donne des moments horribles.


Ils sont si cruels tous avec leurs pulsions. […] Je sens l’humiliation reprendre le dessus, je sens la culpabilité d’être entrée dans cette maison, je sens cette odeur de soûlard arriver jusqu’à mon nez, je sens ses respirations s’intensifier, je sens ma vie de femme disparaître peu à peu. Les coups qui partent laissant cet homme en extase. Ils sont bien tous pareils avec leurs…

– Leurs pulsions. Dit-il en expirant intensément.


Je suis belle, il paraît. Je ne suis plutôt qu’une bête sexuelle pour lui, une fille qui ne ressent pas d’amour, qui ne cherche rien alors à quoi bon, il faut la violer ! Aller hop, c’est parti. Je voudrais juste exister. Ce n’est pas compliqué. Je veux juste qu’ils puissent comprendre que je suis une femme.


Je dois pourtant partir, partir loin, non pas géographiquement mais mentalement. Je n’ai pas le choix si je veux pouvoir m’en sortir. […] Ce que la femme redoute le plus dans la vie est finalement ma réalité. Je m’ordonne de ne plus pleurer pour avancer. Avancer, avancer jusqu’à tomber en ruine devant tant de délabrements.

Ma note : 17/20

  • Scénario –  4/4
  • Ecriture/Style – 3/4
  • Potentiel d’addiction – 2.75/3
  • Personnage – 2/2
  • Emotions – 1.5/2
  • Originalité/Créativité – 2/2
  • Suspens – 1.5/1.5
  • Humour – 0.25/1.5
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Du Sang sur les Blés – Loïc Dossèbre

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  • Auteur – Loïc Dossèbre
  • Éditeur – Autoédité 
  • Parution – 2017
  • Pages – 30
  • ISBN – Non renseigné

Résumé :

Lorsqu’un prêtre s’éprend d’une jeune fille, les paroissiens restent silencieux. Et l’horreur se glisse dans ce petit village du XIXe siècle, jusqu’à ce que survienne l’inéluctable, jusqu’à ce que le sang coule.

Mon avis :

J’adore les nouvelles, surtout quand elles sont bien écrites, et c’est le cas de celle-ci !

Loïc Dossèbre nous livre encore une fois une nouvelle palpitante et surtout, extrêmement prenante et bien rythmée, dans un univers bien particulier.

Remontons le temps, direction le XIXème siècle, dans une petite bourgade. Nous suivons le père Maxence, en tout point honorable, si on ne chipote pas sur les détails. Il aurait beau être Père, il en reste non pas moins humain, et une certaine Ismérie lui retourne complètement la tête, au point de commettre des fautes pour le moins très loin d’être catholiques.

Que dire de cette nouvelle à part qu’elle est excellente ? Riche, rythmée, avec une histoire prenante portée par une plume des plus travaillée et personnelle… je n’ai rien à redire face à cette nouvelle qui a été un véritable coup de coeur pour moi.

On ressent presque toutes les émotions de nos personnages : l’envie de Maxence, suivi de sa descente aux Enfers, et ses pulsions malsaines ; la candeur d’Ismérie, couplé avec sa peur, mais aussi son courage… C’est magnifiquement bien mené, bien emmené… et surtout très bien écrit.

Bien que possédant assez peu d’humour, la nouvelle se démarque par son style, mais aussi par son originalité, et la créativité que l’auteur a pu mettre en place, notamment concernant la chute, que je n’avais absolument pas vu venir, même si j’avais une sorte de pressentiment durant ma lecture.

Loïc Dossèbre ne m’a jamais déçu jusqu’à présent, et j’espère qu’il en sera encore ainsi pour ses prochaines textes !

En bref, un coup de coeur pour une nouvelle rondement menée et que je considère comme proche de la perfection.

Citation :

Se justifier, c’est bon pour ceux dont le talent ne va pas de soi.

Ma note : 18.25/20

• Scénario – 3.75/4
• Ecriture/Style – 4/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 1.75/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.25/1.5

6-9 ans·Album Jeunesse·Coup de coeur

La petite marchande de mots – Marie Tibi

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Caractéristiques : 

  • Auteur – Marie Tibi 
  • Illustrateur – Lili la Baleine
  • Parution – 2016
  • Pages – 36
  • ISBN – 979-1090466166

4ème de couverture : 

Les clients viennent nombreux dans la boutique de Rosalie Tricoli. Un musicien, un amoureux, un monsieur ronchon, une maman, un garnement… Toi aussi, tu cherches tes mots ? Pousse donc la porte de la petite marchande de mots, elle t’aidera à trouver celui qu’il te faut !

Mon avis :

Avec la période des fêtes qui approche à grands pas, j’avais envie de partager avec vous un album jeunesse qui est tout en douceur et en poésie : la petite marchande de mot.

Nous suivons notre petite marchande dans son quotidien. Son métier ? Vendre des mots. Que ce soit des mots d’amours, des mots d’adieux, ou pour les plus polissons, des gros mots, elle a toujours le mot juste.

Assez peu accessible pour les plus jeunes, il peut cependant pousser les plus âgés et les plus matures à avoir sur une réflexion sur le sens des mots, de la paroles, ainsi que leur importance. Une belle histoire, un premier pas à l’étrier de la littérature sans sa plus basique forme – le mot -, Marie Tibi nous emporte dans un torrent allégorique et poétique, accompagnée par les couleurs et les formes de Lili la Baleine, donnant un petit ouvrage, une petite perle, une petite merveille.

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On passe par un peu tous les états : l’incompréhension, la curiosité, puis l’émerveillement, le rire… l’attendrissement, pour aboutir à la fin de la lecture à une sorte de transe, de paix intérieure.

C’est ce que j’appelle dans mon jargon, une littérature pansement. Qu’elle fasse passer un message ou non, la littérature pansement a un rôle bien propre : faire vibrer nos cordes intérieures, pour nous apporter une paix, un sentiment de bien-être qu’il pouvait nous manquer. Et c’est exactement ce que j’ai ressenti à la fin de ma lecture de ce jolie album, un petit sourire énigmatique sur les lèvres.

En bref, un très bel ouvrage, avec un jolie message aussi bien littéraire que bien-être, très jolie illustré.

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Citations :

– Comment être certain que c’est le mot de la fin ?
Rosalie lui murmure doucement en lui prenant la main :
– Les mots sont sans fin, c’est là qu’est leur force ! Ils sont innombrables, ils vivent pour toujours. Ils ont fait des déclarations de guerre et de paix, mais aussi d’amour. Ils fabriquent des chansons et des discours, des testaments et des romans.

Ma note : 17/20

Scénario – 4/4
Dessin – 4/4
Accessibilité – 2/3
Originalité/Créativité – 3/3
Multilecture – 2.25/3
Apprentissage – 1.75/3

Coup de coeur·Historique·Philosophie/Réflexion

Un ado nommé Rimbaud – Sophie Doudet

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  • Auteur – Sophie Doudet
  • Editeur – Scrineo
  • Parution – 2017
  • Pages – 260
  • ISBN – 978-2367405308

4ème de couverture :

En ce début de l’été 1870, Arthur brille au collège de Charleville, où il rafle un par un les prix d’excellence. Son avenir semble tout tracé. Sa mère imagine pour lui une vie paisible et convenable, une carrière sans panache et respectable. Mais Arthur étouffe et ne supporte pas cet horizon étriqué. Il rêve de Paris et de gloire : il veut être Poète !
Une année, douze mois fulgurants et quatre saisons colorées vont bouleverser son existence et l’arracher à l’enfance. Alors que la France est en guerre et que la révolution gronde, le bon élève se rebelle avec pour seules armes ses mots…
Et c’est ainsi qu’Arthur devient Rimbaud.

Mon avis :

Pendant mon stage en librairie, j’ai eu l’occasion de lire ce roman, bien avant sa sortie. Ayant déjà lu un livre au sujet de Rimbaud et l’ayant beaucoup aimé, je me suis lancée sans trop d’apriori… Et c’est un coup de coeur !

Contrairement à Absinthe de Gilles Bontoux que j’ai pu lire il y a quelques années, cet opus ce concentre plus sur le Rimbaud avant Verlaine, que sur leur relation en elle-même. C’est un fait extrêmement intéressant car pour une fois, on ne se concentre pas sur le scandale d’une relation homosexuelle, mais sur le scandale de la personnalité même de Rimbaud.

Car là où les deux romans se rejoignent, c’est bien sur ça : le génie de Rimbaud, allié à une personnalité extrêmement forte et indépendante.
On suit notre jeune Rimbaud dans l’année 1870, année qui, on peut le dire, a marqué sa vie. De jeune étudiant brillant, en passant par le jeune fougueux au poète en devenir, on suit Arthur dans l’année de ses 16 ans. Provocateur, arrogant, insolent, hautain… Brillant, majestueux, génial. Voilà qui est Rimbaud.
Chose extrêmement intéressante dans ce roman : puisque nous sommes dans la seizième année de Rimbaud, il est dépeint d’une manière encore un peu enfantine et rêveuse sur certain point. Au fil des chapitre, on le voit grandir, murir, perdre certaines de ses illusions et de ses rêves… Le garçon devenir homme. Même si, jusqu’au bout, malgré l’aigreur et la passion qui l’anime de plus en plus, Arthur reste un rêveur qui nous fait voyager et nous attendrit.
Pour reprendre le résumé : on voit Arthur devenir Rimbaud.

Plus qu’une biographie de Rimbaud, c’est une véritable épopée littéraire et humaine. Les chapitres sont parsemés d’extraits de poème de notre Arthur, de description sur sa vision de la poésie et de la littérature, parfois même sa critique sur la littérature et la poésie qui lui était contemporaine. Le tout, plongé dans une époque politiquement trouble, où la guerre civile – et la guerre tout court – fait rage (siège de Paris de 1870-1871, durant La Commune).
On sent que l’auteur a fait énormément de recherche afin de livrer un ouvrage, certes romancé de la réalité, au plus proche du vrai. C’est extrêmement agréable.

Véritable page-turner, il nous est impossible de lâcher le roman. Que ce soit par le style de l’auteur qui est très poétique et adapté à son histoire, ou par l’envoûtement que l’on ressent pour Rimbaud, la conséquence est la même : on a envie d’avancer dans le livre pour en avoir le fin mot, mais on a aucune envie de le terminer… Ce qui est, pour moi, la caractéristique d’un roman excellent.

En bref, un livre merveilleux qui nous embarque pour mieux nous retourner et nous émerveiller, qui ravira les petits, les grands, comme les amoureux de la littérature et de la poésie.

Citations :

Est-ce cela grandir ? Perdre ses illusions et faire le deuil de ses rêves ?


Fasciné, Arthur se dit que la nature ne sait décidément pas fabriquer du noir. Elle y ajoute toujours de discrètes nuances colorées. Il n’y a vraiment que les hommes pour savoir donner à leur existence la teinte mate du deuil.

Ma note : 18.75/20

• Scénario – 3.5/4
• Ecriture/Style – 4/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 2/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.75/1.5

2-5 ans·6-9 ans·Album Jeunesse

Le Voyage d’Anaru – Olivier Mazé

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Caractéristiques : 

  • Auteur – Olivier Mazé
  • Illustrateur – Benjamin Malet
  • Editeur – Les Petits Croqueurs de Livres
  • Parution – 2017
  • Pages – 60
  • ISBN – 9791090958104

4ème de couverture :

Anaru est un petit kiwi des terres Australes. Il a un grand rêve, Voler tout là haut dans le ciel comme le plus grand et le plus bel oiseau de son île. Seulement, les kiwis ne savent pas voler…

Mon avis :

La mignonitude de certains albums jeunesses auront ma peau. Que diriez-vous de partir pour la Nouvelle-Zélande avec… Un kiwi !

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Dans ce mignon album, signé Olivier Mazé et Benjamin Malet, nous partons direction les îles, à la découverte d’animaux hors du commun. Dans cet ouvrage, premier d’une série que j’espère longue, nous trouvons Anaru, un petit kiwi (l’oiseau, pas le fruit, je vous vois venir) qui part à l’aventure : pour la première fois, il sort sans sa maman pour se trouver à manger. S’en suivent quelques péripéties qui nous font découvrir de nouveaux animaux, à travers des paysages enfantins mais féériques, qui nous en mettent plein les yeux.

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En plus d’avoir une histoire d’une mignonitude sans borne – une amie peut attester le « OOOohh c’est trop mignoooonnn !!! » quand j’ai vu le petit kiwi… -, c’est une histoire qui se veut à la fois divertissante et ludique. Car le but est bien là : faire découvrir de nouveaux animaux à nos petits bout’chous. En complément de ce récit, l’ouvrage comporte aussi un petit dossier sur les trois animaux rencontrés dans l’ouvrage, avec les informations les plus basiques : la race, le gabarit, le lieu dont ils sont endémiques, ainsi que s’ils sont en danger d’extinction. Un vrai petit fascicule pour les curieux, petits comme grands !

Capture d’écran 2017-11-22 à 15.09.32.pngLudique, avec de belles illustrations, un personnage principal tout beau tout mignon.. Que demander de plus ?

En bref, un jolie petit album pour les jeunes et moins jeunes, et pour les aventuriers (et aventurières !) en quête de découverte.

Ma note : 18.5/20

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Scénario – 3.5/4
Dessin – 3.5/4
Accessibilité – 2.5/3
Originalité/Créativité – 3/3
Multilecture – 3/3
Apprentissage – 3/3

Coup de coeur·Drame·Historique·Philosophie/Réflexion

Notre Dame de Paris – Victor Hugo

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  • Auteur – Victor Hugo
  • Editeur – Pocket
  • Parution – 1831
  • Pages – 636
  • ISBN – 978-2266240000

4ème de couverture :

Dans le Paris du XVe siècle, une jeune et superbe gitane appelée Esméralda danse sur le parvis de Notre Dame. Sa beauté bouleverse l’archidiacre de Notre-Dame, Claude Frollo, qui tente de l’enlever avec l’aide de son sonneur de cloches, le malformé Quasimodo. Esmeralda est sauvée par une escouade d’archers, commandée par le capitaine de la garde Phoebus de Châteaupers…

Mon avis :

Il faut que je vous recontextualise. Alors que j’étais en pleine insomnie, je trainais sur YouTube, jusqu’aux méandres, et j’ai trouvé une vidéo faisant une comparaison entre la version québécoise et la version française des chansons Disney. Là, le vidéaste fait la comparaison avec une chanson extraite du Bossu de Notre Dame. Forcément, ça m’a donné envie de le revoir. Mais aussi de revoir la comédie musicale (celle de 1999, s’il vous plait)… Et par extension, d’enfin lire le roman d’où tout cela est tiré. Soit, comment lire un classique de la littérature française par l’impulsion d’un Disney.

Plus sérieusement, je me demande encore ce qui a pu me freiner autant de temps. La taille certainement (plus de 630 pages en taille -2… ça refroidit). Mais le résultat est là : je comprends mieux pourquoi Victor Hugo est aussi populaire, et surtout, considéré comme un des plus grands écrivains français. Je préfère prévenir : cette chronique risque d’être longue. Très longue.

Tout d’abord, l’univers. Sans surprise, pas vraiment de fantaisie de ce côté là, nous sommes dans notre univers. Mais l’auteur a réalisé un véritable travail de titan afin de nous offrir la vision du Paris de 1482 la plus précise, mais aussi la plus juste possible, au point que l’on peut élever son texte au rang de roman historique. Nom de rue, description de façade, variante de nom selon la zone et l’époque, courant artistique, modification et reconstruction… Tout y passe. Le détail est notamment apporté aux pièces importantes du puzzle parisien, à savoir la salle du Palais de Justice (utilisée dans les premiers chapitres pour le mystère le jour de la fête des Fous), la cathédrale de Notre Dame, ainsi que la cour des Miracles, et d’autres bâtiments un peu plus annexes. Bien que ce soit les passages que j’ai le moins aimé dans le roman (l’architecture et l’urbanisme surtout, avec moi, ça fait deux), j’ai énormément aimé le souci de l’auteur pour nous plonger le plus justement possible dans ce vieux Paris.

Autre passage qui pourrait poser problème mais que j’ai énormément aimé, sont les passages bien plus philosophiques, voire même de commentaire. Je pense notamment à ce chapitre entièrement dédié à la relation entre architecture et littérature, avec une métaphore filée de l’architecture comme phrase d’avant la littérature imprimée, et la révolution sociale profonde qu’a provoqué l’invention de l’imprimerie par Güttenberg. C’est, à vrai dire, dans ce chapitre que j’ai perçu pour la première fois le génie de Victor Hugo.

Chose particulièrement appréciable est le souci apporté aux personnages. Tous les personnages. Du plus insignifiant au plus important, en passant par les personnages secondaires. De fait, on s’attache assez vite à tous, de manière très forte malgré les pulsions qu’il nous font avoir (pitié, dégoût, envie, émerveillement…). De manière générale, ils ont tous au minimum un chapitre – plus ou moins imposant, ils n’ont pas tous des chapitres de 30 pages – afin de bien les introduire et les approfondir par la suite. C’est comme ça que j’ai fini par mépriser Phoebus, avoir envie de baffer Esmeralda, et aimer Claude Frollo, au point d’en faire mon personnage favoris du roman. Tout est en nuance, en évolution… Les personnages ne sont pas figés, ils sont tous en constant mouvement tant physique que psychologique, et c’est un diamant à voir et à lire. Sans compter tous les chapitres descriptifs sur ce qu’ils aiment et les animent, permettant de les rapprocher encore plus de nous.

Et là, je vous entends venir : et l’histoire alors ? Et bien l’histoire n’est pas diamant, mais bien plus que ça. Une pure serendibite (une pierre bien plus précieuse et cher qu’un diamant au charme bien plus complexe). Si je devais la résumé en un seul mot, je ne dirai pas amour, je ne dirai pas tragédie, mais je dirai bien pire que cela : fatalité. Le roman est divisé en deux parties. Une première, plus introductive et narrative qui prépare le terrain à la Fortune et à la Fatalité, et une seconde, qui laisse la Fatalité prendre une forme presque humaine tant elle est cruelle et froide. Dans une première partie, on se focalise sur un personnage et une rumeur qui nous semble inutile, mais qui vient nous arracher le coeur et quelques larmes, quelques chapitres avant la fin. On nous fait un portrait élogieux et irréprochable de notre archidiacre Frollo pour mieux le démonter et le détruire sous tous les aspects possibles durant tout le roman. Du génie. Il n’y a pas d’autres mots pour désigner cela.

Ajoutons à cela la montée en puissance tant du rythme que de la Fatalité au fur et à mesure que les pages se tournent, les envolées lyriques, les discours et monologues enflammés à vous en donner envie de les dire à haute-voix, de non pas les lire, mais les jouer et les vivre… On abouti à un roman complet, complexe, qui est un véritable bijoux malgré les quelques passages plus techniques.

Autre petit détail qui m’a beaucoup surprise : l’humour. Même dans les moments les plus tragiques, à travers certains personnages (notamment celui de Gringoire et de Djali), l’auteur arrive à insérer des doses d’humours succulentes et tordantes, à la limite de l’humour anglais, qui viennent faire du bien et sourire.

Même si j’en meurt d’envie, je vous parlerai pas plus en avant des caractères de Phoebus, Frollo Esmeralda, tout simplement parce que je vous spoilerai, et que je m’en voudrais éternellement de vous spoiler un tel chef-d’oeuvre. Mais je vous ferai – je pense – sur mon blog secondaire (ou bien sur celui-ci je ne sais pas encore) un article comparatif entre le roman, le Disney et la comédie musicale.

En bref, un chef-d’oeuvre, une perle, un diamant, une serendibite à l’état pur, qui mérite d’être lu et apprécié. Un véritable coup de coeur comme on en a rarement.

Citations :

– Cela suffit, reprit Trouillefou sans le laisser achever. Tu vas être pendu. Chose toute simple, messieurs les honnêtes bourgeois ! comme vous traitez les nôtres chez vous, nous traitons les vôtres chez nous. La loi que vous faites aux truands, les truands vous la font. C’est votre faute si elle est méchante.


– Savez-vous ce que c’est que l’amitié ? demanda-t-il.
– Oui, répondit l’égyptienne. C’est être frère et soeur, deux âmes qui se touchent sans se confondre, les deux doigts de la main.
– Et l’amour ? poursuivit Gringoire.
– Oh ! l’amour ! dit-elle, et sa voix tremblait, et son oeil rayonnait. C’est être deux et n’être qu’un. Un homme et une femme qui se fondent en un ange. C’est le ciel.


Il s’aperçut qu’il y avait autre chose dans le monde que les spéculations de la Sorbonne et les vers d’Homère, que l’homme avait besoin d’affections, que la vie sans tendresse et sans amour n’était qu’un rouage sec, criard et déchirant.


Alors commença entre le médecin et l’archidiacre un de ces prologues congratulateurs qui précédaient à cette époque, selon l’usage, toute conversation entre savants et qui ne les empêchaient pas de se détester le plus cordialement du monde. Au reste, il en est encore de même aujourd’hui, toute bouche de savant qui complimente un autre savant est un vase de fiel emmiellé.


– […] Votre tête est bien grise ! On ne sort de la caverne qu’avec des cheveux blancs, mais on n’y entre qu’avec des cheveux noirs. La science sait bien toute seule creuser, flétrir et dessécher les faces humaines.


– Hélas ! Hélas ! les petites choses viennent à bout des grandes ; une dent triomphe d’une masse. Le rat du Nil tue le crocodile, l’espadon tue la baleine, le livre tuera l’édifice !


Sous ce rapport, la vague formule de l’archidiacre avait un second sens ; elle signifiait qu’un art allait détrôner un autre art. Elle voulait dire : L’imprimerie tuera l’architecture.


On retrouvera sur les trois soeurs aînées, l’architecture hindoue, l’architecture égyptienne, l’architecture romane, le même symbole : c’est-à-dire la théocratie, la caste, l’unité, le dogme, le mythe, Dieu ; et pour les soeurs cadettes, l’architecture phénicienne, l’architecture grecque, l’architecture gothique, quelle que soit du reste la diversité de forme inhérente à leur nature, la même signification aussi : c’est-à-dire la liberté, le peuple, l’homme.


De gauloise, d’européenne, d’indigène, elle devient grecque et romaine, de vraie et de moderne, pseudo-antique. C’est cette décadence qu’on appelle renaissance.


Cependant, du moment où l’architecture n’est plus qu’un art comme un autre, dès qu’elle n’est plus l’art total, l’art souverain, l’art tyran, elle n’a plus la force de retenir les autres arts. Ils s’émancipent donc, brisent le joug de l’architecte, et s’en vont chacun de leur côté. Chacun d’eux gagne à ce divorce. L’isolement grandit tout. La sculpture devient statuaire, l’imagerie devient peinture, le canon devient musique.


Ainsi, pour résumer ce que nous avons dit jusqu’ici d’une façon nécessairement incomplète et tronquée, le genre humain a deux livres, deux registres, deux testaments, la maçonnerie et l’imprimerie, la bible de pierre et la bible de papier. Sans doute, quand on contemple ces deux bibles si largement ouvertes dans les siècles, il est permis de regretter la majesté visible de l’écriture de granit, ces gigantesques alphabets formulés en colonnades, en pylônes, en obélisques, ces espèces de montagnes humaines qui couvrent le monde et le passé depuis la pyramide jusqu’au clocher, de Chéops à Strasbourg. Il faut relire le passé sur ces pages de marbre. Il faut admirer et refeuilleter sans cesse le livre écrit par l’architecture ; mais il ne faut pas nier la grandeur de l’édifice qu’élève à son tour l’imprimerie.


Où les femmes sont honorées, les divinités sont réjouies ; où elles sont méprisées, il est inutile de prier Dieu. La bouche d’une femme est constamment pure ; c’est une eau courante, c’est un rayon de soleil. Le nom d’une femme doit être agréable, doux, imaginaire ; finir par des voyelles longues, et ressembler à des mots de bénédictions.


– Ah çà, cria l’écolier en regardant tour à tour son frère et les alambics du fourneau, tout est donc cornu ici, les idées et les bouteilles !
– Jehan, vous êtes sur une pente bien glissante. Savez-vous où vous allez ?
– Au cabaret, dit Jehan.
– Le cabaret mène au pilori.
– C’est une lanterne comme une autre, et c’est peut-être avec celle-là que Diogène eût trouvé son homme.
– Le pilori mène à la potence.
– La potence est une balance qui a un homme à un bout et toute la terre à l’autre. Il est beau d’être l’homme.
– La potence mène à l’enfer.
– C’est un gros feu.
– Jehan, Jehan, la fin sera mauvaise.
– Le commencement aura été bon.


– S’il plaît à messieurs, nous procéderons à l’interrogatoire de la chèvre.


Pierrat tourna la poignée du cric, le brodequin se resserra, et la malheureuse poussa un de ces horribles cris qui n’ont d’orthographe dans aucune langue humaine.


– Oh ! misérable ! qui êtes-vous ? que vous ai-je fait ? vous me haïssez donc bien ? Hélas ! qu’avez-vous contre moi ?
– Je t’aime ! cria le prêtre.
Ses larmes s’arrêtèrent subitement. Elle le regarda avec un regard d’idiot. Lui était tombé à genoux et la couvait d’un oeil de flamme.
– Entends-tu ? je t’aime ! cria-t-il encore.
– Quel amour ! dit la malheureuse en frémissant.
Il reprit :
– L’amour d’un damné.


– Oh ! dit le prêtre, jeune fille, aie pitié de moi ! Tu te crois malheureuse, hélas ! hélas ! tu ne sais pas ce que c’est que le malheur. Oh ! aimer une femme ! être prêtre ! être haï ! l’aimer de toutes les fureurs de son âme, sentir qu’on donnerait pour le moindre de ses sourires sont sang, ses entrailles, sa renommée, son salut, l’immortalité et l’éternité, cette vie et l’autre ; regretter de ne pas êtres roi, génie, empereur, archange, dieu, pour lui mettre un plus grand esclave sous les pieds ; l’étreindre nuit et jour de ses rêves et de ses pensées ; et la voir amoureuse d’une livrée de soldat !

Putain, que c’est beau.


– […] Grâce ! si tu viens de l’enfer, j’y vais avec toi. J’ai tout fait pour cela. L’enfer où tu seras, c’est mon paradis, ta vue est plus charmante que celle de Dieu !


La malheureuse s’était jetée sur ce soulier, sa consolation et son désespoir depuis tant d’années, et ses entrailles se déchiraient en sanglots comme le premier jours. Car pour une mère qui a perdu son enfant, c’est toujours le premier jour. Cette douleur-là ne vieillit pas. Les habits de deuil ont beau s’user et blanchir : le coeur reste noir.

Il aura malheureusement l’occasion de vivre cette expérience en 1843, lors de la mort de fille Léopoldine.


C’est que l’amour est comme un arbre, il pousse de lui-même, jette profondément ses racines dans tout notre être, et continue souvent de verdoyer sur un coeur en ruines.

Ma note : 18.75/20

• Scénario – 4/4
• Ecriture/Style – 4/4
• Potentiel d’addiction – 2.5/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 2/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.75/1.5

Coup de coeur·Drame·Roman/Polar Noir·Thriller

Transe – M.I.A.

cover-748.jpgCaractéristiques : 

  • Auteur – M.I.A.
  • Éditeur – Hélène Jacob
  • Parution – 2017
  • Pages – 490
  • ISBN – 978-2370115720

4ème de couverture :

Vous vous réveillez, le corps couvert de sang et l’esprit confus, dans un bâtiment abandonné, aux fenêtres condamnées et aux issues verrouillées.
Pourquoi vous trouvez-vous ici, quel est cet endroit et comment vous en échapper ?
Un ennemi invisible, qui semble rôder à proximité, vous laisse des messages et des indices mystérieux, en rapport avec votre passé. Pour survivre et comprendre les raisons de votre enlèvement, vous devez franchir les nombreuses zones qui vous séparent de la sortie, tout en élucidant les énigmes placées sur votre chemin.
À la frontière du roman et du jeu de rôle, « Transe » est un thriller où vos décisions influencent le déroulement de l’histoire et sa conclusion.
Parviendrez-vous à atteindre la dernière porte ?

Mon avis :

Vous connaissez mon amour pour les thrillers psychologiques. Vous savez que j’aime me mettre dans la peau des personnages qui rythment les romans. Alors imaginez ma joie quand on m’a proposé à la lecture ce roman dont vous êtes le héros… version adulte, en thriller psychologique. C’est un coup de coeur, et pas des moindres !

J’avoue, j’avais quelques réticences au départ. La seule expérience que j’ai jamais eu avec les livres de ce style était les livres dont on était le héros, mais que je lisais pour l’école en primaire, où pour avancer de chapitre en chapitre, il fallait résoudre des problèmes de maths ou de français… Autant dire que je ne savais pas trop à quelle sauce j’allais être mangée, aussi bien par le concept que par l’auteur.

Dès le départ, on est plongé dans une ambiance quelque peu angoissante : réveil au milieu d’un lieu qui nous est inconnu, délabré, sans se rappeler de rien, les vêtements ensanglantés d’une hémoglobine qui ne nous appartient pas. Joyeux n’est-ce pas ?
Au fil de nos décision, nous découvrons quel est ce lieu, les histoires qui y sont liées, et en quelque sorte aussi, la notre – enfin de Lindsay, notre projection dans le roman -.

Je ne saurais dire ce que j’ai ressenti pendant ma lecture, à part de l’étonnement, et une surprise très agréable. Le départ a été un peu laborieux pour moi qui n’ai pas l’habitude de ce type de roman à choix, mais très vite, j’ai été prise dans une spirale qui m’a littéralement empêchée de détourner mon attention du livre. J’avoue, en commençant ma lecture, je comptais m’arrêter dès ma première mort – me connaissant, je savais que ça risquait d’arriver -. Mais à ma première mort, je n’ai pas pu m’empêcher de rebrousser chemin, et de m’escagasser pendant près d’une heure à trouver la meilleure fin – après deux ou trois morts, certes, mais j’ai quand même réussi ! -.

Et là où le roman m’a surprise, c’est par sa cohérence et sa fluidité. J’avais peur que les raccords entre les chapitres ne soient pas tous parfaitement fluides – oui, selon le choix que l’on fait, cela impliquait une certaine suite, et j’avais peur d’avoir des faux raccords -, et ce ne fut absolument pas le cas : tout coulait de source. J’avais peur d’avoir un style bâclé, ou du moins peu travaillé, et ce ne fut absolument pas le cas, bien au contraire ! Riche, fluide, agréable à lire et très prenant, il nous plonge merveilleusement bien dans l’intrigue et l’ambiance pesante et horrifique de ce monde.

En bref, un roman excellent, qui est une très bonne mise en jambe dans l’univers des livres dont on est le héros, qui saura ravir à la fois les amateurs comme les habitués du genre !

Citations :

La police ne sert à rien. Tout est fait pour que la victime ait l’air coupable. Quand je serai morte, ils diront que c’est dommage, mais qu’ils ne pouvaient rien faire avant. Parce qu’il se débrouille pour ne jamais laisser de marques. Parce qu’il n’y a pas de preuve. Juste ma parole. Et ça ne suffit pas.

Malheureux, mais vrai…

Ma note : 18.25/20

• Scénario – 4/4
• Ecriture/Style – 3.5/4
• Potentiel d’addiction – 3/3
• Personnage – 2/2
• Emotions – 2/2
• Originalité/Créativité – 2/2
• Suspens – 1.5/1.5
• Humour – 0.25/1.5